Maisons hantées, films d’horreur, escape games flippants : on paie pour avoir peur. Des chercheurs danois ont trouvé la dose idéale, et ses effets surprenants.

À l’approche d’Halloween, des millions de personnes vont volontairement s’installer devant un film qui leur glacera le sang, ou faire la queue pour entrer dans une maison hantée. Sur le papier, c’est absurde : la peur est une émotion désagréable, conçue pour nous faire fuir le danger. Pourtant, nous la recherchons. Depuis quelques années, des chercheurs prennent ce paradoxe très au sérieux, et leurs résultats montrent que la peur « pour de faux » pourrait même nous faire du bien.
En résumé : on aime avoir peur quand on sait qu’on est en sécurité, et une dose modérée de frayeur procure à la fois du plaisir et un sentiment de soulagement. Certains travaux suggèrent même qu’elle entraîne à mieux gérer le stress réel.
📝 L’essentiel à retenir :
- Une étude menée dans une maison hantée danoise a montré qu’il existe une dose idéale de peur : trop peu ennuie, trop gâche le plaisir.
- Au printemps 2020, les fans de films d’horreur ont déclaré moins de détresse psychologique face au Covid-19.
- Après une maison hantée, les visiteurs d’une étude américaine se sentaient de meilleure humeur et moins anxieux.
- Le plaisir vient du contraste entre l’alerte du corps et la certitude de ne rien risquer.
Le corps panique, le cerveau sait qu’il ne risque rien
Quand un monstre surgit à l’écran, le corps réagit comme face à un vrai danger : le cœur s’accélère, l’adrénaline afflue, les muscles se tendent, l’attention se resserre. C’est la réaction de « combat ou fuite ». Mais une autre partie du cerveau sait parfaitement que l’on est assis dans un canapé, une tasse de thé à la main. Ce décalage change tout : l’excitation physiologique, privée de vraie menace, est vécue comme un frisson agréable, un peu comme sur des montagnes russes.
Vient ensuite le soulagement. Une fois la scène passée, la tension retombe, et cette détente brutale procure un vrai bien-être. Le même mécanisme explique en partie notre fascination pour les histoires de maisons hantées, qui jouent sur la peur sans jamais nous exposer réellement.
La dose idéale de peur existe
À l’université d’Aarhus, au Danemark, le Recreational Fear Lab, littéralement le laboratoire de la peur récréative, étudie la question sur le terrain. Pour une étude publiée dans Psychological Science, l’équipe de Marc Malmdorf Andersen et Mathias Clasen a équipé 110 visiteurs d’une maison hantée commerciale de près de 50 pièces, à Vejle, de capteurs de fréquence cardiaque. Les participants étaient aussi filmés et notaient leur peur et leur plaisir.
Le résultat dessine une courbe en cloche. Avec très peu de peur, le plaisir est faible. Avec une peur écrasante, l’expérience devient désagréable. Entre les deux se trouve une zone idéale, où le rythme cardiaque s’écarte modérément de la normale et où le plaisir est maximal. Pour les chercheurs, il s’agit d’une forme de jeu : on joue avec la peur comme les enfants jouent à se faire peur, en gardant le contrôle.
Trop peu de peur ennuie, trop de peur gâche tout : entre les deux, il existe une zone où le frisson devient un plaisir.
Un entraînement pour la vraie vie ?
Les chercheurs d’Aarhus sont allés plus loin. En avril 2020, en plein premier confinement, Coltan Scrivner, Mathias Clasen et leurs collègues ont interrogé 310 personnes sur leurs goûts cinématographiques, leur personnalité et leur état psychologique. Publiée dans Personality and Individual Differences, l’étude a montré que les fans de films d’horreur déclaraient moins de détresse psychologique face à la pandémie. Les amateurs de films de « fin du monde », zombies, épidémies et invasions, se disaient aussi mieux préparés et moins bousculés dans leur quotidien.
L’hypothèse des auteurs : ressentir des émotions négatives dans un cadre sûr permettrait d’apprendre à gérer la peur, un peu comme une répétition générale. Une étude d’observation ne prouve pas la cause, mais la piste intéresse de plus en plus les psychologues.
Une maison hantée qui remet les compteurs à zéro
La sociologue américaine Margee Kerr, spécialiste de la peur, a mené une étude similaire à ScareHouse, une maison hantée de Pittsburgh. Publiée dans la revue Emotion, elle a comparé l’humeur et l’activité cérébrale de visiteurs avant et après un parcours de 35 minutes. Résultat : les participants se sentaient de meilleure humeur et moins anxieux à la sortie, surtout ceux qui étaient arrivés stressés, fatigués ou ennuyés. Leur cerveau réagissait aussi moins fortement à des images désagréables. Les auteurs parlent d’une sorte de « recalibrage » émotionnel. Près de 90 % des participants voulaient revenir.
Tout le monde n’est pas égal devant la peur
Le goût pour l’effroi varie beaucoup d’une personne à l’autre. Certains recherchent les sensations fortes, d’autres les fuient, sans que cela dise quoi que ce soit de leur courage. Pour les personnes très anxieuses, ou qui ont vécu un traumatisme, les contenus effrayants peuvent au contraire raviver l’angoisse. La peur récréative n’est bénéfique que si elle reste choisie et maîtrisée.
| Ce qu’on ressent | Ce qui se passe |
|---|---|
| Cœur qui s’accélère | Décharge d’adrénaline, réaction de combat ou fuite |
| Frisson agréable | Excitation du corps sans danger réel |
| Rire nerveux après la frayeur | Soulagement brutal quand la tension retombe |
| Envie de recommencer | Plaisir associé à la sortie de la peur |
Comment profiter de la saison sans se gâcher les nuits
Pour viser la bonne dose, mieux vaut choisir des films adaptés à sa sensibilité et les regarder à plusieurs : la peur partagée est plus amusante et plus vite dissipée. Évitez les contenus les plus angoissants juste avant de dormir si vous êtes sensible. Et si vous cherchez des idées, le cinéma d’horreur britannique regorge de classiques, tandis que la franchise Scream mêle frissons et humour.
Les amateurs d’histoires flippantes à lire plutôt qu’à regarder trouveront leur compte du côté des creepypastas nées sur internet. Et pour celles et ceux qui se demandent jusqu’où peut aller l’effroi, rassurez-vous : la question de savoir si l’on peut littéralement mourir de peur concerne des cas extrêmes, très loin d’une soirée de films d’Halloween.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






