Binance quitte la France le 1er juillet 2026. Coinhouse, Kraken, Coinbase récupèrent ses utilisateurs, mais est-ce une vraie victoire française ?

Le 24 juin 2026, Binance a confirmé par mail à ses près de deux millions d’utilisateurs français qu’elle n’obtiendrait pas d’agrément MiCA avant le 30 juin. À partir du 1er juillet, la plus grande plateforme crypto du monde ne pourra plus accueillir de nouveaux clients ni proposer de nouveaux ordres en France. Mécaniquement, ces millions de comptes vont devoir se reporter ailleurs. Et certains acteurs, déjà en règle, n’ont pas attendu pour se positionner.
📝 L’essentiel à retenir :
- À partir du 1er juillet 2026, Binance ne peut plus accueillir de nouveaux utilisateurs ni proposer de nouveaux ordres en France, faute d’agrément MiCA.
- Vos cryptos ne sont pas gelées : les retraits restent garantis, avant comme après cette date.
- Coinhouse, Kraken, Coinbase, Bitpanda, Bitstack et Trade Republic ont déjà leur agrément MiCA et récupèrent mécaniquement les utilisateurs orphelins.
- Le dirigeant de Deblock, une autre plateforme française agréée, s’inquiète que ce soient surtout des géants américains qui profitent du départ de Binance, pas les acteurs tricolores.
- Si vous avez des positions sur marge ou des prêts en cours, vous avez jusqu’au 1er octobre 2026 pour les solder avant une liquidation automatique.
Dans cet article :
Pourquoi Binance quitte la France au 1er juillet
Le règlement européen MiCA impose depuis fin 2024 un agrément CASP unique pour opérer dans les 27 pays de l’Union, via un système de passeport européen. Si la demande grecque de Binance s’est heurtée à une bataille feutrée entre le régulateur grec et la Banque centrale européenne, ce n’est pas un hasard isolé. Le passé judiciaire de la plateforme, avec son amende record de 4,3 milliards de dollars aux États-Unis et la démission de son fondateur Changpeng Zhao, explique en grande partie cette méfiance persistante chez les régulateurs. Binance a d’ailleurs fini par retirer sa demande déposée en Grèce pour tenter sa chance dans un autre pays européen, sans préciser lequel.
Sur les 117 prestataires de services sur actifs numériques enregistrés en France, une vingtaine seulement avait obtenu l’agrément MiCA en mai 2026. C’est dans cette minorité que se trouvent les vrais bénéficiaires du départ de Binance.
Qui récupère les utilisateurs orphelins
Coinhouse se présente comme la première plateforme française à avoir décroché l’agrément CASP. Elle vient d’ailleurs de récupérer l’activité de gestion de cryptoactifs de Tilvest, et Bitget, qui revendique 120 millions d’utilisateurs dans le monde mais n’a elle-même pas obtenu son agrément, lui a confié le transfert de ses propres clients français. Kraken et Coinbase, les deux géants américains, ont également leur passeport européen en règle. Kraken a investi 1,5 milliard de dollars dans le rachat de NinjaTrader pour étoffer son offre de trading, tandis que Coinbase revendique plus de 100 millions d’utilisateurs dans le monde et mise sur la simplicité d’usage. Bitpanda, basée en Autriche, et Trade Republic complètent le tableau des alternatives déjà opérationnelles en France.
| Plateforme | Agrément MiCA | Profil plutôt adapté |
|---|---|---|
| Coinhouse | Oui (pionnière française) | Investisseur cherchant une plateforme 100 % française |
| Kraken | Oui | Trader actif, gros volumes |
| Coinbase | Oui | Débutant, prise en main simple |
| Bitpanda | Oui | Épargne régulière, interface en français |
Une victoire française en trompe-l’œil ?
C’est là que l’histoire devient plus intéressante qu’un simple jeu de chaises musicales. Le dirigeant de Deblock, une autre plateforme française agréée MiCA, a publiquement mis en garde contre un faux sentiment de victoire :
« La souveraineté financière numérique se construit par des acteurs qui jouent le jeu de la régulation. La sortie de Binance pose un vrai risque : sans alternative française solide, ce sont des plateformes étrangères, Coinbase, Kraken, Crypto.com, qui capteront les utilisateurs orphelins. »
Autrement dit, le départ de Binance ne profite pas mécaniquement à la France. Sur la poignée d’acteurs déjà agréés, Coinhouse reste la seule véritablement française. Les deux mastodontes américains, eux, consolident surtout leur emprise sur un marché européen qui vient pourtant de se débarrasser d’un acteur jugé trop opaque.
Faut-il transférer vos cryptos en urgence ?
Tout dépend de votre profil. Si vous tradez activement sur Binance, l’urgence est réelle : dès le 1er juillet, plus aucun nouvel ordre au comptant ne pourra être passé, et tous les ordres encore ouverts seront annulés automatiquement. Pour les détenteurs de produits Earn ou de staking, pas d’affolement immédiat : les souscriptions s’arrêtent, mais les fonds déjà engagés sont restitués automatiquement sur le portefeuille Spot, à charge ensuite de les retirer à votre rythme.
Si vous avez des positions sur marge ou des prêts en cours, en revanche, le compte à rebours est plus serré : Binance a fixé au 1er octobre 2026 la clôture automatique de ces positions, avec un risque de liquidation forcée à un prix défavorable si vous attendez la dernière minute. Mieux vaut les solder vous-même avant cette date.
Pour les détenteurs de long terme qui considèrent simplement la crypto comme un placement de fond de portefeuille au même titre que la bourse ou l’immobilier, la panique n’est pas de mise. Les retraits restent ouverts indéfiniment, et rien n’oblige à migrer dans la précipitation. Il reste toutefois raisonnable d’anticiper, car plus aucun nouveau dépôt ne sera possible après le 30 juin, et exporter dès maintenant son historique de transactions (dans Profil puis Historique) facilite la déclaration fiscale 2026 et le calcul du prix de revient si vous changez de plateforme.
Quel que soit votre profil, la même règle de prudence s’applique avant tout transfert : vérifiez sur la liste officielle de l’AMF ou le registre européen ESMA que la plateforme de destination est bien agréée, et méfiez-vous des messages urgents par téléphone ou SMS demandant vos identifiants. Binance comme l’AMF rappellent qu’aucune plateforme sérieuse ne vous contactera jamais pour réclamer vos codes d’accès.
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