L’histoire de Judit Polgar, la Beth Harmon dans la vraie vie

L’histoire d’Elizabeth Harmon dans la mini-série Le jeu de la dame (The Queen’s Gambit) de Netflix n’a pas été inspirée de celle de la championne du monde des échecs, Judit Polgar. Pourtant, leurs parcours se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

La championne du monde des échecs, Judith Polgar, et Beth Harmon

La série Netflix Le jeu de la dame est une adaptation du roman de Walter Tevis publié en 1983. Ce n’est que 37 ans plus tard, en octobre 2020, que l’on découvre sur les écrans l’incroyable parcours d’Elizabeth Harmon. Le récit rappelle l’histoire d’une légende vivante des échecs, Judit Polgar. Cette dernière n’a pas manqué de regarder la série et revoit sa propre histoire avec quelques nuances.

Elles découvrent les échecs dès le plus jeune âge

Judit Polgar est née en 1976 à Budapest. Son père, psychanalyste et enseignant d’échecs, l’a initié au jeu des rois à l’âge de trois ans. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait avec les deux sœurs aînées de Judit, Zsuzsanna et Zsófia. Haute comme trois pommes, elle affrontait déjà des adultes stupéfaits de son génie.

Beth Harmon

Elles accumulent rapidement les elos

Ce record était détenu par l’Américain Bob Fisher. À ce moment, Judit n’a plus participé au mondial féminin. Elle préférait jouer contre les hommes, les meilleurs. Tout comme elle, l’héroïne du Jeu de la dame atteint les hautes sphères des jeux d’échecs à une allure stupéfiante.

De son côté, Beth Harmon, dans Le jeu de la dame, découvre les échecs vers ses dix ans, soit 7 ans de plus par rapport à la championne Hangroise. Toutefois, la vraie différence entre l’histoire fictive de Beth et la vraie vie de Judit réside dans la façon dont elles ont découvert le sport qui allait changer toute leur vie. En effet, Judit Polgar a suivi un entrainement intensif avec ses sœurs, tandis que Beth a connu les échecs par hasard, dans les sous-sols d’un orphelinat.

Très vite, Judit Poglar s’est distinguée, affichant une ascension fulgurante. Elle devient championne du monde mixte des moins des 12 ans en 1988 au sein de l’équipe féminine hongroise avec ses sœurs. En 1991, elle marque à jamais l’histoire des échecs en devenant le plus jeune « grand maître international ».

Discriminées dans un sport pratiqué majoritairement par des hommes

Dans le sphère du jeu des rois, les femmes sont parfois victimes de misogynie. Judit Polgar a eu le mérite de prouver qu’une femme est bien capable de réfléchir sous la pression. Les propos du russe Garry Kasparov, un des meilleurs joueurs d’échecs de tous les temps, illustre bien ce machisme échiquéen.

« Elle a un talent fantastique, mais elle reste une femme après tout. Aucune femme n’est capable d’endurer une bataille de longue haleine. »

Garry Kasparov, en 2002, après avoir été vaincu pour la première fois (par Judit Polgar)

En voyant la série, la Hongroise de 44 ans aurait ressenti du vécu en voyant les discriminations que Beth Harmon a vécues dans le film. Judit se souvient même de quelques adversaires qui refusaient de serrer sa main après une cuisante défaite.

Kasparov vs Polgar

Vaincre le champion russe et faire passer le message

Avant Judit Polgar, il n’y avait aucune femme dans le top 50 des échecs mondiaux. Le 9 septembre 2002, à Mouscou, son défi était d’affronter et vaincre le russe (Garry Kasparov) pour se hisser au sommet. Tout comme elle, Beth Harmon devait s’opposer à un russe (Vasily Borgov).

Les deux reines des échecs gagnent le combat de leurs vies après sous des tensions immenses, un sentiment qu’aurait revécu Judit en regardant la scène finale de la série. En tout cas, le message est passé, les femmes sont capables des mêmes prouesses que les hommes, et même plus.

Retraité des échecs depuis le mois d’août en 2014, Judit Polgar continue la lutte, celle pour l’égalité des hommes et des femmes, aussi bien aux échecs que dans d’autres domaines de la vie. Aujourd’hui, elle se consacre dans le développement de méthodes pour apprendre les échecs à des enfants.

À propos de l'auteur

L’écriture constitue l’une des activités qui me permettent de canaliser ma passion, outre la philosophie, le sport et le jeu d’échecs. Dans tout ce que je fais, j’essaie d’atteindre la perfection, tout en sachant que personne ne pourra la rattraper. « Nous sommes ce que nous faisons répétitivement. L’excellence, donc, n’est pas un acte. C’est une habitude. » - Aristote

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