Une femme tombe par hasard sur les conversations de son compagnon avec ChatGPT. Ce qu’elle y lit met fin à leur relation. Un récit aussi intime que révélateur.

Un vendredi à minuit, son téléphone tombe en panne en plein milieu d’un échange professionnel. Elle attrape l’ordinateur de son compagnon, qui dort paisiblement à côté d’elle. L’écran s’allume. ChatGPT est ouvert. Et dans la barre latérale, un titre de conversation attire son regard : « Doutes et problèmes de couple ». Ce que Lindsey Hall, autrice américaine, raconte dans sa newsletter n’est pas une histoire de tromperie au sens classique du terme. Pas de messages cachés à une autre femme, pas de double vie. Ce qu’elle découvre est d’une autre nature et, à sa façon, bien plus douloureux.
Dans cet article :
Un journal intime robotisé
La conversation commence par une question que son compagnon a posée au chatbot : « Suis-je supposé être encore amoureux au bout de trois mois et demi ? » Elle calcule rapidement : à ce moment-là, ils sont ensemble depuis près de six mois. L’échange date donc de plusieurs semaines. L’homme qui dort contre elle a consulté une intelligence artificielle sur ses propres sentiments, sans lui dire un mot.
Ce qui suit, c’est une liste. Des fragments, presque cliniques, dans lesquels il passe en revue chaque aspect d’elle : son mode de vie, ses chats, ses écrits en ligne, son passé de troubles alimentaires, sa silhouette. « Il y a aussi toute cette histoire d’attirance », écrit-il à un moment. Puis les détails arrivent : elle est trop petite, trop menue à la sortie de la douche, ses cheveux semblaient abîmés au début de leur relation.
Lindsey Hall note que l’attirance physique était précisément la seule dimension de leur relation dans laquelle elle se sentait en sécurité. Apprendre que c’était aussi là que les doutes existaient a quelque chose de particulièrement dévastateur. « J’étais un paquet d’inconvénients. Une masse de ruminations embêtantes », écrit-elle en résumant ce qu’elle a lu.
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La phrase dont elle se souviendra toute sa vie
Au fil de la conversation, le chatbot pose des questions, reformule, creuse. Son compagnon finit par lâcher une phrase que Lindsey Hall dit ne jamais pouvoir oublier : « C’est juste que je ne suis pas fier d’elle. » Il la répète, après quelques points de suspension, comme pour se l’entendre dire. «… Je ne suis juste pas fier d’elle. » ChatGPT répond : « Alors tu devrais envisager de rompre. »
C’est la dernière réponse affichée à l’écran. Celle qu’elle avait vue en premier, avant de remonter au début de la conversation.
Ce récit touche à quelque chose qui dépasse largement l’anecdote de couple. Ce qui blesse Lindsey Hall n’est pas tant que son compagnon ait des doutes : les doutes font partie de n’importe quelle relation. C’est qu’il les ait confiés à un outil avant de les formuler à voix haute, à elle. Que ses pensées les plus intimes sur leur vie commune aient transité par un serveur avant d’exister réellement. Et surtout, qu’en cherchant à les mettre en ordre, il n’ait produit qu’une liste à charge, sans un seul argument dans l’autre sens.
Ce que ça révèle de notre rapport aux IA
ChatGPT n’a pas mis fin à cette relation. Il n’a fait que refléter ce qui existait déjà dans l’esprit de cet homme. Mais le fait qu’un chatbot soit devenu le confident privilégié de ses doutes sentimentaux, avant sa propre compagne, avant ses amis, dit quelque chose sur la façon dont certains utilisent ces outils : non pas pour penser mieux, mais pour éviter de penser avec les autres.
Lindsey Hall conclut avec une honnêteté. Elle reconnaît avoir violé sa vie privée en lisant ces conversations. Elle admet qu’il avait le droit de confier ses pensées à une machine. Mais elle pose aussi la question que peu osent formuler : qu’est-ce que ça fait à une relation quand l’un des deux partenaires préfère traiter ses émotions avec une intelligence artificielle plutôt qu’avec l’autre ?
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