Dans un entretien à NBC, Bill Gates nous apprend qu’« Aucune arme ne s’est avérée aussi puissante » que l’IA et appelle les législateurs américains à encadrer son développement, car l’autorégulation du secteur est insuffisante.

Les mises en garde contre les dérives potentielles de l’IA se multiplient ces dernières semaines du côté des hommes de la tech. Après Yoshua Bengio, l’un des pionniers de cette technologie, un ancien salarié d’Anthropic et Ursula von der Leyen, c’est au tour de Bill Gates de monter au créneau. L’ancien patron de Microsoft tire la sonnette d’alarme, dans un entretien accordé à l’émission Meet the Press de NBC. Aucune arme n’a jamais été aussi puissante que l’IA, a-t-il affirmé, et elle pourrait entraîner la mort de plusieurs.
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Un appel clair à une régulation contraignante
L’appel à la régulation n’est pas nouveau. Bill Gates vient ajouter avis et va plus loin et en appelant à une intervention législative aux États-Unis. Interrogé sur l’éventualité d’une loi encadrant le développement de l’IA à Washington, Gates a répondu sans détour par l’affirmative. Selon lui, l‘autorégulation des géants du secteur ne suffit pas à elle seule à contenir les risques posés par cette technologie. Il milite alors pour une implication directe des forces de l’ordre et des responsables politiques dans la mise en place des garde-fous et des mécanismes de surveillance. L’homme reconnaît toutefois que cela représenterait une charge supplémentaire pour l’industrie, mais qui ne ralentirait pas de façon spectaculaire son rythme de développement.
C’est dans ce contexte qu’il a formulé l’avertissement le plus marquant de cet entretien. Selon lui, l’IA est d’ores et déjà suffisamment puissante pour atteindre les scénarios que véhiculaient les films et séries de science-fiction. Elle peut déjà aujourd’hui causer la mort d’un milliard de personnes. Il précise qu’aucune certitude absolue n’existe quant à la réalisation, mais qu’aucune arme dans l’histoire de l’humanité ne s’est révélée aussi puissante. Dès lors, la combinaison d’outils d’intelligence artificielle avancés entre les mains d’individus mal intentionnés serait catastrophique.
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Trois risques identifiés dans un essai publié en amont
Ces déclarations prolongent des inquiétudes que Bill Gates avait déjà formulées dans un long essai publié il y a quelques semaines. Le co-fondateur de Microsoft y estimait que le monde ne se préparait pas suffisamment aux bouleversements que cette technologie s’apprête à provoquer sur l’emploi, la sécurité et les relations humaines.
Au total, il identifie trois risques majeurs :
- des pertes d’emplois massives et potentiellement durables ;
- un abaissement des barrières techniques permettant à des personnes malveillantes de mener des cyberattaques à grande échelle ou de concevoir virus ;
- des dommages plus larges sur le développement des enfants et les relations humaines.
Cette dernière inquiétude rejoint des constats déjà documentés par plusieurs chercheurs ces dernières années. En effet, l’intelligence artificielle est venue renforcer l’isolement social. De plus, elle contribue grandement à la propagation de désinformation et est déjà citée à maintes reprises comme aidant des passages à l’acte suicidaire chez certains utilisateurs vulnérables.
Une inquiétude qui gagne du terrain jusque dans l’industrie elle-même
Face à ces prises de position et constats, les dirigeants des plus grands laboratoires d’IA, dont Anthropic et OpenAI, ont affirmé être prêts à ralentir volontairement le rythme de développement de leurs technologies. Le sujet a occupé une place centrale lors d’un sommet organisé récemment à la Maison-Blanche entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping. Malheureusement, le danger n’est pas perçu par les deux dirigeants qui ont publiquement reconnu l’importance stratégique croissante de cette technologie.
Pour Yoshua Bengio, les ingénieurs qui développent ces systèmes seraient d’ailleurs déjà en train de perdre le contrôle de leur propre création. Un chercheur d’Anthropic démissionnaire avait alerté que les personnes qui construisent ces technologies de pointe croient sincèrement, en toute bonne foi, qu’elle pourrait causer l’extinction de l’humanité avant la fin de la décennie. Reste à savoir si ces alertes répétées, venues de profils aussi variés qu’influents, parviendront à convaincre le Congrès américain d’agir rapidement.
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