Vous sortez d’un lieu sombre, le soleil vous éblouit, et vous éternuez. Ce réflexe a un nom, touche jusqu’à un tiers des gens et serait héréditaire.

La scène paraît absurde à ceux qui ne l’ont jamais vécue. On sort d’un cinéma ou d’un parking souterrain, on lève les yeux vers un ciel lumineux, et un éternuement surgit, parfois deux ou trois d’affilée. Aucun rhume, aucune allergie : seulement la lumière.
Ce phénomène porte un nom, le réflexe photique d’éternuement. Il concernerait, selon les estimations, entre 10 et 35 % de la population. En hiver, avec un soleil bas qui éblouit en fin de journée, beaucoup le redécouvrent au volant ou en sortant du bureau.
📝 L’essentiel à retenir :
- Le réflexe photique fait éternuer quand on passe brusquement de l’obscurité à une forte lumière.
- Il toucherait entre 10 et 35 % des gens, selon les estimations.
- Aristote s’en étonnait déjà au IVe siècle avant notre ère, et la médecine l’a décrit en 1954.
- Il serait héréditaire : un seul parent concerné suffirait à le transmettre.
Dans cet article :
Un mystère vieux de plus de deux mille ans
Le philosophe grec Aristote s’interrogeait déjà, au IVe siècle avant notre ère, sur ces éternuements provoqués par la chaleur du soleil. Il a pourtant fallu attendre 1954 pour que le phénomène soit décrit dans la littérature médicale. Des chercheurs lui ont ensuite donné un acronyme anglais plein d’humour : ACHOO, pour Autosomal Dominant Compelling Helio-Ophthalmic Outburst, en clin d’œil au « atchoum » des anglophones.
Le déclencheur est toujours le même. Il faut que les yeux se soient habitués à l’obscurité, puis qu’ils soient soudain exposés à une lumière vive : soleil, ampoule, flash d’appareil photo. Après un ou deux éternuements, il faut en général repasser un moment dans la pénombre pour que le réflexe puisse se déclencher à nouveau.
Un regard vers le ciel suffit à provoquer l’éternuement, sans rhume ni allergie.
Le phénomène n’a rien à voir avec les croyances populaires qui prêtent un sens caché aux éternuements, comme celles qui entourent le fait d’éternuer plusieurs fois d’affilée. Ici, tout se joue dans les nerfs du visage.

Comment la lumière fait éternuer
Les scientifiques n’ont pas encore de réponse définitive. Deux pistes dominent.
Des nerfs qui se croisent
L’hypothèse la plus répandue repose sur une proximité entre deux nerfs. Le nerf optique commande notamment la contraction de la pupille face à la lumière. Le nerf trijumeau, lui, transmet les sensations du visage, y compris les chatouillements du nez qui déclenchent l’éternuement. Un signal lumineux intense pourrait « déborder » d’un circuit à l’autre, et le cerveau interpréterait l’éblouissement comme une irritation nasale.
Un cerveau plus sensible à la lumière
D’autres travaux suggèrent que certaines personnes réagissent plus fortement à la lumière. Une étude suisse publiée en 2010 a observé une activité plus importante dans le cortex visuel de dix personnes sujettes au réflexe. En 2016, des chercheurs espagnols ont relevé des nerfs de la cornée plus épais chez 13 membres d’une même famille. Ces études restent petites, et les grandes enquêtes manquent encore.
| Ce qu’on sait | Ce qui reste incertain |
|---|---|
| Le déclencheur : passage brutal de l’ombre à la lumière | Le circuit nerveux exact |
| Une forte composante familiale | Les gènes en cause |
| Entre 10 et 35 % de personnes concernées | La proportion exacte selon les pays |
| Aucun danger pour la santé en soi | Son éventuelle utilité |
Une affaire de famille
Le réflexe est nettement plus fréquent chez les personnes dont un parent en est atteint. Les chercheurs pensent qu’il se transmet sur un mode dit autosomique dominant : un seul parent concerné suffit, et chaque enfant a alors environ une chance sur deux d’en hériter. Les études génétiques récentes suggèrent qu’il ne dépend pas d’un gène unique, mais de plusieurs variantes.
Le neurologue et généticien Louis Ptáček, de l’université de Californie à San Francisco, rappelle que ce n’est pas une maladie. Il estime toutefois que l’étudier pourrait aider à mieux comprendre d’autres troubles liés aux réflexes nerveux, comme l’épilepsie.
Gênant au volant, sans gravité au quotidien
Dans la vie courante, le réflexe photique est surtout une curiosité. Il peut devenir gênant dans quelques situations où chaque fraction de seconde compte. Des cas décrits dans la littérature médicale évoquent les pilotes de chasse, les acrobates ou les joueurs de baseball, chez qui un éternuement accompagné d’une fermeture des yeux peut tomber au pire moment. En voiture, une sortie de tunnel face au soleil couchant peut aussi surprendre.
La parade la plus simple : porter des lunettes de soleil quand la lumière est forte, baisser le pare-soleil et éviter de fixer directement le ciel en sortant d’un lieu sombre. Pour bien choisir sa paire, mieux vaut connaître les indices de protection UV des lunettes de soleil, utiles même en hiver, comme le rappelle notre article pour tout savoir sur le soleil et les UV. Et si vos éternuements ont une autre cause, nos astuces pour déboucher un nez enrhumé prendront le relais.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






