Le film Backrooms de Kane Parsons est sorti le 17 juin 2026 en France. La littérature explorait ces espaces impossibles bien avant Internet. Voici quatre romans qui vous donneront les mêmes frissons.

Le 17 juin 2026, le film Backrooms de Kane Parsons est sorti en France, adapté de la série YouTube qui avait sidéré des millions de spectateurs. L’idée centrale des backrooms ? Se retrouver piégé dans un espace sans logique, sans sortie évidente, dont les règles architecturales n’obéissent à rien de connu. Mais cet espace n’est pas né sur Internet ni avec ce film 2026. La littérature l’explore depuis bien plus longtemps, sous des formes variées. Voici quatre romans qui travaillent exactement ce territoire.
Dans cet article :
Ce que la littérature a fait de ces espaces avant le film
Les œuvres qui précèdent Backrooms partagent un même point de départ : un espace architectural réel, reconnaissable, mais soumis à une règle qui n’est pas celle du monde. Ce qui change d’un livre à l’autre, c’est la façon dont l’auteur choisit d’y exposer le lecteur.
La première approche est celle de la contamination progressive. L’espace, au départ, semble étrange, puis devient menaçant, puis brise entièrement les lois de la perception. C’est ce que La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski et The Shining de Stephen King construisent chacun à leur manière : un couloir qui s’étire, une pièce qui se reconfigure, des déplacements de plus en plus inexplicables.
Dans les deux cas, l’architecture impose sa propre logique aux personnages avant même qu’ils en prennent conscience. Ce qui rend cette approche efficace, c’est que la désorientation s’installe lentement, comme si le lecteur lui-même finissait par ne plus savoir où il se trouve. Danielewski va jusqu’à transposer cette désorientation dans la mise en page elle-même : notes en cascade, textes en spirale, colonnes qui disparaissent. On ne lit pas l’espace impossible. L’objectif est de nous faire ressentir physiquement ce que traduisent les mots.
La deuxième approche est opposée : montrer l’espace impossible en le décrivant avec la plus grande neutralité possible. C’est ce que fait Uketsu dans Strange Houses et Strange Buildings, présentés comme de simples documents techniques, plans, schémas, descriptions cliniques.
L’horreur n’est jamais nommée. Elle surgit d’un détail qui cloche dans une architecture par ailleurs ordinaire, une fenêtre mal placée, un couloir sans issue, une pièce sans fonction identifiable. Le vide entre ce qui est décrit et ce que le lecteur perçoit comme anormal devient le seul espace où la peur peut s’installer. C’est une horreur qui refuse de se montrer, ce qui la rend plus difficile à congédier qu’un monstre explicite.
La troisième approche, incarnée par Piranèse de Susanna Clarke, est la plus déstabilisante : présenter un espace radicalement impossible en supprimant l’effroi chez celui qui l’habite. Le Palais de Piranèse est infini, sans logique, sans explication. Nuages dans les niveaux supérieurs, mers dans les niveaux inférieurs. Mais son protagoniste ne questionne rien, il consigne méticuleusement, nomme chaque salle, trouve tout parfaitement normal.
Ce déplacement de l’effroi depuis le personnage vers le lecteur est peut-être le mécanisme le plus fidèle à l’expérience des Backrooms : l’angoisse ne vient pas de ce qui arrive, mais de l’impossibilité de comprendre comment quelqu’un peut ne pas voir que quelque chose ne va pas.
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Pourquoi ces espaces font si peur
Natalie Underberg-Goode, professeure à l’Université de Floride centrale, a montré ces espaces ne sont pas simplement vides, ils semblent crier qu’il devrait y avoir des gens. La peur vient de l’absence d’arrivée. On reconnaît le lieu (un couloir d’hôtel, un parking, une cage d’escaliers) mais quelque chose manque : l’usage, le contexte, les autres.
Un article de Pulse, The Journal of Science and Culture, attribue cette étrangeté au fait que ces lieux familiers sont dépourvus de leur contexte habituel. Le cerveau reconnaît la forme, mais ne trouve pas le sens. Cette dissonance produit une angoisse diffuse, plus difficile à localiser qu’une peur explicite, et impossible à résoudre par la fuite puisqu’il n’y a pas d’ennemi à fuir.
Dans son livre Non-lieux, paru en 1992, Marc AUgé parlais déjà de ces lieux comme des endroits où l’on passe sans s’attarder, sans y inscrire de mémoire ni d’identité : gares, centres commerciaux, parkings, couloirs d’aéroport. Les Backrooms poussent cette logique jusqu’à son terme : un espace de transit qui ne mène nulle part, pour personne, indéfiniment.
Ce que la littérature avait compris avant Internet, c’est que ce type d’espace ne fait pas peur parce qu’il est dangereux. Il fait peur parce qu’il est vide de sens. Et que le sens, une fois retiré d’un endroit familier, ne revient pas.
Un autre facteur explique que le phénomène a particulièrement résonné pour les générations nées après 1990 : l’architecture de bureau des années 80 et 90 que les Backrooms reproduisent (moquette, plafond en dalle, néons, cloisons) est devenue une métaphore lisible de la vie professionnelle perçue comme une prison sans sortie.
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Un commentaire
Le film n’est vraiment pas aussi efficace que les gens le vendent. Boff !