La série Penny Dreadful est une série gothique d’horreur avec de nombreuses références artistiques, voici celles que nous avons trouvées.

Si vous aimez la littérature gothique, les monstres classiques, les sorcières, les vampires, les créatures torturées et les grandes maisons victoriennes plongées dans la pénombre, il y a de fortes chances que vous aimiez Penny Dreadful.
Diffusée entre 2014 et 2016, cette série créée par John Logan réunit notamment Eva Green, Josh Hartnett, Timothy Dalton, Harry Treadaway, Billie Piper ou encore Reeve Carney. Mais, surtout, elle réunit dans un même univers une quantité presque indécente de personnages issus de la littérature fantastique.
Dracula, Frankenstein, Dorian Gray, le docteur Jekyll, les loups-garous, les sorcières, Lucifer… Tout ce petit monde se croise dans un Londres victorien sale, sensuel, inquiétant et presque constamment noyé dans la brume.
Mais Penny Dreadful ne se contente pas de poser des personnages célèbres dans une pièce pour voir ce qu’il se passe. La série pioche dans les romans gothiques, les pièces de Shakespeare, la poésie romantique, les légendes européennes et le cinéma d’horreur pour créer un véritable musée vivant de l’imaginaire sombre.
Alors, quelles sont les principales références de Penny Dreadful ? Que signifie le titre de la série ? Et pourquoi cette œuvre est-elle presque incontournable pour les amateurs de gothique ? On revient sur tout cela.
Attention, cet article contient quelques spoilers sur les trois saisons.
Dans cet article :
Que signifie réellement le titre Penny Dreadful ?
Avant de parler de Dracula, de Frankenstein ou de Dorian Gray, il faut déjà comprendre le titre de la série. Un « penny dreadful » était un petit fascicule populaire vendu au Royaume-Uni au XIXᵉ siècle pour la somme d’un penny. Ces publications étaient principalement destinées aux classes populaires et aux jeunes lecteurs qui n’avaient pas forcément les moyens d’acheter de grands romans reliés.
Le papier était souvent de mauvaise qualité, les histoires paraissaient en plusieurs épisodes et les intrigues jouaient énormément sur le sensationnel. Meurtres, monstres, faits divers, criminels, fantômes, vampires et autres joyeusetés étaient au programme.
Autrement dit, c’était un peu l’ancêtre du pulp, des magazines horrifiques bon marché ou même de certaines séries télévisées à suspense.
Une histoire courte, efficace, macabre et vendue à petit prix pour donner envie au lecteur d’acheter le numéro suivant. Le titre Penny Dreadful est donc parfaitement choisi. La série reprend justement les grands monstres de la littérature populaire et les rassemble dans un immense feuilleton gothique.
Dracula de Bram Stoker : l’une des références principales
La référence à Dracula est présente dès le début de la série, même si le célèbre vampire ne se montre réellement que plus tard. La première saison tourne principalement autour de la disparition de Mina Murray, la fille de Sir Malcolm Murray. Son prénom et son nom renvoient d’ailleurs directement à Wilhelmina « Mina » Murray, l’un des personnages principaux du roman Dracula de Bram Stoker.
La série reprend également Abraham Van Helsing, célèbre médecin et chasseur de vampires dans le roman de Bram Stoker. Dans Penny Dreadful, Van Helsing est un spécialiste des maladies du sang et travaille avec Victor Frankenstein.
Le docteur Seward (médecin qui dirige un établissement psychiatrique et qui fait partie du groupe chargé de combattre le comte) apparaît également dans la troisième saison. Le personnage est ici une femme, Florence Seward, interprétée par Patti LuPone (qui aime bien d’ailleurs jouer dans d’autres films et séries de sorcières). Elle devient la thérapeute de Vanessa Ives.
Même certains personnages secondaires renvoient au livre. Renfield, l’homme soumis à l’influence de Dracula et obsédé par l’idée de consommer des êtres vivants, apparaît également dans la série.
Et finalement, Dracula lui-même entre véritablement dans l’histoire sous l’identité du docteur Alexander Sweet. D’ailleurs, en passant, les créatures que Dracula engendre ressemblent aussi beaucoup à des goules, que nous retrouvons dans les contes des Mille et Une Nuits.
VOIR AUSSI : TOP 10 des livres gothiques à lire absolument
Frankenstein de Mary Shelley
Victor Frankenstein est présent dès le premier épisode. Jeune médecin brillant, nerveux et passionné par les secrets de la vie, il est directement tiré du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley, publié en 1818.
Dans le livre, Victor Frankenstein cherche à découvrir le principe même de la vie. Il fabrique alors une créature à partir de morceaux de cadavres, avant de l’abandonner presque immédiatement, terrifié par le résultat.
La série reste très proche de cette idée. Victor est un homme obsédé par la mort et par la possibilité de la vaincre. Il veut créer, réparer, ressusciter. Sauf qu’il agit souvent comme un enfant qui se débarrasse de son jouet dès que celui-ci lui échappe.
L’une des grandes réussites de Penny Dreadful est la représentation de la créature, appelée successivement Caliban puis John Clare.
Dans de nombreux films, le monstre de Frankenstein est représenté comme une créature lente, presque muette, limitée intellectuellement et uniquement guidée par la violence. Ce n’est pourtant pas vraiment le personnage créé par Mary Shelley.
Dans le roman, la créature apprend seule à parler et à lire. Elle observe les humains, découvre la littérature, comprend la beauté, la solitude, le rejet et la cruauté. Elle devient violente, oui, mais cette violence naît surtout de l’abandon et de la haine qu’elle subit. Penny Dreadful retrouve cette dimension.
John Clare est cultivé, poétique, sensible et profondément torturé. Il cite des poètes, s’interroge sur son existence et cherche désespérément une forme d’amour ou de reconnaissance. Il n’est pas seulement un monstre, il est peut-être même l’un des personnages les plus humains de la série.

