L’autrice phénomène de la dark romance publie Swan, premier tome d’une nouvelle saga déjà en tête des ventes. Critique d’un roman efficace, mais qui ne se libère pas totalement de ses propres recettes.

Après Captive et Lakestone, deux phénomènes qui ont fait de Sarah Rivens l’une des autrices les plus suivies de la romance francophone, l’écrivaine revient avec Swan, disponible en librairie depuis le 10 juin chez BMR. Le succès commercial est immédiat : le roman s’empare directement de la première place du classement des meilleures ventes, avec déjà 20 000 exemplaires écoulés selon son éditeur, pour un tirage total de 200 000 exemplaires sur ce premier tome d’une duologie. Si l’efficacité de l’écriture et le plaisir de lecture sont indéniables, le roman utilise trop souvent les clichés du genre pour ne pas y voir autre chose qu’un exercice de style maîtrisé.
Dans cet article :
Une intrigue familière, portée par un soin éditorial inhabituel
Cléo, danseuse de 26 ans dans les clubs nocturnes de Manchester, vient de perdre son logement. Grâce à une amie, elle rejoint une colocation dans une demeure élégante de Firswood, à un loyer dérisoire. L’un de ses colocataires, Zachary, héritier arrogant d’une famille fortunée, tente de percer la carapace de Cléo, qui souhaite rester la plus discrète possible. S’installe alors un jeu du chat et de la souris, entre attirance et rejet.
Écrit à la première personne du point de vue de Cléo, le roman suit la mécanique romanesque caractéristique de Rivens : deux êtres blessés, une attirance contrariée, des rapports de force, des secrets qui se dévoilent progressivement. La formule a fait ses preuves, et le plaisir de lecture est instantané. Mais les personnages en deviennent parfois interchangeables, prisonniers d’archétypes trop appuyés.
Un détail éditorial mérite d’être souligné : selon son éditrice, le manuscrit a bénéficié de la relecture d’une psychologue clinicienne. Une précision qui prend tout son sens à la lecture, tant le roman déplace son centre de gravité de la noirceur frontale vers une exploration plus posée des traumatismes et des mécanismes émotionnels de ses personnages.
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Romance sombre, ou véritable dark romance ?
C’est là que Swan surprend. La dark romance repose habituellement sur une histoire d’amour traversée par la violence, la domination et la transgression, avec des personnages moralement ambigus voire toxiques. BMR préfère présenter Swan comme une romance psychologique, une nuance qui n’a rien d’anodin : elle distingue le livre d’une dark romance pure tout en conservant l’aura sulfureuse associée à l’autrice.
Ici, la noirceur est davantage psychologique que structurelle. Sarah Rivens délaisse la brutalité habituelle du genre pour le secret, la tension intime et les jeux de pouvoir souterrains. Le livre reste, avant tout, un livre d’ambiance. L’autrice utilise abondamment la nuit, entre boîtes de nuit, attrait pour l’obscurité et liberté offerte par le noir, pour enrichir les situations vécues par ses personnages. En soignant les décors, elle leur donne une épaisseur qui dépasse leur seul caractère.
Ce que les lecteurs en retiennent
Les retours du public confirment cette ambivalence. Sur les plateformes de lecteurs, certains avis saluent une évolution de la plume de l’autrice, plus maîtrisée tout en restant addictive, et un roman dévoré en deux ou trois jours. D’autres pointent une intrigue jugée prévisible, devinée tôt dans la lecture, et un personnage de Cléo parfois difficile d’accès en raison de sa tendance à surinterpréter les intentions de Zachary. Un sentiment de longueur revient également, certains lecteurs notant qu’il faut attendre le dernier quart du roman pour retrouver pleinement la tension caractéristique de l’autrice.
Le mystère reste le moteur du récit : passé énigmatique des personnages, contexte de départ volontairement brumeux, petites touches qui construisent une atmosphère plutôt qu’une révélation frontale. Swan ne cherche pas à rebattre les cartes de la new et dark romance, les archétypes étant trop profondément ancrés dans l’intrigue pour cela. Mais l’intention de Sarah Rivens semble se déplacer ailleurs, vers une exploration plus fine des rapports humains. Pour rappel, Lakestone, son précédent succès, est déjà en cours d’adaptation pour Prime Video.
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