La Lancet Commission a porté à 14 le nombre de facteurs de risque modifiables de la démence, dont la vision non corrigée, jusqu’ici ignorée.

Depuis plusieurs années, le chiffre circule dans à peu près tous les articles sur la prévention de la démence : 40 % des cas seraient évitables en agissant sur douze facteurs de risque modifiables. Sauf que ce chiffre est désormais dépassé. La Lancet Commission, qui fait référence en la matière, l’a révisé à la hausse, et l’un des deux nouveaux facteurs ajoutés à sa liste se soigne avec une simple paire de lunettes.
📝 L’essentiel à retenir :
- La Lancet Commission a actualisé sa liste de facteurs de risque modifiables de la démence : ils sont désormais 14, contre 12 en 2020.
- Les deux nouveaux venus sont la perte de vision non corrigée et l’excès de cholestérol LDL, deux problèmes que la médecine sait traiter facilement.
- Agir sur l’ensemble de ces facteurs pourrait retarder ou éviter jusqu’à 45 % des cas de démence dans le monde.
Deux facteurs que personne n’associait à la démence
Dans son rapport 2024, la commission d’experts internationaux a ajouté deux nouveaux facteurs de risque modifiables à sa liste : la perte de vision non corrigée et l’excès de cholestérol LDL après 40 ans. Ni l’un ni l’autre n’avait de lien évident avec le cerveau dans l’esprit du grand public, contrairement à des facteurs plus connus comme le tabac ou la sédentarité. Une vue qui baisse sans correction réduirait la stimulation sensorielle du cerveau sur le long terme, tandis qu’un excès de cholestérol favoriserait les dépôts qui abîment les vaisseaux cérébraux, un mécanisme déjà documenté pour les accidents vasculaires cérébraux.
| Rapport Lancet | Nombre de facteurs | Part des cas jugée évitable |
|---|---|---|
| 2020 | 12 facteurs | 40 % |
| 2024 | 14 facteurs | 45 % |
Une liste qui s’allonge, un message qui ne change pas
Avec ces deux ajouts, la commission estime désormais qu’agir sur l’ensemble des 14 facteurs identifiés pourrait retarder ou éviter jusqu’à 45 % des cas de démence dans le monde, contre 40 % dans le précédent rapport. Le reste de la liste regroupe des facteurs plus connus : le manque d’activité physique, l’isolement social, le tabagisme, l’hypertension non traitée, le diabète, l’obésité, la consommation excessive d’alcool, la perte auditive non corrigée, une faible scolarisation, la dépression, les traumatismes crâniens et la pollution de l’air.
Pourquoi ce chiffre continue de progresser
Ce n’est pas la première révision à la hausse depuis les débuts de la commission en 2017, où seuls neuf facteurs avaient d’abord été identifiés. À mesure que la recherche progresse, de nouveaux liens émergent entre des problèmes de santé jusque-là considérés comme sans rapport avec le cerveau et le risque de développer une démence plus tard dans la vie.
La vision non corrigée et l’excès de cholestérol ne ressemblent à rien qui évoque le cerveau. Ce sont pourtant les deux derniers facteurs de risque de démence identifiés par la science.
Quatre réflexes qui reviennent dans presque toutes les recommandations
Face à une liste aussi longue, difficile de tout corriger d’un coup. Mais quatre réflexes reviennent systématiquement en tête des recommandations des chercheurs : faire vérifier régulièrement sa vue et son audition après 50 ans, bouger au moins trente minutes par jour, surveiller sa tension et son cholestérol lors des bilans de routine, et entretenir des liens sociaux réguliers. Sur ce dernier point, l’engagement intellectuel et social joue un rôle documenté dans le vieillissement cognitif, tout comme certaines pratiques a priori éloignées du sujet, telles que l’écoute régulière de musique classique, dont les effets sur le cerveau commencent seulement à être documentés.
Une prévention qui se joue sur l’ensemble de la vie
Les chercheurs insistent sur un point souvent oublié : ces facteurs de risque agissent tout au long de la vie, pas seulement après 60 ans. L’alimentation, par exemple, avec le régime méditerranéen régulièrement cité comme protecteur, ou encore la gestion de l’inflammation chronique, ce mal souvent invisible, s’inscrivent dans cette logique de prévention au long cours plutôt que de correction tardive. Même des gestes simples comme marcher pieds nus quelques minutes par jour s’inscrivent dans cette même logique d’entretien global du corps et, par ricochet, du cerveau.
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