L’affaire des meurtres de la famille Setagaya a secoué le Japon et demeure encore non résolue et un vrai mystère dans le monde.

Dans la nuit du 30 au 31 décembre 2000, une famille de Tokyo a été massacrée dans des circonstances si étranges, si méthodiques et si déroutantes que l’affaire est devenue l’un des cold cases les plus obsédants du Japon contemporain.
Le meurtre de la famille Setagaya, également connu sous le nom de meurtres de la famille Miyazawa (car la famille ne s’appelait pas Setagaya mais venait du village de Setagaya), reste aujourd’hui un mystère total. Malgré un ADN complet, une liste ahurissante d’indices matériels et plus de 246 000 enquêteurs mobilisés depuis vingt-quatre ans, aucun suspect n’a jamais été identifié.
Ce quadruple homicide continue de poser les mêmes questions qu’au lendemain du drame. Qui a pénétré dans cette maison du quartier résidentiel de Kamisoshigaya, à Setagaya, à la frontière du parc Soshigaya ? Pourquoi ce tueur est-il resté des heures dans le domicile après avoir assassiné une famille entière ? Et comment un homme ayant laissé autant de traces a-t-il pu disparaître sans jamais réapparaître dans la moindre base de données ?
Dans cet article :
Retour sur le meurtre de la famille Miyazawa à Setagaya
Le 31 décembre 2000, vers 10 h 40, Haruko, la mère de Yasuko Miyazawa, pousse la porte de la maison. Sa fille, son beau-fils et ses deux petits-enfants ne répondent pas. Quelques minutes plus tard, elle découvre quatre corps : Mikio Miyazawa, 44 ans, poignardé à la tête ; Yasuko, 41 ans, et leur fille Niina, 8 ans, tuées à l’arme blanche ; et Rei, 6 ans, étranglé dans son lit.
La police métropolitaine de Tokyo détermine rapidement que les meurtres ont eu lieu entre 23 h 30 et minuit. Le tueur, lui, n’a pas fui. Selon les analyses, il est resté dans la maison entre deux et dix heures, fouillant les pièces, mangeant, utilisant les toilettes et même soignant ses propres blessures.
L’enquête établit que l’intrusion s’est produite par une fenêtre de la salle de bain du deuxième étage, située côté parc. La moustiquaire retirée, les empreintes de pas dans la boue et la position de la climatisation laissent penser à une escalade simple et silencieuse.
L’inconnue a d’abord tué Rei à mains nues, étouffé dans son sommeil. Les spécialistes estiment que Mikio a probablement entendu du bruit avant de monter à l’étage. Une lutte s’ensuit, suffisamment violente pour briser la lame du couteau à sashimi que le tueur utilisait. Un fragment est retrouvé dans le crâne de Mikio. Pour achever Yasuko et Niina, le tueur s’empare d’un second couteau trouvé sur place.

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Un tueur qui reste sur place après les meurtres
Puis, contre toute logique criminelle, l’homme ne s’enfuit pas. Il ouvre le réfrigérateur, consomme des glaces, du melon, plusieurs bouteilles de thé d’orge, s’installe devant l’ordinateur familial, soigne ses blessures avec les trousses de secours et laisse derrière lui des objets personnels : une écharpe, une sacoche, des gants, une chemise, une veste, un chapeau et deux mouchoirs. Il laisse aussi ses excréments dans les toilettes sans tirer la chasse, une mine d’or pour les analyses génétiques.
Ces éléments conduisent la police à dresser un portrait extrêmement précis d’un meurtrier théoriquement impossible à retrouver. L’ADN prélevé révèle un homme de groupe sanguin A, droitier, d’environ 1,70 m, plutôt mince.
Les premières analyses suggèrent un âge compris entre 15 et 40 ans lors du meurtre, les estimations révisées en 2018 le ramènent entre 15 et 22 ans.
Les informations génétiques fournissent un profil encore plus inattendu : un haplogroupe paternel O-M122, fréquent en Asie de l’Est, et une lignée maternelle d’origine européenne, peut-être issue d’un pays du sud de l’Europe ou d’une zone méditerranéenne. Les chercheurs soulignent qu’il pourrait s’agir d’un ancêtre éloigné plutôt que d’une mère totalement européenne.
Plusieurs objets laissés sur place par l’assassin
Les vêtements abandonnés sur place proviennent en partie de la préfecture de Kanagawa. Le t-shirt du tueur fait partie d’une série limitée à 130 exemplaires, dont seulement douze acheteurs ont pu être retrouvés. Les chaussures, importées de Corée du Sud et vendues par la marque britannique Slazenger, renforcent l’hypothèse d’un individu jeune, mobile, peut-être d’origine mixte.
Dans la sacoche laissée sur place, les enquêteurs découvrent du sable provenant de deux lieux distincts : un skatepark japonais, mais aussi une zone désertique du Nevada, près de la base aérienne d’Edwards en Californie. Ce détail, aussi étonnant que difficile à interpréter, devient l’un des éléments les plus analysés de l’affaire. Il alimentera plus tard l’intervention d’Interpol, car la piste d’un suspect non japonais se renforce.
Plusieurs rebondissements entre 2001 et 2019
L’affaire prend de l’ampleur en 2001 avec l’opération Roller : des centaines d’agents parcourent le quartier pour collecter des empreintes digitales auprès des habitants. Aucun résultat concluant. En parallèle, les policiers identifient la consommation alimentaire du tueur grâce à ses excréments, révélant un repas composé de haricots verts et de graines de sésame la veille du meurtre.
Au fil des années, l’enquête s’adapte technologiquement. En 2013, une reconstitution 3D intégrale de la maison Miyazawa est réalisée.
L’habitation reste debout, figée dans le temps, jusqu’à ce qu’en 2019, la police annonce sa démolition en raison des risques d’effondrement. Cette décision provoque une vive émotion dans l’opinion publique et suscite les protestations de la famille Miyazawa, malgré la garantie de la police que toutes les preuves avaient été préservées.

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Une affaire qui a eu de grandes conséquences
L’affaire Setagaya marque aussi l’histoire juridique du Japon. L’enquête, devenue emblématique, contribue à l’abolition du délai de prescription pour les crimes passibles de la peine de mort, supprimé en 2010.
Elle suscite en outre une multitude d’émissions, de documentaires, et même un podcast international, Faceless, écrit par l’auteur Nicolás Obregón, qui remet en question certains éléments largement admis. Obregón s’appuie notamment sur des entretiens avec l’ancien chef d’enquête Takeshi Tsuchida et avec Setsuko Miyazawa, la mère de Mikio.
Malgré les années, l’intérêt pour l’affaire ne faiblit pas. En 2023, dix lycéens pénètrent illégalement dans la propriété pour prouver leur courage, relançant l’attention médiatique. La même année, la police distribue des tracts à la gare de Seijōgakuen-mae pour encourager la population à fournir toute information utile.
En 2024, l’arrondissement de Setagaya adopte une motion demandant l’élargissement de l’utilisation des preuves ADN, soulignant les limites du cadre légal actuel.
Setagaya : 12 545 pièces à conviction, 246 000 enquêteurs, récompense de 20 millions de yens
24 ans après le massacre, les enquêteurs conservent plus de 12 545 pièces à conviction, toutes sous scellés. Une récompense de 20 millions de yens reste offerte pour toute information menant à l’arrestation du tueur. L’affaire demeure l’une des plus suivies du pays, mêlant une accumulation d’indices presque trop parfaite et une impossibilité totale d’identifier le meurtrier.
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