Caliban, Proteus et Shakespeare
Les noms donnés aux créatures de Victor Frankenstein ne sont pas choisis au hasard. La première créature se fait appeler Caliban. Dans La Tempête de William Shakespeare, Caliban est un être considéré comme monstrueux et sauvage, réduit à l’état d’esclave par le magicien Prospero. Le parallèle est assez évident.
La seconde créature de Victor est appelée Proteus. Ce nom vient notamment de la pièce Les Deux Gentilshommes de Vérone de Shakespeare.
Dans la mythologie grecque, Protée est aussi une divinité marine capable de changer de forme. Le mot « protéiforme » vient d’ailleurs de son nom. La référence convient donc très bien à une créature revenue d’entre les morts, reconstruite et transformée par la science.

Lily Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein
Lily Frankenstein est un personnage inventé pour la série, mais son histoire renvoie à plusieurs œuvres. Dans Penny Dreadful, Brona Croft, interprétée par Billie Piper, est une jeune femme pauvre atteinte de tuberculose. Après sa mort, Victor Frankenstein la ressuscite et lui donne une nouvelle identité : Lily.
La création d’une compagne pour le monstre vient directement du roman de Mary Shelley. Dans le livre, la créature demande à Victor de lui fabriquer une femme semblable à lui. Elle promet ensuite de disparaître avec elle et de ne plus jamais approcher les humains.
Victor commence à construire cette seconde créature, puis la détruit avant de l’avoir terminée. Il craint que les deux êtres ne se reproduisent et ne donnent naissance à une nouvelle espèce capable de menacer l’humanité. Cette idée est ensuite reprise au cinéma dans La Fiancée de Frankenstein, film de James Whale sorti en 1935.

Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde
Dorian Gray est probablement l’une des références les plus faciles à reconnaître. Le personnage vient du roman Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, publié en 1890.
Dans le livre, Dorian est un jeune homme d’une immense beauté. Lorsqu’un peintre réalise son portrait, il formule le souhait de rester éternellement jeune tandis que le tableau vieillira à sa place.
Son souhait se réalise. Dorian conserve une apparence parfaite, mais son portrait se transforme progressivement pour révéler son âge, ses vices et la corruption de son âme.
Dans Penny Dreadful, Dorian Gray est interprété par Reeve Carney. Il est riche, élégant, immortel, constamment ennuyé et cherche toujours une nouvelle expérience capable de lui faire ressentir quelque chose. Sexe, danger, violence, domination… Dorian traverse les existences comme quelqu’un qui aurait déjà tout vu.
VOIR AUSSI : Eva Green et Winona Ryder au casting de Mercredi (saison 3)
Justine et le marquis de Sade
Dans la troisième saison, Dorian Gray et Lily recueillent une jeune femme appelée Justine. Ce nom semble renvoyer à Justine ou les Malheurs de la vertu du marquis de Sade, publié à la fin du XVIIIe siècle.
Dans le roman, Justine tente de rester vertueuse, mais elle est constamment exploitée, humiliée et victime de la cruauté des personnes qu’elle rencontre. La Justine de Penny Dreadful prend un chemin différent. Elle a également subi la violence et la domination, mais elle finit par rejoindre Lily dans sa révolte contre les hommes.

