Diffusé dimanche sur France 2, le biopic Flo a été contesté par la famille de Florence Arthaud, jusque devant la justice. Voici ce qu’elle lui reproche.

Le hasard du calendrier est parfait. Dimanche 1er novembre, le jour même où les skippers de la Route du Rhum 2026 quittaient Saint-Malo, France 2 diffusait en prime time Flo, le biopic de Géraldine Danon consacré à Florence Arthaud, avec Stéphane Caillard dans le rôle de la navigatrice. Beaucoup de téléspectateurs l’ont découvert ce soir-là. Peu savent que ce film s’est fait contre l’avis de la famille.
Sa fille, Marie Arthaud, a saisi la justice en 2023 pour pouvoir lire le scénario avant la sortie. Elle a été déboutée. Son frère, Hubert Arthaud, reproche au film de salir la mémoire de sa sœur, à commencer par une scène précise : celle de l’accident de voiture qui a failli la tuer à 17 ans.
📝 L’essentiel à retenir :
- Flo, sorti au cinéma le 1er novembre 2023, a été diffusé sur France 2 le 1er novembre 2026, jour du départ de la Route du Rhum.
- La fille de la navigatrice, Marie, a demandé en 2023 à lire le scénario avant la sortie. Le juge des référés de Paris a rejeté sa demande à la mi-avril 2023.
- Son frère Hubert conteste surtout la scène de l’accident de 1974 : le film la montre au volant, ivre, alors qu’elle était passagère selon lui.
- La réalisatrice Géraldine Danon se présente comme une amie intime de Florence Arthaud depuis les années 80 et parle d’un hommage.
Dans cet article :
Une fille qui voulait lire le scénario, un juge qui a dit non
Au printemps 2023, quelques mois avant la sortie en salles, Marie Arthaud, alors âgée de 29 ans, saisit le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris. Sa demande est modeste sur le papier : lire le scénario. Elle craint que la vie de sa mère soit montrée de manière dégradante, et que sa propre vie privée soit touchée au passage. La justice rejette la requête à la mi-avril 2023.
Ce refus s’explique par une règle du droit français souvent ignorée du public : le droit au respect de la vie privée s’éteint au décès de la personne. Les proches ne peuvent agir que s’ils démontrent une atteinte à leur propre vie privée, pas à celle du défunt. Autrement dit, la famille d’une personnalité disparue a très peu de prise sur un film qui raconte sa vie, surtout quand il se présente comme une œuvre de fiction.
C’est le cas de Flo, adapté librement de La Mer et au-delà, le livre de Yann Queffélec. Comme l’a souligné Hubert Arthaud, les producteurs avaient acquis les droits du roman et pouvaient donc tourner sans l’accord des proches. La situation est inverse de celle de Michael, le biopic de Michael Jackson, développé avec la bénédiction de la succession du chanteur, dont les exécuteurs testamentaires figurent parmi les producteurs.
La scène qui a fait bondir Hubert Arthaud
Le film s’ouvre sur un drame réel. En 1974, à 17 ans, Florence Arthaud est grièvement blessée dans un accident de voiture. Elle tombe dans le coma, reste paralysée un temps, passe six mois à l’hôpital et mettra environ deux ans à s’en remettre. C’est dans cette convalescence qu’elle se tourne vers la mer.
Dans le scénario qu’il a lu, son frère découvre une tout autre version : Florence au volant, une bouteille de rhum à la main, ivre. Selon Hubert Arthaud, elle était passagère, assise à l’arrière, et c’est elle qui a subi une fracture du crâne. Dans une interview à Radio France, il a qualifié le script d’« immonde » et parlé d’un « film à la Voici ».
Un caractère excessif, la famille l’admet. Une alcoolique, elle le refuse : c’est tout le reproche fait au film.
Hubert Arthaud ne nie pas le tempérament de sa sœur. Il conteste l’image d’une femme dépendante à l’alcool, et estime que le film passe à côté de sa « magie ». Il remet aussi en cause la proximité revendiquée par la réalisatrice : pour lui, Géraldine Danon n’était qu’« une copine qui venait de temps en temps à la maison ». Réponse de l’intéressée sur Instagram : une amitié intime depuis les années 80, et un film pensé comme un hommage, conforme selon elle à un souhait de la navigatrice.
