Selon Elon Musk, l’IA et la robotique produiront une telle abondance que la monnaie perdra tout sens, remplacée par l’énergie et la masse. Les économistes doutent de son calendrier.

L’homme le plus riche du monde ne croit plus à l’avenir de l’argent. Invité du podcast de Walter Isaacson du 20 octobre 2026, Elon Musk décrit une économie post-IA où la monnaie n’aurait plus de raison d’être. Selon lui, les robots et la conquête spatiale généreront tant de richesses que subvenir aux besoins de chacun deviendra une formalité. La prédiction est spectaculaire, comme Musk en a l’habitude, et elle se heurte à des objections concrètes.
Une économie mesurée en watts plutôt qu’en euros
Elon Musk soutient que les devises céderont la place à des unités physiques comme l’énergie, la puissance ou la masse. On ne compterait plus en dollars, mais en watts et en tonnes. Il imagine une économie de plusieurs ordres de grandeur supérieure à celle que nous connaissons, au point que fournir à chacun ce dont il a besoin deviendrait trivial.
Mais à quoi les humains occuperaient-ils leurs journées dans un monde où tout est gratuit et automatisé ? Musk reconnaît avoir du mal à y répondre. Il évoque l’exemple des retraités qui trouvent des manières de s’épanouir sans emploi, avant de lâcher un constat plus vertigineux.
Dans cet avenir, les machines feraient mieux que nous absolument tout ce que nous savons faire.
Quant à sa fortune, qu’il résume à des parts dans SpaceX et Tesla, il la juge sans importance à long terme. Si l’argent compte encore dans quelques générations, ce dont il doute, ses descendants n’en garderaient qu’une fraction minime.
Un discours rodé que la réalité rattrape
Cette sortie prolonge un refrain tenu depuis un an. Dès novembre 2025, au Forum d’investissement américano-saoudien de Washington, Musk annonçait que le travail deviendrait optionnel d’ici 10 à 20 ans grâce à des millions de robots. Il comparait alors le futur emploi au jardinage, une activité qu’on pratique par plaisir et non par nécessité. Un scénario qui évoque les univers de science-fiction où la monnaie a disparu, du cycle de La Culture d’Iain Banks à la Fédération de Star Trek.
Les économistes se montrent nettement plus prudents sur ce calendrier. Interrogée par Fortune, Ioana Marinescu, professeure à l’université de Pennsylvanie, pointe un décalage matériel. Si le coût de l’IA logicielle chute vite, la robotique physique reste chère et limitée à des tâches très spécialisées.
Une étude du Budget Lab de l’université Yale, publiée en octobre 2025, ne relevait d’ailleurs aucun bouleversement net de l’emploi depuis l’arrivée de ChatGPT fin 2022. De plus, les robots humanoïdes Optimus de Tesla accumulent les retards de production, alors même que Musk mise sur eux pour l’essentiel de la valorisation future du constructeur.
Musk n’est pas le seul dirigeant à jouer les oracles, souvent au service de ses intérêts. Là où il promet l’abondance, Bill Gates redoute désormais un scénario catastrophe capable de faire un milliard de morts. Jensen Huang, patron de Nvidia, écarte ces peurs et refuse de ralentir. Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, a récemment appelé le secteur à lever le pied, une demande approuvée par Musk lui-même.
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