Aucune loi n’impose de température maximale l’été. Mais un arrêt récent de la Cour de cassation change ce qu’un locataire peut vraiment exiger de son propriétaire.

40°C dans le salon, une chambre sous les toits invivable, des volets qui n’existent tout simplement pas. Chaque épisode de canicule ramène la même question dans les appartements mal isolés : le propriétaire a-t-il une obligation, ou le locataire doit-il simplement s’en accommoder ? La réponse, encore floue il y a quelques semaines, vient d’être précisée par la plus haute juridiction civile française.
📝 L’essentiel à retenir :
- Il n’existe toujours aucun seuil légal de température maximale en été, contrairement à l’hiver où le logement doit atteindre 18°C.
- Un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 2026 confirme qu’un locataire peut agir en justice si le manquement du propriétaire dure dans le temps.
- Le locataire ne peut pas exiger l’installation d’une climatisation, mais peut demander la réparation de volets, d’une ventilation défaillante ou d’une isolation dégradée.
- Un logement sur deux serait aujourd’hui considéré comme une « bouilloire thermique » en France.
Dans cet article :
Pas de seuil légal, mais pas un vide juridique total
C’est le point qui surprend le plus de locataires : en hiver, la loi est précise, un logement doit pouvoir atteindre 18°C sous peine d’être considéré comme indécent. L’été, rien de tel n’existe. Le décret du 30 janvier 2002 sur le logement décent impose seulement que les fenêtres puissent s’ouvrir et que la ventilation existante fonctionne, sans obliger à installer quoi que ce soit de nouveau. Un texte plus récent, le décret du 29 juillet 2023 relatif au code de la santé publique, va un peu plus loin en exigeant volets, régulation thermique et ventilation dans les pièces de sommeil pour les logements neufs ou rénovés, mais son champ d’application reste limité.
Résultat, un locataire ne peut pas se contenter de dire « il fait trop chaud » pour obtenir gain de cause. Il doit rattacher son inconfort à un vrai défaut du logement : absence de volets, VMC en panne, fenêtres bloquées, isolation défaillante.
Ce que vient de trancher la Cour de cassation
C’est là que l’actualité récente change la donne. Dans un arrêt du 4 juin 2026 (Cass. 3e civ., n° 24-11.437), la Cour de cassation a confirmé qu’un locataire n’est pas obligé de se contenter d’une réclamation amiable si le manquement du bailleur perdure. Il peut poursuivre l’exécution forcée des travaux nécessaires, et demander réparation des conséquences dommageables sur les trois années précédant sa demande en justice. Cette décision ne crée pas de seuil de chaleur automatique, mais elle renforce concrètement la position des locataires dont le logement reste difficilement vivable été après été, en confirmant que l’obligation de délivrer un logement décent s’apprécie sur toute la durée du bail, pas seulement au moment de l’état des lieux d’entrée.
Ce qu’on peut réellement exiger de son propriétaire
Concrètement, un locataire confronté à un logement étouffant peut demander : la réparation de volets ou stores existants, la remise en état d’une VMC défectueuse, le déblocage de fenêtres qui ne s’ouvrent plus, ou une intervention sur un défaut d’isolation qui aggrave manifestement la chaleur ressentie. En revanche, si la chaleur vient simplement de l’exposition du logement ou de son étage, sans défaut identifiable, la marge de manœuvre est plus réduite.
La méthode qui fonctionne le mieux reste méthodique : mesurer la température sur plusieurs jours avec l’heure et la pièce concernée, photographier les défauts visibles, envoyer un courrier recommandé au propriétaire en détaillant précisément le problème, puis saisir la commission départementale de conciliation, gratuite, avant d’envisager un juge en dernier recours.
Et la climatisation, peut-on l’imposer ?
Non, et c’est l’idée reçue la plus tenace sur le sujet. Un propriétaire n’est pas automatiquement tenu d’installer une climatisation parce que l’été devient difficile à vivre. L’installation d’un climatiseur modifie souvent l’aspect extérieur du bâtiment et peut nécessiter, notamment une autorisation de la copropriété en plus de celle du bailleur. Un locataire qui souhaite malgré tout s’équiper à ses frais doit donc d’abord vérifier ce que prévoit le règlement de copropriété, avant même de penser au modèle à choisir.
Pour ceux qui hésitent entre plusieurs solutions temporaires en attendant une réponse du propriétaire, les différences entre ventilateur, climatiseur mobile et rafraîchisseur d’air aident à faire un choix raisonné plutôt qu’un achat de dernière minute. Et avant de se lancer dans un climatiseur mobile pour dépanner une chambre trop chaude, mieux vaut avoir en tête son impact réel sur la facture d’électricité, un budget qui s’additionne vite à un loyer déjà engagé.
Un enjeu qui dépasse le simple inconfort
Le sujet n’est pas qu’une question de confort. Dormir plusieurs nuits dans un logement qui ne redescend jamais sous les 28 ou 30°C use l’organisme, en particulier chez les personnes âgées ou fragiles, avec des risques bien documentés liés aux écarts de température trop brutaux. C’est aussi pour cette raison qu’une proposition de loi visant à mieux adapter les logements aux fortes chaleurs est actuellement en discussion au niveau national, un signe que le flou juridique actuel pourrait ne pas durer éternellement.
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