Le docteur Jekyll et Mr Hyde
Le docteur Henry Jekyll apparaît dans la troisième saison. Il est directement inspiré du personnage de L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson.
Dans la nouvelle, Jekyll invente une substance lui permettant de séparer les deux facettes de sa personnalité. Lorsqu’il boit cette potion, il devient Edward Hyde, une créature brutale, violente et dépourvue de morale.
Dans Penny Dreadful, le personnage n’a malheureusement pas le temps d’être pleinement développé. La série s’arrête avant de véritablement montrer sa transformation en Mr Hyde. Jekyll incarne lui aussi la science qui cherche à découper l’être humain, à contrôler le mal et à manipuler les limites de la nature.
Il forme donc un miroir parfait de Victor Frankenstein. L’un veut ressusciter les morts. L’autre veut séparer le bien du mal. Évidemment, ce genre d’expérience finit rarement avec une tasse de thé et une poignée de main.
Et plus largement, on peut aussi voir une référence dans le personnage de Vanessa lui-même puisqu’elle est comme tiraillée entre un côté sombre et un côté moins sombre.

Ethan Chandler et Le Loup-garou
Ethan Chandler, interprété par Josh Hartnett, apparaît d’abord comme un tireur américain engagé dans un spectacle itinérant. Mais son véritable nom est Ethan Lawrence Talbot.
Lawrence Talbot est le nom du personnage principal du film Le Loup-garou, sorti en 1941 avec Lon Chaney Jr. Le nom constitue donc un indice assez évident sur la véritable nature d’Ethan. Comme Lawrence Talbot, Ethan est condamné à se transformer en loup-garou et à devenir une créature violente qu’il ne contrôle pas toujours.
Lupus Dei : le loup de Dieu
Ethan n’est cependant pas seulement un loup-garou. Il est désigné comme le Lupus Dei, le « loup de Dieu« . Cette appellation reprend l’idée du loup-garou comme créature maudite, mais elle lui donne une fonction presque sacrée. Ethan serait une arme destinée à combattre les forces démoniaques.
Cette référence peut rappeler Thiess de Kaltenbrun, un homme jugé pour lycanthropie au XVIIe siècle. Contrairement à d’autres personnes accusées d’être des loups-garous, Thiess affirmait ne pas servir le diable. Il se présentait comme un « chien de Dieu » chargé de combattre les sorciers et les démons en enfer.
Après, on peut aussi voir l’inverse dans cette référence, peut-être que cela faisait en réalité référence aux fameux chiens des enfers souvent représentés dans divers films et séries. L’une des représentations les plus connues est celle de Cerbère dans la mythologie grecque.

Carmilla et la relation entre Vanessa et Mina
Avant Dracula, il y avait Carmilla. Publié en 1872, le roman de Sheridan Le Fanu raconte la relation entre une jeune femme appelée Laura et une mystérieuse vampire, Carmilla.
Le texte est souvent considéré comme l’une des premières grandes histoires de vampire féminin et possède un sous-texte lesbien très fort. Dans Penny Dreadful, la relation entre Vanessa et Mina peut rappeler certains éléments de Carmilla.
Les deux femmes partagent une intimité profonde, ambiguë et presque fusionnelle. Leur lien est ensuite parasité par une présence vampirique et par une forme de désir interdit.

Hécate, Macbeth et les sorcières
La deuxième saison met largement en avant les sorcières, notamment Evelyn Poole et sa fille Hécate. Hécate est une divinité issue de la mythologie grecque, souvent associée à la nuit, aux carrefours, aux fantômes, à la magie et à la sorcellerie.
Elle apparaît aussi dans Macbeth de Shakespeare comme une figure liée aux sorcières. La série cite d’ailleurs directement Macbeth. Joan Clayton prononce notamment les célèbres vers : « D’après la démangeaison de mes pouces, il vient par ici quelque chose de maudit ».
Dans Penny Dreadful, la sorcellerie est profondément liée au langage. Les mots peuvent protéger, invoquer, condamner ou détruire. Vanessa elle-même possède une relation particulière avec les langues anciennes, les prières et les formules démoniaques. Là, la parole devient presque une arme.
Lucifer, Paradise Lost et John Milton
L’influence de Paradise Lost de John Milton est également très importante. Ce poème épique du XVIIe siècle raconte notamment la chute de Lucifer, la rébellion des anges et l’expulsion d’Adam et Ève du paradis.
Dans Penny Dreadful, Lucifer (frère de Dracula ici) n’est pas simplement une créature aux cornes rouges qui vit sous terre. Il est une présence séduisante, orgueilleuse et obsédée par Vanessa. La série reprend la vision romantique du diable comme ange déchu, être magnifique devenu ennemi de Dieu.
La créature de Frankenstein lit également Paradise Lost dans le roman de Mary Shelley. Elle se reconnaît à la fois dans Adam, créé puis abandonné, et dans Satan, rejeté et rempli de colère.

