Le 1er novembre, des millions d’hommes rangent leur rasoir pour Movember. Tout a commencé en 2003 dans un pub de Melbourne, avec 30 copains à 10 dollars.

Dès le 1er novembre, les moustaches vont repousser sur les visages de collègues, d’amis ou de footballeurs. Certains le font pour s’amuser, beaucoup pour une cause : Movember, contraction de « moustache » et « November », le mois de novembre en anglais. Le principe est simple : se raser le 1er novembre, laisser pousser sa moustache tout le mois et récolter des dons pour la santé masculine. L’idée paraît évidente aujourd’hui. Elle est née d’une conversation au comptoir, il y a un peu plus de vingt ans, en Australie.
📝 L’essentiel à retenir :
- Movember est né en 2003 à Melbourne, quand deux amis ont convaincu 30 copains de se laisser pousser la moustache.
- Selon la fondation, le mouvement a financé plus de 1,8 milliard de dollars australiens de projets de santé masculine.
- L’argent sert à la lutte contre le cancer de la prostate, le cancer du testicule et à la santé mentale, dont la prévention du suicide.
- En France, le cancer de la prostate touche environ 60 000 hommes par an, et celui du testicule surtout les 15 à 35 ans.
Dans cet article :
Une idée de bar, 30 moustaches et 10 dollars
En 2003, dans un pub de Melbourne, deux amis, Travis Garone et Luke Slattery, discutent de la moustache, passée de mode depuis les années 1970. Ils ont en tête la campagne de collecte de fonds menée par la mère d’un ami pour la lutte contre le cancer du sein. Pourquoi ne pas faire la même chose pour les hommes ? Ils convainquent 30 copains de payer 10 dollars australiens chacun pour avoir le droit de se laisser pousser la moustache pendant un mois, au profit de la lutte contre le cancer de la prostate.
Trente copains, dix dollars chacun et une moustache démodée : c’est le capital de départ d’un mouvement qui a financé plus de 1,8 milliard de dollars australiens.
L’expérience fonctionne au-delà de leurs espérances. Ils structurent le projet avec Adam Garone et Justin Coghlan. En 2004, environ 450 participants récoltent quelque 54 000 dollars australiens pour la fondation australienne contre le cancer de la prostate, alors le plus gros don unique de son histoire. La fondation Movember devient officiellement une association caritative en 2006, puis s’étend au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et en Europe à partir de 2007.
Petite nuance historique : ce n’est pas la seule histoire d’origine. D’autres initiatives de moustaches de novembre ont existé en Australie, notamment à Adelaïde à la fin des années 1990. Mais c’est bien le groupe de Melbourne qui a transformé l’idée en mouvement mondial.

Où va l’argent ?
Selon la fondation, Movember a financé plus de 1,8 milliard de dollars australiens de projets depuis ses débuts, avec plus de 1 250 programmes dans une vingtaine de pays et près de 7 millions de participants au fil des ans. Trois causes concentrent l’essentiel des fonds.
| Cause | Exemples d’actions financées |
|---|---|
| Cancer de la prostate | Recherche, amélioration des traitements, accompagnement des patients |
| Cancer du testicule | Sensibilisation des jeunes hommes, suivi après les traitements |
| Santé mentale et prévention du suicide | Programmes pour aider les hommes à parler et à demander de l’aide |
Pourquoi la santé mentale a pris une telle place
Au fil des années, la santé mentale est devenue un pilier de Movember. Les hommes consultent moins, parlent moins de leurs difficultés et sont surreprésentés parmi les suicides dans la plupart des pays. Ce silence a un coût, que l’on retrouve aussi dans les chiffres sur la santé mentale des hommes en France. Les angoisses du quotidien, comme le blues du dimanche soir, sont souvent les premiers signaux que l’on préfère ignorer.
Les cancers masculins en France
Selon les chiffres relayés chaque année à l’occasion de Movember, le cancer de la prostate touche environ 60 000 hommes par an en France et cause quelque 8 100 décès. Il est exceptionnel avant 45 ans. Le cancer du testicule est beaucoup plus rare, environ 2 700 cas par an, mais c’est le plus fréquent chez les hommes de 15 à 35 ans. Bien soigné, il se guérit dans la grande majorité des cas, avec une survie de 97 % à cinq ans en cas de diagnostic précoce. Pour mieux comprendre les différences entre hommes et femmes face à la maladie, on peut se pencher sur les cancers les plus fréquents selon le sexe.
Un mouvement critiqué, puis réinventé
Movember n’a pas échappé aux critiques. En 2012, un article du British Medical Journal s’est demandé si la campagne n’induisait pas les hommes en erreur, en insistant trop sur les tests de dépistage du cancer de la prostate, dont l’intérêt systématique est discuté par les médecins, et pas assez sur la santé mentale. D’autres travaux ont relevé que, sur les réseaux sociaux, la moustache faisait davantage parler que la santé. La fondation a depuis largement élargi ses messages, avec une place croissante pour la santé mentale et l’activité physique, à travers des défis sportifs comme marcher ou courir un certain nombre de kilomètres pendant le mois.
Comment participer en novembre
Le principe reste le même : s’inscrire sur le site officiel de Movember, commencer le 1er novembre rasé de près, puis laisser pousser sa moustache pendant 30 jours en collectant des dons auprès de ses proches. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se laisser pousser la moustache peuvent relever un défi sportif ou organiser un événement. Et pour ceux qui veulent soigner leur pilosité pendant le mois, quelques gestes simples aident à garder une barbe plus douce au quotidien. Certains en profiteront pour viser le niveau des plus belles barbes et moustaches du monde. L’essentiel reste ailleurs : profiter de ce mois pour parler de santé, et pourquoi pas prendre rendez-vous chez son médecin.
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