Selon l’Apec, la rémunération médiane des cadres passe de 55 000 à 54 000 € brut. Le fixe ne bouge pas : c’est la part variable qui s’effondre.

C’est une première depuis 2010. Selon le baromètre annuel de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres), publié ce jeudi 5 novembre, la rémunération annuelle brute médiane des cadres du privé est passée de 55 000 euros en 2025 à 54 000 euros en 2026, soit un recul de 1,8 %. Dans le même temps, seuls 46 % des cadres ont été augmentés, contre 53 % un an plus tôt et 60 % en 2024.
Le détail le plus parlant se cache dans la composition du salaire. Le salaire fixe médian, lui, n’a pas bougé : il reste à 52 000 euros. Toute la baisse vient de la part variable, primes et bonus en tête, que les entreprises ont réduite ou supprimée. Avec une inflation qui a atteint 3,4 % sur un an en octobre selon l’Insee, le pouvoir d’achat des cadres recule de 3,6 % en un an.
📝 L’essentiel à retenir :
- Rémunération médiane des cadres : 54 000 € brut par an en 2026, contre 55 000 € en 2025 (-1,8 %).
- C’est la première baisse depuis 2010. Le fixe médian est stable à 52 000 € : c’est la part variable qui recule.
- Seuls 46 % des cadres ont été augmentés, contre 60 % en 2024.
- Le pouvoir d’achat des cadres baisse de 3,6 % en un an et de 11,6 % depuis 2007.
- Les cadres qui ont changé de poste en interne ont été augmentés dans 68 % des cas, contre 42 % pour les autres.
Les primes, première variable d’ajustement
Pour comprendre cette baisse, il faut séparer les deux étages de la fiche de paie. Le fixe est protégé par le contrat de travail : un employeur ne peut pas le réduire sans l’accord du salarié. La part variable, elle, dépend des résultats de l’entreprise et des objectifs individuels. Quand l’activité ralentit, c’est la première chose qui saute.
Le fixe ne baisse pas. Ce sont les primes qui disparaissent, et avec elles une partie du revenu sur lequel les cadres comptaient.
Les chiffres de l’Apec le montrent clairement : 48 % des cadres touchent encore une part variable, contre 54 % en 2024. Les entreprises n’ont pas baissé les salaires, elles ont distribué moins de primes. Pour un cadre habitué à un bonus annuel, la différence se voit pourtant bien sur le revenu de l’année.
Qui est le plus touché
Le recul ne frappe pas tout le monde de la même façon. L’âge et la taille de l’entreprise font de vraies différences.
| Profil | Rémunération médiane 2026 | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Moins de 30 ans | 43 000 € | Stable |
| 30-39 ans | 51 000 € | -1 000 € |
| 40-49 ans | 58 000 € | -2 000 € |
| 50 ans et plus | 62 000 € | Stable |
| Entreprises de moins de 50 salariés | 49 000 € | 36 % de cadres augmentés |
| Entreprises de 5 000 salariés et plus | 61 000 € | 57 % de cadres augmentés |
Les 40-49 ans encaissent la baisse la plus nette, alors que c’est souvent l’âge des plus gros engagements financiers (crédit immobilier, enfants, études). Côté métiers, la part de cadres augmentés chute de 15 points dans les travaux et chantiers, de 12 points dans la production industrielle et la maintenance, et de 11 points dans les ressources humaines et les fonctions administratives et juridiques. Pour rappel, le statut cadre a ses avantages, mais aussi ses contreparties, et la rémunération variable en fait partie.
Une bonne nouvelle au milieu des mauvaises
Le baromètre contient malgré tout un signal positif. Pour la première fois, les hausses de salaire ont été identiques chez les femmes et chez les hommes cadres en 2026. L’écart de rémunération reste réel : 15 % sur l’ensemble des cadres, et 6,8 % à profil identique, selon les chiffres relayés par la presse. Mais il a cessé de se creuser cette année.
Le levier qui marche le mieux : changer de poste en interne
C’est le chiffre le plus utile pour ceux qui veulent être augmentés. Parmi les cadres qui ont changé de poste au sein de leur entreprise, 68 % ont obtenu une augmentation, contre 42 % pour ceux qui sont restés sur le même poste. Chez les 30-39 ans, l’écart grimpe à 75 % contre 46 %. Et les 40-49 ans mobiles en interne affichent une médiane de 62 000 euros, contre 57 000 euros pour les autres.
Autrement dit, en période de vaches maigres, demander une évolution de poste rapporte souvent plus que réclamer une hausse sur place. Si vous préparez un entretien, les arguments ne changent pas : bien préparer sa négociation salariale reste indispensable, en s’appuyant sur des repères comme ceux de l’Apec. Près d’un cadre sur deux ne sait d’ailleurs pas situer sa rémunération par rapport à ses collègues.
Des cadres insatisfaits mais qui restent
La baisse de pouvoir d’achat pèse sur le moral. Six cadres sur dix disent ressentir une dégradation de leur pouvoir d’achat, cinq points de plus qu’en 2025. Chez eux, la satisfaction sur la rémunération tombe à 45 %, contre 85 % chez ceux dont la situation s’est améliorée. Et plus d’un quart des cadres se sentent menacés par un risque de licenciement.
Pourtant, les départs restent rares : 38 % envisagent de changer d’entreprise dans l’année, un chiffre quasi stable. La directrice générale de l’Apec, Annelore Coury, parle de projets de mobilité « différés mais pas abandonnés ». Un attentisme qui rappelle les chiffres de démissions et de ruptures conventionnelles de la rentrée. En attendant, la recommandation la plus partagée par les cadres eux-mêmes est simple : 62 % estiment que seule une revalorisation des salaires peut vraiment soutenir leur pouvoir d’achat, loin devant les primes ponctuelles ou les titres-restaurant. Pour le reste, ajuster son budget face à la hausse des prix reste l’autre levier à portée de main.
Méthodologie : baromètre réalisé par l’Apec en juin 2026 auprès de 19 000 cadres du secteur privé.
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