Il y a un problème dans notre société : le fait de payer toujours plus en plus de la surproduction et surconsommation.

Payer toujours plus. Logement, énergie, alimentation, santé, loisirs, services autrefois considérés comme allant de soi. Cette sensation diffuse d’étouffement financier ne relève pas d’une simple impression individuelle ni d’une mauvaise gestion personnelle.
Elle s’inscrit dans une dynamique historique, économique et sociale bien documentée. Le fait de vouloir toujours plus, et surtout de devoir payer toujours plus, est le produit d’un engrenage ancien, amorcé avec l’ère industrielle et renforcé par la société de consommation contemporaine.
L’industrialisation, le vrai mal du siècle ?
Avant l’industrialisation, une partie importante des besoins était satisfaite hors du marché. On produisait, on réparait, on transmettait, on mutualisait. Le travail salarié existait, mais il n’organisait pas l’ensemble de la vie sociale.
L’industrialisation va profondément bouleverser cet équilibre. Pour cause, elle introduit une logique nouvelle : produire en masse, standardiser, vendre, et renouveler. Et c’est à l’infini. Pour que la machine fonctionne, il ne suffit plus de répondre à des besoins existants, il faut alors en créer de nouveaux.
Surproduction, surconsommation et bullshit jobs
C’est là que naît le premier engrenage. La surproduction impose la surconsommation. Produire plus que nécessaire oblige à convaincre les individus d’acheter plus que ce dont ils ont besoin. Le paiement cesse alors d’être une simple contrepartie ponctuelle. Il devient une condition permanente de participation à la société. Celui qui ne consomme pas assez ralentit la machine, et celui qui ne peut pas payer est progressivement marginalisé.
Au fil du XXᵉ siècle, cette logique s’installe durablement. Les biens se multiplient, les services se spécialisent, les usages se professionnalisent. On voit l’apparition des bullshit jobs, ou des métiers qui ne servent à rien ou qui servent d’intermédiaires entre métiers essentiels.
Là où l’on se débrouillait seul ou collectivement, on paie désormais un prestataire. Et, là où l’on réparait, on remplace maintenant. Là où l’on transmettait, on externalise. Chaque solution devient un produit. Et, chaque problème, une opportunité de marché.

VOIR AUSSI : Pourquoi c’est l’ère industrielle qui a tout bouleversé
Transformer les besoins en marchandises
Cette évolution s’accompagne d’un déplacement majeur : la transformation de besoins en biens marchands. Se loger, se déplacer, se chauffer, se soigner, s’informer. Ces fonctions vitales restent nécessaires, mais leur accès passe de plus en plus par des circuits payants complexes.
Le coût augmente, non seulement parce que les ressources sont sous tension, mais aussi parce que ces secteurs deviennent des terrains de rentabilité. Le paiement ne garantit plus seulement l’accès. Il garantit un niveau, une qualité, une sécurité.
La société de consommation renforce ce mécanisme en imposant des normes mouvantes. Ce qui était un confort devient un minimum. Ce qui était un luxe devient une attente sociale. Le téléphone portable en est un exemple frappant. En quelques décennies, il est passé du statut d’objet exceptionnel à celui d’outil indispensable. Ne pas en avoir, ou en avoir un trop ancien, peut entraîner une forme d’exclusion.
L’exemple de la surconsommation dans l’alimentaire
Payer toujours plus et pour tout n’est pas seulement une question de pouvoir d’achat. C’est le symptôme visible d’un système construit sur la surproduction et la création artificielle de besoins. Un système qui ne se contente plus de répondre à la demande, mais qui la fabrique, l’oriente, la stimule en permanence. Et pour comprendre à quel point cet engrenage est profond, il suffit de regarder un secteur clé : l’industrie alimentaire.
L’alimentation était autrefois un besoin simple, vital, relativement stable. Aujourd’hui, elle est devenue un marché ultra-transformé, conçu pour maximiser la consommation. L’agro-industrie repose sur une logique claire : produire en grande quantité, à moindre coût, avec une rotation rapide.
Les abattoirs à la chaîne en sont un exemple emblématique. Des milliers d’animaux abattus chaque jour, selon des cadences industrielles, pour alimenter un flux constant de produits standardisés. Cette production massive impose un écoulement massif. On ne peut pas ralentir la chaîne. Il faut vendre.

VOIR AUSSI : Pourquoi veut-on toujours monétiser nos passions ?
Vendre, au détriment de la santé ?
Pour vendre autant, il faut rendre les produits désirables, répétables, presque indispensables. C’est là qu’interviennent le sucre, le sel, le gras. Non pas par hasard, mais parce que ces composants activent directement les circuits de la récompense dans le cerveau.
Le sucre, en particulier, est omniprésent. On le retrouve dans des produits où il n’a aucune utilité nutritionnelle : plats préparés, sauces, pains industriels, céréales, snacks salés.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, un adulte devrait consommer moins de 25 g de sucres par jour. Dans de nombreux pays occidentaux, la consommation réelle dépasse largement ce seuil, souvent sans que les consommateurs en aient conscience.
Le sucre améliore la texture, prolonge la conservation, mais surtout, il rend accro. Pas au sens caricatural, mais au sens neurobiologique. Il incite à revenir, à racheter, à consommer plus souvent. Le produit ne répond plus seulement à la faim. Il crée une habitude. Et cette logique s’étend bien au-delà de l’alimentation.
Surconsommation, la porte ouverte au gaspillage
La surproduction alimentaire entraîne mécaniquement le gaspillage. En Europe, près de 20 % des aliments produits sont perdus ou jetés. Cela représente des millions de tonnes chaque année. Mais ce gaspillage est intégré au modèle. Il est plus rentable de produire trop que pas assez.
Les pertes sont absorbées dans les marges, répercutées sur les prix, compensées par des volumes toujours plus importants. Le consommateur paie, directement ou indirectement, pour cette inefficacité structurelle.

VOIR AUSSI : Souffrez-vous sans le savoir d’une « maladie de civilisation » ?
Quand l’industrie crée des besoins non essentiels, mais toujours plus chers
Ce schéma se retrouve dans d’autres secteurs. L’électronique, par exemple. Téléviseurs toujours plus grands, plus fins, plus connectés.
Smartphones renouvelés tous les deux ou trois ans. Obsolescence logicielle, parfois matérielle. Un appareil fonctionne encore, mais n’est plus compatible, plus “à jour”, plus désirable.
Le besoin n’est pas né d’une nécessité réelle, mais d’une norme imposée. Avoir une télévision n’est plus suffisant. Il faut une télévision connectée, puis plusieurs abonnements pour l’alimenter.
Les abonnements sont devenus l’un des piliers de cette économie du paiement permanent. Streaming vidéo, musique, stockage en ligne, logiciels, applications. Là où l’on achetait un objet ou un service ponctuellement, on paie désormais chaque mois.
Individuellement, les montants paraissent modestes. Mais cumulés, ils pèsent lourd. Une étude menée en France montre que de nombreux foyers dépensent plusieurs centaines d’euros par an en abonnements numériques, souvent sans en utiliser pleinement les services.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






