Le département de la Justice américain vise 61 millions $ transitant via Binance, liés à des ventes de pétrole iranien. Et le timing ne pouvait pas être pire.

Le 15 septembre 2026, les procureurs fédéraux de Manhattan ont déposé une plainte de confiscation civile visant 61,19 millions de dollars en USDT immobilisés sur dix adresses du réseau TRON. Selon le DoJ, ces fonds sont le produit direct de ventes clandestines de pétrole brut iranien, acheminé vers la Chine en contournement des sanctions américaines. Deux sociétés basées à Hong Kong, Blessed Trust Limited et Hexa Whale Trading Limited, auraient utilisé des comptes ouverts sur Binance pour faire transiter ces montants avant de les réacheminer vers Téhéran et les réseaux du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
📝 L’essentiel à retenir :
- Binance n’est pas défenderesse dans la plainte civile : les sociétés visées sont Blessed Trust et Hexa Whale, pas la plateforme elle-même.
- Le DoJ réclame la confiscation de 61,19 millions $ en USDT, déjà gelés par Tether, sur un circuit total estimé à 1,5 milliard $.
- Richard Teng, CEO de Binance, a immédiatement réaffirmé la politique de « tolérance zéro » de la plateforme sur les violations de sanctions.
- La plainte tombe 15 jours avant le 30 septembre, date à laquelle Binance prévoit de déposer sa demande d’agrément auprès de la FCA britannique.
- Binance avait déjà réglé en 2023 une amende de 4,3 milliards de dollars aux États-Unis pour des manquements similaires liés aux sanctions iraniennes.
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Ce que dit exactement la plainte
Le bureau du procureur du district sud de New York (SDNY) décrit un circuit en deux étapes. Blessed Trust, présentée comme une société de gestion d’actifs numériques, et Hexa Whale, présentée comme un courtier en matières premières, auraient chacune ouvert des comptes de trading sur Binance. Ces comptes servaient à recevoir et redistribuer les recettes d’un réseau pétrolier illicite, après conversion en stablecoins. Les procureurs identifient un ensemble d’adresses non hébergées, désignées collectivement sous le terme « Entité A », ayant reçu et redistribué plus de 1,5 milliard de dollars générés par ce commerce. Les 61 millions directement réclamés correspondent aux fonds déjà gelés par Tether, ce qui explique l’écart entre les deux chiffres.
Binance n’est pas la cible de la procédure : la plainte la mentionne uniquement comme la plateforme utilisée par les intermédiaires présumés. Richard Teng a répondu sans délai, affirmant que Binance « n’a jamais et ne vendra jamais les données de ses utilisateurs », maintient une « tolérance zéro » sur les violations de sanctions, et coopère activement avec les autorités en gelant, restreignant ou signalant les comptes suspects dès qu’un risque est identifié. Ce cadrage défensif est identique à celui que la plateforme avait adopté lors de son accord de 4,3 milliards de dollars avec le DoJ en novembre 2023, un passé judiciaire qui continue de peser sur tous ses dossiers réglementaires.
Un timing qui ne doit rien au hasard
La coïncidence de calendrier est frappante. Binance prévoit de déposer sa demande d’autorisation auprès de la Financial Conduct Authority britannique dès le 30 septembre 2026, premier jour où la fenêtre de candidature ouvre dans le cadre du nouveau régime crypto du Royaume-Uni. Or la FCA avait retiré l’autorisation de la filiale britannique de Binance en juin 2021, précisément en raison de lacunes jugées sérieuses dans son dispositif de lutte contre le blanchiment. Cette nouvelle procédure américaine liée à l’Iran rouvre exactement le même dossier, à deux semaines du dépôt.
Ce n’est pas la première fois que la justice américaine s’attaque à des flux iraniens transitant par la crypto. En 2021 déjà, le DoJ avait saisi près d’un milliard de dollars en actifs numériques liés à des transactions iraniennes. La pression sur ce front n’a jamais vraiment faibli, et Binance en est régulièrement le décor, même sans être directement accusée.
Ce que ça change pour les utilisateurs français
Concrètement, rien dans l’immédiat. Cette procédure est une confiscation civile américaine qui ne touche pas les comptes des utilisateurs européens. Les fonds visés sont des USDT sur des adresses TRON spécifiques, déjà gelés par Tether, sans lien avec les portefeuilles des particuliers. Les retraits restent disponibles, comme ils l’étaient depuis le 1er juillet.
Ce qui change en revanche, c’est le contexte dans lequel Binance engage ses démarches réglementaires européennes. Les pistes pour un retour rapide en France passent toutes par une démonstration de conformité crédible aux yeux des régulateurs. Une nouvelle procédure américaine liée à l’Iran, même sans mise en cause directe, alimente les doutes que la BCE avait déjà exprimés en coulisses lors du dossier grec, et que la FCA ne manquera pas d’examiner à la loupe le 30 septembre.
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