Binance quitte la France le 1er juillet, mais plusieurs signaux concrets suggèrent que son retour pourrait être bien plus rapide qu’on ne le pense.

Depuis l’annonce du 24 juin, l’image qui domine est celle d’un départ sec. Binance ne peut plus accueillir de nouveaux clients français et ses services se restreignent progressivement à partir du 1er juillet 2026. Pourtant, en y regardant de plus près, rien dans le dossier ne ressemble à une sortie définitive. Plusieurs éléments factuels, déjà publics, dessinent au contraire un scénario où Binance pourrait retrouver l’accès au marché français dans un délai bien plus court qu’un simple redépôt classique.
📝 L’essentiel à retenir :
- Binance affirme disposer d’un dossier MiCA « techniquement prêt » et serait en discussions directes avec l’AMF.
- Le retrait de la demande grecque, le 25 juin, a été décidé par Binance elle-même, avant un rejet officiel de la HCMC.
- Le passeport européen ne nécessite qu’un seul agrément national pour rouvrir l’accès aux 27 pays de l’UE, y compris la France.
- Une solution technique intermédiaire existe déjà, via un dépositaire agréé comme BitGo, pour reprendre certains services sans attendre l’agrément complet.
- Binance répète depuis le 16 juin qu’elle « ne quitte pas l’Europe » et explore activement d’autres voies.
Dans cet article :
Un retrait stratégique, pas un échec définitif
Le détail a son importance. Binance n’a pas attendu un rejet formel de la Hellenic Capital Market Commission (HCMC) pour quitter la procédure grecque. Le 25 juin 2026, soit sept jours après que Reuters a révélé que le régulateur grec s’apprêtait à refuser sa demande, l’entreprise a retiré elle-même son dossier. Gillian Lynch, responsable Europe et Royaume-Uni du groupe, avait anticipé ce mouvement dès la semaine précédente, déclarant à Reuters que Binance pourrait emprunter une voie différente pour obtenir l’autorisation, sans attendre l’issue grecque. Ce choix évite à Binance de porter la marque d’un refus officiel sur son dossier, et lui permet de redéposer ailleurs sans ce passif.
Le passeport européen joue en sa faveur
C’est le point le plus souvent sous-estimé dans la couverture de l’affaire. Le règlement MiCA fonctionne sur un principe de passeport unique : un agrément CASP obtenu dans n’importe lequel des 27 pays de l’Union européenne ouvre automatiquement l’accès aux 27, y compris la France. Binance n’a donc pas besoin que la France elle-même délivre l’agrément pour revenir sur le marché français. Une autorisation décrochée dans un pays plus rapide ou plus accueillant suffirait techniquement à rouvrir l’accès aux utilisateurs français, sans nouvelle procédure locale.

Une piste française déjà engagée
Selon des informations publiées mi-juin 2026, Binance serait en discussions directes avec l’AMF en vue d’un dépôt de dossier MiCA, affirmant disposer d’un dossier « techniquement prêt ». Binance est par ailleurs déjà enregistrée comme PSAN en France depuis 2022, ce qui lui donne un historique réglementaire et une relation de travail préexistante avec le régulateur français, contrairement à la Grèce où l’entreprise partait de zéro. L’épisode grec, marqué par une intervention informelle de la BCE selon plusieurs sources, pourrait d’ailleurs inciter Binance à privilégier des régulateurs disposant déjà d’une expérience établie dans la délivrance d’agréments CASP, ce qui est précisément le cas de l’AMF, qui en a déjà accordé plusieurs dizaines.
Un plan B déjà opérationnel sur le marché
Au-delà de la voie réglementaire classique, une solution technique existe déjà et fonctionne pour d’autres acteurs du secteur. BitGo Europe, société agréée MiCA par le régulateur allemand BaFin depuis mai 2025, propose depuis juin 2026 un service de « Crypto-as-a-Service » permettant à une plateforme non agréée de connecter sa base de clients à l’infrastructure déjà licenciée de BitGo, qui agit alors comme dépositaire réglementé. Ce montage permettrait à une entreprise comme Binance de continuer à proposer certains services tout en poursuivant en parallèle sa propre demande d’agrément complet, plutôt que d’attendre plusieurs mois dans l’incertitude.
Ce que cela signifie concrètement pour les utilisateurs
Aucun de ces éléments ne garantit un retour à une date précise, et Binance elle-même n’a communiqué aucun calendrier ferme. Mais la combinaison d’un dossier déjà avancé avec l’AMF, du mécanisme de passeport européen et d’une solution de transition technique déjà disponible sur le marché change sensiblement la probabilité d’un retour rapide par rapport à un simple scénario de redépôt classique, qui prendrait généralement plusieurs mois. Pour les utilisateurs qui envisagent de migrer vers une plateforme déjà agréée comme Coinhouse, Kraken ou Coinbase, cela ne change rien dans l’immédiat : la prudence reste de mise tant qu’aucun agrément n’est officiellement délivré. Mais le scénario d’une absence prolongée de Binance sur le marché français paraît, à la lumière de ces éléments, moins acquis qu’il n’y paraît.
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