Une solution technique méconnue, déjà utilisée par d’autres plateformes, pourrait permettre à Binance de revenir en France sans attendre un nouvel agrément complet.

Pendant que l’attention se concentre sur les discussions de Binance avec l’AMF ou son ancien échec en Grèce, une autre option, beaucoup moins commentée dans la presse française, circule depuis plusieurs semaines dans le secteur crypto européen. Elle ne nécessite pas d’attendre l’issue d’une procédure d’agrément classique, longue de plusieurs mois. Elle repose sur un acteur que peu de lecteurs connaissent : BitGo.
📝 L’essentiel à retenir :
- BitGo Europe, agréée MiCA par le régulateur allemand BaFin depuis mai 2025, propose un service de « Crypto-as-a-Service » à destination des plateformes non agréées.
- Le principe : une plateforme comme Binance pourrait connecter ses clients aux comptes ségrégués de BitGo, qui agit comme dépositaire réglementé en coulisses.
- Ce montage est explicitement présenté comme un pont temporaire, pas un substitut permanent à un agrément complet.
- Le tarif démarre à quelques milliers de dollars par mois, selon le PDG de BitGo, Mike Belshe.
- Aucun accord officiel entre Binance et BitGo n’a été confirmé à ce jour : il s’agit d’une option disponible sur le marché, pas d’une annonce.
Un modèle déjà utilisé par d’autres acteurs du secteur
BitGo Europe GmbH a obtenu sa licence MiCA auprès de la BaFin, l’autorité fédérale allemande de supervision financière, en mai 2025, pour les services de conservation, d’administration et de transfert d’actifs crypto. Une extension accordée en septembre 2025 a ajouté les services de trading réglementés, permettant à BitGo de bénéficier du passeport européen dans les 30 pays de l’Espace économique européen. Depuis juin 2026, l’entreprise commercialise ce passeport sous la forme d’un produit baptisé « Crypto-as-a-Service », déployé dans l’ensemble de la zone.
Comment fonctionne concrètement ce montage
Le PDG de BitGo, Mike Belshe, a détaillé le principe en termes simples : une plateforme qui ne dispose pas de son propre agrément CASP peut connecter sa base de clients à l’infrastructure déjà licenciée de BitGo. Les portefeuilles des clients migrent vers des sous-comptes BitGo, détenus dans un stockage ségrégué et assuré jusqu’à 250 millions de dollars selon les conditions. L’entreprise partenaire, elle, conserve la relation client, le support et sa propre interface, pendant que BitGo agit en coulisses comme l’entité réglementée responsable de la conservation. Pour l’utilisateur final, l’expérience resterait proche de celle d’aujourd’hui, l’essentiel de la complexité réglementaire restant invisible côté interface.

Pourquoi ce plan a du sens pour Binance spécifiquement
Pour les avocats spécialisés en droit européen des crypto-actifs, trois voies de survie se dessinent pour une plateforme non agréée après le 1er juillet 2026 : obtenir l’autorisation, cesser de servir les clients de l’UE, ou s’associer à un CASP déjà licencié capable de proposer des services en marque blanche. C’est précisément cette troisième option que BitGo commercialise. Pour une entreprise de la taille de Binance, dont le dossier réglementaire avec l’AMF serait déjà engagé selon plusieurs sources, ce type de montage permettrait théoriquement de continuer à servir une partie de sa base d’utilisateurs français pendant l’instruction du dossier, plutôt que de subir une interruption totale de plusieurs mois.
Les limites de ce scénario
Il faut rester précis sur ce point : aucun accord officiel entre Binance et BitGo n’a été confirmé à ce jour. Cette solution existe, fonctionne, et a été pensée explicitement pour des situations comme celle de Binance, mais rien n’indique que l’entreprise l’ait choisie ou même l’envisage publiquement. Mike Belshe a lui-même précisé que ce type de montage reste un pont, pas un substitut permanent : les entreprises clientes de BitGo continuent en parallèle leurs propres démarches pour obtenir un agrément CASP complet. Le contexte réglementaire général donne une idée de l’ampleur du problème que ce type de solution cherche à résoudre : sur plus de 3 000 entreprises crypto enregistrées en Europe avant MiCA, seules 194 disposaient d’un agrément complet en mai 2026, un chiffre qui illustre la vague de consolidation en cours dans tout le secteur, bien au-delà du seul cas Binance.
Ce que cela changerait pour les utilisateurs français
Si un montage de ce type voyait le jour, il permettrait théoriquement de réduire la période d’interruption des services Binance en France, sans attendre la délivrance d’un agrément CASP complet, qu’il vienne de l’AMF ou d’un autre régulateur européen. Mais tant qu’aucune annonce officielle n’est faite, ce scénario reste une option technique disponible sur le marché plutôt qu’un plan confirmé. Pour les utilisateurs qui envisagent leurs prochaines étapes, mieux vaut continuer de suivre les annonces officielles de Binance plutôt que d’anticiper un retour sur cette seule base.
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