En filmant son mari à son insu, une épouse aurait capturé la phrase secrète donnant accès à sa fortune en bitcoins. Une affaire jugée au Royaume-Uni.

Dans l’univers des cryptomonnaies, on aime rappeler que la blockchain est inviolable, décentralisée, protégée par une cryptographie de pointe. Ce que cette affaire démontre, c’est qu’une fortune de 172 millions de dollars peut s’évaporer non pas à cause d’un piratage sophistiqué, mais à cause d’une caméra de surveillance bon marché installée dans un salon. La sécurité, sans crainte de se tromper, c’est avant tout comme on y veille.
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Une phrase de douze mots, une caméra bien placée
L’affaire remonte à 2023.Ping Fai Yuen, propriétaire de 2 323 bitcoins, gère sa fortune depuis chez lui à l’aide d’un portefeuille matériel ; c’est un dispositif physique qui stocke les clés d’accès à ses cryptomonnaies. Pour y accéder ou le récupérer en cas de perte, il existe une seule roue de secours :la phrase de récupération, une séquence de mots aléatoires qui représente le sésame absolu. Celui qui la possède contrôle l’intégralité des fonds.
Pas de mot de passe à réinitialiser, pas de service client à appeler.
Alors que leur mariage bat de l’aile, son épouse aurait orienté le système de vidéosurveillance domestique pour filmer son mari au moment précis où il saisissait cette phrase. Elle l’aurait notée, puis transféré les bitcoins. Au cours actuel, la somme représente environ 172 millions de dollars.
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Quand la blockchain se heurte aux tribunaux
Ce qui fait la force du bitcoin, l’irréversibilité des transactions, est précisément ce qui complique la suite de l’histoire. Sur la blockchain, l’adresse qui détient désormais les fonds est, du point de vue du protocole, la propriétaire légitime. Le code ne connaît pas le mariage, ni la fraude, ni l’espionnage domestique.
Mais les tribunaux, eux, si. La Haute Cour du Royaume-Uni a autorisé la tenue d’un procès civil, rejetant la tentative de la défense de faire classer l’affaire. C’est là que l’affaire prend une tournure particulièrement révélatrice : des enregistrements audio, réalisés par le mari après que sa fille aînée l’a alerté des intentions supposées de sa mère, auraient été versés au dossier. On y entendrait l’épouse évoquer la difficulté de convertir une telle somme en monnaie classique : «Tellement de questions, comment vas-tu expliquer ça ? Une telle somme que même dix banques ne suffiraient pas pour la déposer.»
L’histoire a déjà eu des conséquences pénales pour le mari lui-même : en découvrant la disparition de ses fonds, Ping Fai Yuen a agressé son ex-femme. Il a été arrêté, a passé plusieurs semaines en détention et a plaidé coupable pour violences, avant même que le volet civil sur le vol présumé ne soit jugé.
Le paradoxe de la souveraineté financière
Cette affaire pose une question que l’écosystème crypto préfère généralement esquiver. En devenant sa propre banque, sans intermédiaire, sans institution, sans recours, on devient aussi son propre service de sécurité. Une responsabilité que peu de particuliers sont réellement équipés pour assumer. Pas besoin de percer un coffre-fort ni de contourner un système bancaire : il suffit d’un angle de caméra et d’un bout de papier.
Le procès à venir sera scruté de près, tant par les juristes que par les acteurs du secteur. Il pourrait créer un précédent sur la manière dont la justice appréhende, et éventuellement restitue, des actifs volés dans un système conçu pour rendre toute transaction techniquement irréversible.
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