Pour le pape Léon XIV, il existe une différence de nature entre l’art humain et l’image produite par une IA. Il appelle l’Église à renouer une alliance avec les artistes pour préserver l’humain.

Le pape Léon XIV a pris position contre l’art produit par les IA. Lors d’une rencontre organisée au Vatican le 2 octobre 2026 par le dicastère pour la Culture et l’Éducation, et dans un message publié le même jour sur X, il a défendu l’idée qu’une œuvre d’artiste et une image générée par calcul ne sont pas de même nature. Trois jours plus tôt, le New York Times avait révélé comment Anthropic, l’éditeur de Claude, avait tenté de le faire évoluer sur la question de la conscience des IA.
Une « différence ontologique » entre l’art et l’image
Devant un public d’artistes et de conservateurs réunis pour la rencontre « The Art of Possibility: Weaving Together », le pape a affirmé qu’il devient urgent de distinguer l’art humain de ce que produisent les machines. Il parle d’une différence ontologique, c’est-à-dire de nature, avant même d’être esthétique. Autrement dit, une image produite par un outil comme Midjourney peut être réussie sans constituer pour autant une œuvre d’art à ses yeux.
Sa critique porte surtout sur le mode de fabrication de ces images. Selon lui, elles résultent d’un calcul statistique à partir de millions d’images créées par d’autres. Les modèles de génération sont en effet entraînés sur les œuvres d’illustrateurs et de photographes, chaque nouvelle image découlant d’un calcul de probabilités sur ces données. Pour le pape, les algorithmes n’ont pas l’étincelle humaine, quand la culture et l’art authentiques la préservent.
Le pape ne demande pas une interdiction de l’IA, mais une réaffirmation du rôle des artistes.
Il décrit l’art comme une antenne qui capte les grandes questions du cœur humain, et souhaite renouveler une alliance entre l’Église, les artistes et les institutions culturelles afin de sauvegarder l’humanité.
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Une position ancrée dans le choix de son nom
Cette prise de parole prolonge une ligne déjà claire. Une semaine plus tôt, lors de sa visite en France, Léon XIV avait appelé à désarmer l’intelligence artificielle. Il a aussi mis en garde contre le risque de perdre notre humanité au milieu des machines.
Le 15 mai 2026, sa première encyclique, Magnifica Humanitas, le pape affirmait que les IA ne vivent pas d’expériences, n’ont pas de corps et ne ressentent ni joie ni douleur. Le choix de son nom, en hommage à Léon XIII, qui défendit les ouvriers pendant la révolution industrielle, éclaire cette constance : il voit dans l’IA un défi pour la dignité humaine et le travail.
En toile de fond, le lobbying d’Anthropic
La fermeté du pape contraste avec les efforts menés par Anthropic. D’après l’enquête du New York Times publiée le 29 septembre 2026, Christopher Olah, cofondateur de l’entreprise, réunissait depuis l’automne 2025 des penseurs religieux de différentes confessions, sous accord de confidentialité, pour l’aider à inculquer une morale à l’IA de l’entreprise. Au fil des réunions, son équipe a aussi présenté les « sentiments » attribués à Claude, au point que plusieurs participants sont repartis disposés à examiner sérieusement l’hypothèse de sa conscience.
Le Vatican avait ensuite invité Anthropic à présenter l’encyclique aux côtés du pape, le 25 mai. Selon le quotidien, Christopher Olah, après avoir lu le texte, avait proposé de retirer l’entreprise de l’événement, inquiet de la position du pape, avant qu’Anthropic ne maintienne finalement sa participation.
Devant Léon XIV, le chercheur a évoqué des états internes correspondant, sur le plan fonctionnel, à la joie, la peur ou le chagrin repérés dans les modèles, tout en reconnaissant ne pas savoir ce que cela signifie. Mais les chercheurs répondent par un non catégorique à la question de la conscience des modèles.
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