Demander son interdiction de jeux pour se protéger du jeu excessif semble tout bloquer. Une exception légale change pourtant la donne pour le Loto et les loteries classiques.

Chaque année, plusieurs milliers de personnes en France font la démarche volontaire de s’inscrire sur le fichier des interdits de jeux, auprès de l’Autorité nationale des jeux (ANJ). L’objectif est de se protéger contre une pratique de jeu devenue problématique. Mais beaucoup de joueurs concernés ignorent qu’un pan entier des jeux d’argent reste, contre toute attente, accessible malgré cette interdiction.
📝 L’essentiel à retenir :
- L’interdiction volontaire de jeux empêche l’accès aux casinos, aux paris sportifs et hippiques, ainsi qu’aux comptes joueurs en ligne agréés par l’ANJ.
- Elle ne s’applique pas aux lotos traditionnels ni aux loteries, dont le Loto national et l’EuroMillions.
- Une personne interdite de jeux peut donc toujours acheter un ticket de Loto en bureau de tabac, sans aucune restriction légale.
Ce que bloque réellement l’interdiction de jeux
L’interdiction volontaire de jeux est une mesure de protection prévue par le Code de la sécurité intérieure. Une fois la demande effectuée sur le site de l’ANJ, la personne concernée ne peut plus accéder aux casinos, aux clubs de jeux, aux sites de paris sportifs et hippiques agréés, ni au compte joueur en ligne de la Française des Jeux ou du PMU. La mesure dure un minimum de trois ans et se renouvelle automatiquement si la personne ne demande pas sa levée.
Sur le papier, cette interdiction donne l’impression d’un blocage total de tous les jeux d’argent. C’est précisément cette croyance qui pousse beaucoup de joueurs en difficulté à penser, à tort, qu’ils ne pourront plus jamais toucher à un ticket de loterie.
Une exception clairement posée par les textes
Or les textes sont explicites sur ce point : « Cette interdiction ne s’applique pas aux paris hippiques et sportifs sur les hippodromes ou dans les commerces agréés. Elle ne s’applique pas non plus aux lotos et loteries. » Concrètement, une personne inscrite sur la liste des interdits de jeux peut continuer à acheter normalement des tickets de Loto, d’EuroMillions, de Keno ou des jeux de grattage Illiko chez son buraliste, sans qu’aucun contrôle ne vienne s’y opposer.
Cette particularité s’explique par la nature même de ces jeux. Contrairement aux paris sportifs en ligne ou aux machines à sous, les loteries reposent sur un mécanisme d’achat ponctuel chez un détaillant, sans compte joueur permanent ni système de suivi individuel des mises, ce qui rend techniquement difficile leur intégration dans le dispositif d’interdiction. Une situation différente de celle décrite dans les arnaques aux faux gains de la FDJ, où c’est justement l’absence de contact direct entre la FDJ et ses joueurs qui sert d’argument aux escrocs.
Une faille qui inquiète les associations
Cette exception est régulièrement pointée du doigt par les professionnels de l’accompagnement des joueurs en difficulté. Des proches de personnes interdites de jeux s’étonnent parfois de voir leur entourage continuer à acheter des tickets de loterie dans n’importe quel point de vente, malgré une interdiction censée les protéger depuis parfois plusieurs années. Les services spécialisés, comme ceux de Joueurs Info Service, rappellent que cette zone grise du dispositif fait partie des limites connues de la prévention du jeu pathologique en France.
Que faire si le Loto devient lui aussi un problème ?
Pour les personnes concernées par une addiction qui s’étend également aux loteries, l’interdiction volontaire ne suffit donc pas. La meilleure option reste de solliciter un accompagnement spécifique auprès des structures dédiées, ou d’impliquer un proche pour limiter l’accès physique aux points de vente. À l’inverse, pour les gagnants qui touchent un jour le jackpot après avoir levé leur interdiction, les questions patrimoniales qui suivent rejoignent celles de n’importe quel autre gagnant, notamment sur la répartition du patrimoine au sein du couple.
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