Nous lisons sans doute plus que jamais, mais pas forcément des contenus qui développent durablement nos connaissances.

Il est courant d’entendre que les jeunes ne lisent plus, que les livres sont délaissés et que les réseaux sociaux ont remplacé les bibliothèques. Cette idée est largement répandue, mais elle mérite d’être nuancée. Car si l’on s’intéresse au nombre de mots que nous parcourons chaque jour, il est probable que nous lisions davantage qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire. Messages instantanés, articles de presse, publications sur les réseaux sociaux, commentaires, courriels, notices, newsletters ou encore sous-titres de vidéos : notre quotidien est rempli de texte. La lecture n’a pas disparu. Elle a simplement changé de forme.
Dans cet article :
Une exposition permanente au texte
Il suffit d’observer une journée ordinaire. Dès le réveil, beaucoup consultent les notifications de leur téléphone. Les applications affichent des dizaines de messages, de titres d’actualité ou de publications. Au fil de la journée s’ajoutent les échanges sur les messageries, les recherches sur Internet, les commentaires sous une vidéo, les publications sur LinkedIn, Facebook, Instagram ou X.
Même les plateformes centrées sur la vidéo reposent largement sur la lecture. Les descriptions, les sous-titres automatiques, les hashtags, les commentaires et les échanges entre utilisateurs représentent un volume considérable de texte.
En réalité, notre cerveau traite en permanence des informations écrites. La différence avec les décennies précédentes réside dans le rythme. Là où un lecteur consacrait plusieurs dizaines de minutes à un journal ou à un livre, nous passons aujourd’hui d’un texte à un autre en quelques secondes.
VOIR AUSSI : Pourquoi vous lisez de moins en moins de livres originaux
Lire beaucoup ne signifie pas apprendre davantage
Lire plusieurs milliers de mots par jour ne garantit pas un enrichissement intellectuel. Tout dépend de la qualité des contenus auxquels nous sommes exposés. Les réseaux sociaux sont conçus pour capter l’attention. Les textes y sont souvent courts, émotionnels et immédiatement compréhensibles. Ils privilégient la réaction rapide plutôt que la réflexion approfondie.
Les mèmes en sont un bon exemple. Pour comprendre une image humoristique, il faut parfois mobiliser des références culturelles, politiques ou médiatiques. Notre cerveau établit très vite des liens entre différentes informations. Cet exercice mobilise certaines capacités cognitives, mais il reste très différent de la lecture d’un essai, d’un roman ou d’une enquête journalistique.
Une information chasse rapidement la précédente. Quelques minutes après avoir parcouru une série de publications, il devient parfois difficile de se souvenir précisément de ce que l’on vient de lire.
Les livres développent des compétences différentes
Alors, il est clair qu’aujourd’hui nous lisons davantage, mais pas forcément les bonnes choses. La lecture longue demande un effort particulier. Un roman, un ouvrage historique ou un livre scientifique oblige le lecteur à suivre une idée sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de pages. Cette continuité favorise la concentration, la mémorisation et la capacité à relier différents concepts. Elle permet également de rencontrer des idées contradictoires, de découvrir des contextes plus complexes et de prendre le temps de construire sa propre opinion.
À l’inverse, les contenus très courts privilégient souvent des réponses simples à des questions pourtant complexes. Ils sont efficaces pour transmettre une information rapide, mais plus rarement pour explorer toutes les nuances d’un sujet.
Cela ne signifie pas que les réseaux sociaux sont inutiles. Ils permettent de découvrir de nouvelles idées, de suivre l’actualité en temps réel ou de s’intéresser à des domaines que l’on n’aurait peut-être jamais explorés autrement. Ils peuvent même donner envie de lire un livre ou un article plus complet.
Trouver un équilibre
Opposer les livres aux réseaux sociaux serait une erreur. Les deux répondent à des usages différents et peuvent parfaitement coexister. Les plateformes numériques offrent un accès inédit à l’information et permettent de découvrir des auteurs, des chercheurs ou des journalistes du monde entier en quelques clics. Elles jouent un rôle important dans la diffusion des connaissances. Mais elles ne remplacent pas les bénéfices d’une lecture approfondie. Lire un livre, un dossier de fond ou une enquête reste l’un des meilleurs moyens d’enrichir son vocabulaire, de développer son esprit critique et de comprendre des sujets dans toute leur complexité.
Dire que nous ne lisons plus est donc probablement inexact. Nous lisons énormément, parfois sans même nous en rendre compte. Le véritable défi consiste désormais à choisir des lectures qui ne se contentent pas de retenir notre attention quelques secondes, mais qui nous permettent aussi de mieux comprendre le monde qui nous entoure.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