Ce que Flo raconte vrai, et ce qui reste contesté
Le biopic n’invente pas tout, loin de là. Pour qui l’a regardé dimanche soir, voici où passe la frontière, à partir de ce qui est documenté et de ce que conteste la famille.
| Dans le film | Ce que l’on sait |
|---|---|
| L’accident de 1974 | Réel. Florence Arthaud avait 17 ans. Le film la montre au volant, ivre ; son frère affirme qu’elle était passagère. |
| La victoire dans la Route du Rhum 1990 | Réelle. Première femme à remporter la course, à bord du trimaran Pierre 1er, en 14 jours et 10 heures. |
| L’image de fêtarde | Contestée. Sa famille admet un caractère excessif mais rejette le portrait d’une alcoolique. |
| La source du scénario | Le roman La Mer et au-delà de Yann Queffélec, une adaptation libre et romancée. |
| L’amitié avec la réalisatrice | Revendiquée par Géraldine Danon, démentie par Hubert Arthaud. |
Sa victoire de novembre 1990 reste le point le plus solide du récit. Après trois participations sans résultat marquant, elle arrive à Pointe-à-Pitre, ville phare de la Guadeloupe, plus de 8 heures avant Philippe Poupon, devant 49 autres concurrents. Le public découvre alors celle qu’on surnomme « la petite fiancée de l’Atlantique ».
Quelques mois plus tôt, en août 1990, elle avait aussi battu le record de la traversée de l’Atlantique Nord en solitaire, en 9 jours et 21 heures. Une année à part dans l’histoire de la course au large, ce sport où l’on affronte seul des semaines d’océan, comme sur le Vendée Globe, surnommé l’Everest des mers.
La nuit où un téléphone étanche lui a sauvé la vie
Un épisode de sa vie aurait mérité une scène à lui seul. Dans la nuit du 29 au 30 octobre 2011, Florence Arthaud navigue seule au large du Cap Corse, de retour d’une croisière en Méditerranée. Vers 23 heures, elle monte sur le pont, une vague frappe le bateau et la projette à la mer. Pas de gilet de sauvetage, seulement sa lampe frontale. Son voilier, sous pilote automatique, continue sa route sans elle.
Dans la poche de son ciré, elle a un téléphone étanche, acheté peu de temps avant à Rome. Sans ses lunettes, dans l’eau noire, elle finit par joindre sa mère, qui donne l’alerte. Le CROSS envoie un hélicoptère avec des plongeurs, et c’est la géolocalisation du téléphone, avec le faisceau de sa lampe, qui permet de la repérer. Elle est hélitreuillée puis hospitalisée à Bastia en hypothermie.
Le diable n’a pas voulu de moi, mais je dois vous avouer que j’ai eu très peur.
Florence Arthaud, après son sauvetage en 2011, citée par Corse Net Infos
Une fin brutale, loin de la mer
Le destin la rattrape quatre ans plus tard, sur la terre ferme. Le 9 mars 2015, Florence Arthaud meurt à 57 ans dans la collision de deux hélicoptères près de Villa Castelli, dans la province de La Rioja, en Argentine, pendant le tournage de l’émission de TF1 Dropped. La nageuse Camille Muffat et le boxeur Alexis Vastine font partie des dix victimes. Dix jours après sa mort paraît son dernier livre, Cette nuit, la mer est noire, un récit intime de cette nuit de 2011 passée dans l’eau au large de la Corse.
C’est cette vie hors norme que Flo a voulu raconter, avec les libertés propres au genre. Le film rejoint la longue liste des biopics consacrés à des destins réels, ces œuvres qui touchent souvent le public et heurtent parfois les proches. Pour se faire un avis complet, le mieux est de lire aussi Florence Arthaud elle-même : son autobiographie, Un vent de liberté, parue en 2009 et préfacée par Olivier de Kersauson, donne sa propre version de l’histoire.
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