Avant de viser un agrément MiCA en Europe, Binance a déjà plaidé coupable de blanchiment d’argent aux États-Unis et payé une amende record de 4,3 milliards de dollars. Ce dossier judiciaire, peu évoqué dans la presse française, explique en grande partie la méfiance actuelle des régulateurs.

📝 L’essentiel à retenir :
- Le 21 novembre 2023, Binance a plaidé coupable aux États-Unis pour violation de la loi sur le secret bancaire et a payé 4,3 milliards de dollars, la plus grosse amende jamais infligée à une entreprise crypto.
- Son fondateur Changpeng Zhao, dit « CZ », a démissionné le même jour et a purgé 4 mois de prison à partir de mai 2024.
- L’accusation portait sur un défaut de vérification d’identité des utilisateurs entre 2017 et 2022, qui aurait facilité du blanchiment d’argent.
- Cette même problématique anti-blanchiment est aujourd’hui au cœur du refus pressenti de la Grèce et de l’enquête ouverte en France pour « blanchiment aggravé ».
- Richard Teng, l’actuel dirigeant de Binance, doit gérer cet héritage judiciaire au moment précis où la plateforme cherche à obtenir son agrément européen MiCA avant le 1er juillet 2026.
⚠️ Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptomonnaies sont des actifs volatils et risqués.
Dans cet article :
Pour rappel, pourquoi Binance est sous pression en ce moment
Depuis le 30 juin 2026, le statut PSAN qui permettait à Binance d’opérer en France prend fin. Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) impose désormais à toute plateforme crypto active dans l’Union de détenir un agrément CASP, valable dans les 27 pays grâce à un système de passeport européen. Sans cet agrément, plus de nouveaux dépôts ni de nouveaux ordres de trading possibles pour les clients français à partir du 1er juillet, même si les retraits restent garantis. BuzzWebzine est revenu en détail sur ce mail envoyé par Binance à ses utilisateurs français, et sur la bataille feutrée qui se joue actuellement en Grèce et jusqu’à la BCE pour l’obtention de cet agrément.
Mais pour comprendre pourquoi ce dossier traîne autant, il faut remonter un peu plus loin, jusqu’à un précédent judiciaire américain que la presse française mentionne très peu.
Le jour où le PDG de Binance a plaidé coupable
Pour comprendre pourquoi Binance a autant de mal à convaincre les régulateurs européens en 2026, il faut remonter au 21 novembre 2023. Ce jour-là, Changpeng Zhao, fondateur et PDG de la plus grande plateforme crypto du monde, annonce sa démission dans le cadre d’un accord avec le ministère américain de la Justice (DOJ).
L’accord est sans précédent dans l’histoire de la crypto : Binance accepte de payer 4,3 milliards de dollars d’amende, tandis que CZ plaide personnellement coupable d’avoir violé le Bank Secrecy Act, la loi américaine sur le secret bancaire. Il est condamné à une peine de prison qu’il commence à purger en mai 2024, et qu’il termine au bout de seulement quatre mois.
Richard Teng, qui dirigeait jusque-là les marchés régionaux de Binance, prend immédiatement la tête de l’entreprise. C’est ce même Richard Teng qui négocie aujourd’hui, en 2026, l’agrément MiCA en Grèce pour le compte de la plateforme.

Ce qu’on reprochait vraiment à Binance
Le détail de l’accusation est rarement rappelé dans la couverture actuelle de l’affaire MiCA, alors qu’il est central pour comprendre la suite. Entre 2017 et 2022, Binance aurait laissé des utilisateurs échanger des cryptomonnaies sans vérification d’identité suffisante, ouvrant la porte à des flux financiers impossibles à tracer correctement.
Dans le même accord, la plainte de la SEC concernant un possible détournement de fonds d’utilisateurs n’a, elle, jamais été totalement résolue. Le message envoyé aux régulateurs du monde entier à l’époque était clair : la croissance fulgurante de Binance s’était faite, au moins en partie, au prix d’une conformité largement insuffisante.
« Il est temps pour moi de le laisser marcher et courir », écrivait Changpeng Zhao en quittant la direction de Binance en novembre 2023.
Pourquoi ce dossier américain pèse autant sur le dossier européen
Trois ans plus tard, c’est précisément ce même reproche, le manque de vérification anti-blanchiment, qui ressurgit en Europe. En France, l’ACPR a mené des inspections sur les contrôles internes de Binance début 2026, jugées suffisamment préoccupantes pour exiger des renforcements. Une information judiciaire pour « blanchiment aggravé » a même été ouverte contre la plateforme. En Grèce, le régulateur HCMC s’apprêterait à rejeter la demande d’agrément MiCA pour des motifs très similaires, selon Reuters.
Autrement dit, Binance ne part pas d’une feuille blanche face aux régulateurs européens. Elle traîne un casier judiciaire d’entreprise déjà lourd, et c’est ce passif précis que les autorités examinent aujourd’hui à la loupe avant de lui accorder, ou non, le fameux passeport européen.

Un problème plus large que Binance : l’opacité qui attire aussi les drames personnels
Cette difficulté à tracer l’argent en cryptomonnaies ne profite pas qu’aux réseaux de blanchiment organisés, elle nourrit aussi des affaires bien plus intimes. BuzzWebzine a par exemple raconté l’histoire de cet homme dépossédé de 172 millions de dollars en bitcoins par sa propre épouse, qui avait filmé en secret la phrase de récupération de son portefeuille. Une fois les fonds transférés, leur traçabilité presque inexistante rend toute restitution extrêmement complexe, à la différence d’un virement bancaire classique.
Le même problème structurel a aussi servi de terreau à des arnaques organisées de bien plus grande ampleur : un système pyramidal avait ainsi détourné près de 300 millions de dollars à une centaine de milliers d’investisseurs avant d’être démantelé. Ces affaires illustrent, à toutes les échelles, pourquoi les régulateurs européens se montrent aujourd’hui si exigeants sur la conformité anti-blanchiment des plateformes crypto.
Ce que ça change concrètement pour vous
Le passé judiciaire de Binance n’a aucun effet rétroactif sur vos avoirs actuels : vos cryptos restent à vous et restent retirables. Mais il explique pourquoi le dossier MiCA traîne autant, et pourquoi il serait imprudent de tabler sur un agrément de dernière minute.
Si vous cherchez une solution de repli pendant que ce dossier se règle, certaines plateformes ont déjà obtenu leur agrément européen. BuzzWebzine a déjà comparé certaines alternatives de trading pour ceux qui veulent continuer à investir sans dépendre du dénouement du dossier grec.
Et comme toujours en période de transition réglementaire, restez vigilant face aux messages qui se font passer pour des conseillers ou des solutions de transfert « urgentes ». Ce type de manipulation, déjà documenté par BuzzWebzine sur d’autres canaux, profite justement de la confusion ambiante autour de ces dossiers complexes.
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