Deep Blue vs Kasparov : la machine a-t-elle vraiment été supérieure à l’humain ?

Le 11 mai 1997, Deep Blue, le supercalculateur d’IBM est parvenu à battre Garry Kasparov aux échecs. C’est en 19 coups seulement que cet ordinateur a remporté la sixième partie du match qui l’opposait au champion russe. Ce jour-là, l’intelligence artificielle a-t-elle démontré sa supériorité face à l’homme ? Ou alors, s’agissait-il d’un coup de chance ? Retour sur cet évènement qui a marqué l’histoire des hommes, des machines et d’un jeu.

Deep Blue vs Kasparov

Pour rappel, en 1996, lorsque des ingénieurs d’IBM ont réussi à concevoir un supercalculateur capable de jouer aux échecs, ils ont voulu rapidement tester les capacités de leur création face à un humain. Effectivement, à l’époque, leur machine, Deep Blue, comptait parmi les plus puissantes. Il lui fallait donc un adversaire de taille afin qu’elle puisse démontrer toutes ses aptitudes.

C’est ainsi que Garry Kasparov a été invité à jouer contre elle. Suite à ce premier affrontement, Kasparov est reparti avec trois victoires, une défaite et deux nulles. Pour cette fois, l’homme a réussi à conserver sa supériorité face à la machine. Toutefois, ne voulant pas en rester là, les ingénieurs d’IBM ont décidé de remettre ça. Le 11 mai 1997, une seconde rencontre entre Kasparov et une Deep Blue améliorée a donc été organisée. Celle-ci s’est soldée par la défaite de Kasparov, indéniablement déstabilisé après avoir perdu la deuxième partie.

Que s’est-il réellement passé lors de cet affrontement ?

Pour Garry Kasparov, tout s’est  bien passé jusqu’à ce que Deep Blue joue un coup inexplicable lors de leur match. En effet, suite à ce coup incompréhensible, Kasparov se serait demandé si la machine pouvait vraiment être plus intelligente. De ce fait, il se serait mis à jouer tout au long des parties, non plus pour gagner, mais pour tester les capacités réelles du supercalculateur. En fait, Kasparov n’est pas parvenu à comprendre pourquoi Deep Blue avait agi ainsi. Alors, il a commencé à sérieusement être perturbé. Selon Aldo Haik, un joueur d’échecs français, c’est ce qui aurait notamment causé sa perte.

Kasparov jouant contre Deep Blue aux échecs

« Kasparov a été terriblement choqué par la perte de la seconde partie et son abandon injustifié alors qu’il pouvait forcer le nul. Dans cette partie, Deep Blue a joué plusieurs coups étonnants de la part d’une machine. Dès lors, Kasparov, oubliant que sa tâche était «seulement» de gagner, a dépensé toute son énergie à vouloir percer le mystère. »

Aldo Haik

Une faiblesse humaine aurait-elle suffi à causer la défaite du champion ?

Pas tout à fait ! Au fait, même si ce 11 mai 1997, Kasparov s’est effondré, certainement à cause du stress et de l’incompréhension, il a aussi été expliqué qu’un autre facteur avait contribué à la victoire de Deep Blue.

C’est Nate Silver qui a apporté cette nouvelle explication dans son livre « The signal and the noise ». D’après ce statisticien américain, si l’ordinateur a joué ce coup inexplicable, c’est à cause d’un bug. Selon lui, en piochant parmi tous les coups possibles, la machine n’a pas pu se décider. Elle aurait dans ce cas joué un coup au hasard. Deep Blue aurait donc également commis une erreur. Pourtant, comme il s’agit d’une machine, contrairement à Kasparov, elle n’en a pas été perturbée. En somme, cette machine a gagné non grâce à ses seules performances, mais aussi en troublant psychologiquement son adversaire.

Une intelligence artificielle jouant aux échecs

En tout cas, pour le champion russe, ce match a été « une expérience déplaisante ». Néanmoins, il a de même expliqué que cet affrontement l’avait aidé à mieux comprendre ce que serait le futur de la collaboration homme-machine. Se considérant comme le premier travailleur intellectuel dont le métier a été menacé par une machine, il pense désormais que l’humain devrait s’efforcer de comprendre comment profiter au mieux des machines.

À propos de l'auteur

L’écriture constitue l’une des activités qui me permettent de canaliser ma passion, outre la philosophie, le sport et le jeu d’échecs. Dans tout ce que je fais, j’essaie d’atteindre la perfection, tout en sachant que personne ne pourra la rattraper. « Nous sommes ce que nous faisons répétitivement. L’excellence, donc, n’est pas un acte. C’est une habitude. » - Aristote

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