Après l’échec grec, Binance se tournerait vers l’AMF française. Pourquoi ce choix serait le plus rationnel et le plus rapide pour l’entreprise.

Si Binance a un jour une carte crédible à jouer pour revenir rapidement sur le marché européen, elle se trouve probablement à Paris. Selon des informations publiées mi-juin 2026, l’entreprise serait engagée dans des discussions directes avec l’Autorité des marchés financiers en vue d’un dépôt de dossier MiCA, avec un argument de poids : un dossier qu’elle qualifie elle-même de « techniquement prêt ».
📝 L’essentiel à retenir :
- Binance est PSAN en France depuis 2022, contrairement à la Grèce où elle partait de zéro réglementairement.
- L’AMF a déjà délivré plusieurs dizaines d’agréments CASP, ce qui en fait un régulateur expérimenté et prévisible.
- Le dossier France serait selon Binance « techniquement prêt », contrairement au dossier grec resté bloqué 18 mois.
- Un agrément obtenu en France ouvrirait automatiquement l’accès aux 27 pays de l’UE via le passeport européen.
- Aucune demande formelle n’a toutefois été officiellement enregistrée à ce jour auprès du régulateur français.
Pourquoi la France plutôt qu’un autre pays
Le choix n’a rien d’anodin. Contrairement à la Grèce, où Binance avait dû construire sa relation réglementaire depuis janvier 2026 via sa filiale Binary Greece, la France connaît déjà l’entreprise. Binance y est enregistrée comme prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) depuis 2022, un statut qui implique des années d’échanges avec l’AMF, de contrôles et d’historique de conformité, même si ce passé n’a pas toujours été sans accroc, notamment avec une information judiciaire ouverte en France en 2025. Ce n’est donc pas un terrain inconnu, dans un sens comme dans l’autre.
L’AMF présente surtout un avantage opérationnel décisif : l’expérience. La France et l’Allemagne figurent parmi les pays ayant délivré le plus grand nombre d’agréments CASP en Europe, là où la Grèce n’en avait accordé aucun avant le dossier Binance. Un régulateur rodé au processus d’instruction représente, du point de vue de Binance, une voie plus prévisible et potentiellement plus rapide qu’un pays qui découvre l’exercice avec le dossier le plus scruté du secteur.
Le poids du dossier « techniquement prêt »
L’expression revient régulièrement dans les informations rapportées : Binance affirme avoir un dossier prêt sur le plan technique pour la France. Le terme n’est pas neutre. Il signifie que l’entreprise aurait déjà préparé l’essentiel de la documentation exigée par MiCA, capital réglementaire, gouvernance, dispositif anti-blanchiment, sans avoir encore déposé de demande formelle. Binance a investi massivement dans sa conformité ces derniers mois, avec environ 1 500 collaborateurs dédiés selon les chiffres communiqués par l’entreprise elle-même, un effort qui pourrait justement viser à présenter un dossier plus solide qu’en Grèce, où des doutes sur le dispositif anti-blanchiment avaient pesé dans le blocage.
Ce que l’épisode grec a changé pour la suite
La séquence grecque a un mérite : elle a montré ce qui ne fonctionne pas. Le rejet pressenti par la HCMC s’expliquait, selon plusieurs sources citées par Reuters, par des doutes persistants sur la robustesse du dispositif anti-blanchiment de Binance et sur la structure juridique du groupe, dans un contexte où la BCE aurait elle-même pesé en coulisses contre cet agrément. Un dossier déposé en France, où l’AMF a déjà fait ses preuves sur des dossiers crypto sensibles et où la supervision bancaire reste étroitement liée à la zone euro, pourrait en théorie limiter ce type de friction politique informelle, bien qu’aucune garantie de ce type n’existe naturellement.
Ce qu’il reste à confirmer
Tout ceci reste, à ce stade, une piste sérieuse plutôt qu’une certitude. Aucune demande formelle d’agrément complet n’a été enregistrée à ce jour auprès de l’AMF, et l’autorité française n’a fait aucun commentaire public sur des discussions en cours avec Binance. Le scénario d’un agrément français rapide reste donc conditionnel, mais il s’appuie sur des éléments concrets : un statut PSAN préexistant, un régulateur expérimenté, et un dossier que Binance présente elle-même comme prêt. Si cette voie aboutissait, elle rouvrirait mécaniquement l’accès non seulement à la France mais aux 27 pays de l’Union, via le passeport européen qui a justement fait défaut à Binance depuis le 1er juillet.
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