John Clare et la poésie romantique
Le nom John Clare vient d’un véritable poète anglais du XIXᵉ siècle. Né dans une famille pauvre, John Clare écrivait principalement sur la nature, la campagne, la solitude et les transformations du monde rural.
Il a aussi passé une partie de sa vie dans des établissements psychiatriques. Dans Penny Dreadful, la créature choisit John Clare comme identité. La série cite d’ailleurs plusieurs auteurs romantiques, comme John Keats, William Wordsworth, Percy Bysshe Shelley ou Alfred Tennyson.

La Tempête, Ariel et les souvenirs de Vanessa
Dans son enfance, Vanessa donne le nom d’Ariel à une chouette empaillée. Ariel est un esprit de l’air dans La Tempête de Shakespeare. Il est au service du magicien Prospero après avoir été délivré de l’emprise de la sorcière Sycorax.
Encore une fois, le choix du nom n’est pas anodin. Vanessa est elle-même constamment partagée entre liberté et possession. Dieu, Lucifer, Dracula, les sorcières et les hommes qui l’entourent veulent tous, à leur manière, décider de ce qu’elle doit être.

Le théâtre, Sweeney Todd et les monstres exposés
La créature de Frankenstein travaille pendant un temps dans un théâtre dirigé par Vincent Brand. Le nom peut faire penser à Vincent Price, immense figure du cinéma fantastique et horrifique. Le théâtre joue également Sweeney Todd, l’histoire du célèbre barbier meurtrier de Fleet Street (que Tim Burton a repris pour son film du même nom).
Plus tard, la créature travaille dans un musée de cire et une galerie de monstres. Cela rappelle évidemment les films de musées de cire, mais aussi le cinéma de freak shows, notamment Freaks de Tod Browning. La série pose alors une question simple : qui est réellement le monstre ?
Dark Shadows : sorcières, gothique et Eva Green
Penny Dreadful peut aussi faire penser à Dark Shadows, la série gothique américaine diffusée à partir des années 1960. Dark Shadows mélangeait déjà vampires, sorcières, fantômes, voyages dans le temps, malédictions familiales et personnages inspirés de la littérature gothique.
La sorcière Angelique y jouait un rôle majeur. Ce nom réapparaît d’ailleurs dans Penny Dreadful avec Angelique, l’un des personnages liés à Dorian Gray.
La présence d’Eva Green renforce encore ce rapprochement. L’actrice incarnait justement la sorcière Angelique Bouchard dans l’adaptation cinématographique de Dark Shadows réalisée par Tim Burton en 2012.
Eva Green, reine du gothique moderne
Il est difficile de parler de Penny Dreadful sans parler d’Eva Green. L’actrice semble avoir traversé une grande partie du cinéma gothique moderne.
Elle joue la sorcière Angelique dans Dark Shadows, Miss Peregrine dans Miss Peregrine et les Enfants particuliers, Morgan Pendragon dans la série Camelot et apparaît également dans des œuvres visuellement sombres comme Sin City : J’ai tué pour elle ou 300 : La Naissance d’un Empire. Même dans Casino Royale, son personnage porte déjà un nom presque trop parfait pour elle : Vesper.
Dans Penny Dreadful, Eva Green incarne Vanessa Ives, un personnage original qui devient pourtant le cœur de toutes les références. Vanessa n’est pas tirée directement d’un roman. Elle est plutôt une synthèse.
Vanessa peut être victime, prédatrice, croyante, sorcière, amante, amie ou créature démoniaque. D’ailleurs, il faut saluer la performance d’Eva Green qui nous a clairement cloués au canapé.
D’autres références possibles
- L’Exorciste, le roman de William Peter Blatty et le film de William Friedkin : lorsque Vanessa est possédée. Corps qui se tord, voix qui change, blasphèmes, convulsions, force surnaturelle… la série reprend cette esthétique.
- Le capitaine Nemo et Jules Verne : dans la troisième saison, le docteur Alexander Sweet évoque le capitaine Nemo (Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne) comme l’un de ses héros.
- Sir Malcolm Murray : il peut faire penser à Allan Quatermain, explorateur du roman Les Mines du roi Salomon de Henry Rider Haggard, mais aussi au père d’Alice dans plusieurs adaptations d’Alice au pays des merveilles.
Et vous, vous avez trouvé d’autres références dans Penny Dreadful ?
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






