La France paraîtra plus petite sur ses cartes diplomatiques officielles. Pour cause, le Quai d’Orsay a abandonné la projection de Mercator au profit d’Eckert IV, plus fidèle aux superficies réelles.

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a annoncé vendredi 4 septembre l’abandon de la projection de Mercator dans ses usages diplomatiques, au profit de la projection Eckert IV. Cette décision, prise le même jour qu’un vote à l’Assemblée générale des Nations unies, va mécaniquement réduire la taille apparente de la France sur ses propres cartes officielles. En revanche, les continents situés près de l’équateur vont potentiellement apparaître plus grands, à leur taille réelle.
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Une carte héritée du XVIe siècle, pensée pour la navigation
La projection de Mercator, celle que l’on retrouve dans la plupart des atlas et manuels scolaires, a été conçue en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Son objectif initial n’avait rien de géographique au sens strict, il s’agissait de faciliter la navigation maritime en conservant les angles de direction. Cette qualité a un revers de taille, elle gonfle artificiellement les territoires situés loin de l’équateur, tout en réduisant visuellement l’importance des régions équatoriales.
Par exemple, sur une carte de Mercator, le Groenland apparaît presque aussi vaste que l’Afrique, alors qu’il est en réalité environ quatorze fois plus petit. Cette déformation touche également les États-Unis, la Russie ou la Chine, dont la taille visuelle se trouve exagérée par rapport aux pays d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie du Sud.

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Le choix français de la projection Eckert IV
Pour corriger ces déformations, le Quai d’Orsay a opté pour la projection Eckert IV, mise au point en 1906 par le cartographe allemand Max Eckert. Cette représentation reste proche de la projection Equal Earth recommandée par les Nations unies, sans lui être strictement identique. Toutes deux appartiennent à la famille des cartes dites équivalentes. Elles privilégient la fidélité des superficies au détriment d’une légère déformation des formes des continents.
Ce choix technique a une conséquence directe et assumée : la France elle-même apparaîtra plus petite sur ses propres cartes diplomatiques, tout comme les autres pays situés aux latitudes élevées. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a justifié cette décision lors de l’ouverture de l’événement La Fabrique de la diplomatie à Paris. Il a notamment expliqué que la diplomatie française devait à la fois porter son propre récit et veiller à représenter le monde avec justesse.
Un vote symbolique à l’ONU, porté par le Togo
Cette annonce française coïncide avec l’adoption, le même jour, d’une résolution intitulée Correct the Map par l’Assemblée générale des Nations unies. Portée par le Togo au nom du groupe africain et coparrainée par la France, le texte a recueilli 164 voix pour, une seule voix contre venant des États-Unis, et six abstentions parmi lesquelles l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine.
Cette résolution reste non contraignante. Elle n’interdit pas l’usage de la projection de Mercator, qui continuera d’être utilisée là où ses propriétés spécifiques restent utiles, notamment pour la navigation. Le texte encourage quand même les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier des projections équivalentes comme Equal Earth. L’Union africaine avait d’ailleurs déjà adopté cette dernière dès le mois de mars.
Ce débat cartographique n’est pas entièrement nouveau. Il avait notamment ressurgi en 1973 avec la carte de Gall-Peters, une autre projection équivalente qui avait suscité la controverse pour ses continents jugés trop étirés. Toutefois, aucune projection ne peut préserver simultanément les surfaces, les formes et les distances, un compromis reste toujours nécessaire, sauf à revenir à un globe en trois dimensions.
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