La canicule s’accompagne d’une sécheresse qui fissure chaque année des milliers de maisons. Franchise plus élevée, refus fréquents : ce qu’il faut savoir avant d’être concerné.

On pense à la climatisation, à la facture d’électricité, à la fatigue accumulée. Rarement aux fondations de sa propre maison. Pourtant, la sécheresse qui accompagne systématiquement les grandes canicules agit en silence sous les habitations, avec des conséquences qui peuvent coûter des dizaines de milliers d’euros, et une assurance qui ne suit pas toujours.
📝 L’essentiel à retenir :
- Le retrait-gonflement des argiles (RGA) touche environ 61,5% des maisons individuelles en France, soit plus de 12 millions de logements.
- La franchise légale pour un sinistre sécheresse est de 1 520 euros, contre 380 euros pour les autres catastrophes naturelles.
- Le coût moyen d’un sinistre RGA est estimé à environ 24 000 euros par la Caisse centrale de réassurance, soit le double d’un sinistre inondation.
- Dans certains départements, près de 60% des demandes de reconnaissance en catastrophe naturelle sont rejetées.
Dans cet article :
Le mécanisme invisible : le retrait-gonflement des argiles
Le phénomène porte un nom technique peu connu du grand public : le retrait-gonflement des argiles, abrégé RGA. Les sols riches en argile ont la particularité de changer de volume selon leur teneur en eau. Pendant une canicule accompagnée de sécheresse, l’argile se rétracte et se tasse. Quand la pluie revient, elle se gonfle à nouveau, mais rarement de manière uniforme sous toute la maison. Ce mouvement en accordéon, répété été après été, exerce des contraintes mécaniques sur les fondations qui se transmettent aux murs sous forme de fissures, parfois en quelques semaines seulement.
Les désordres typiques sont bien identifiés : fissures en façade, décollement de garages ou de terrasses, portes et fenêtres qui se déforment, dallages qui se disloquent, et parfois même rupture de canalisations enterrées. Les maisons individuelles sont particulièrement exposées, car leurs fondations sont souvent plus superficielles que celles des immeubles collectifs.
55% du territoire concerné, un coût moyen de 24 000 euros
L’ampleur du phénomène surprend souvent ceux qui le découvrent après coup. Selon le ministère de la Transition écologique, 55% du territoire métropolitain est désormais classé en exposition moyenne ou forte au RGA, ce qui représente plus de douze millions de logements. Depuis 2017, ce phénomène est devenu la première cause de sinistres climatiques en France pour les habitations individuelles, devant les inondations et la submersion marine.
Le coût moyen d’un sinistre lié à la sécheresse est estimé par la Caisse centrale de réassurance à environ 24 000 euros, soit deux fois plus qu’un sinistre inondation classique. En 2022, année particulièrement touchée, le coût total des sinistres RGA a atteint un record de 3,5 milliards d’euros à l’échelle nationale. Et la trajectoire ne devrait pas s’inverser : selon les projections de la Caisse centrale de réassurance, le coût annuel de la sécheresse géotechnique pourrait augmenter de plus de 80% d’ici 2050, sous le seul effet du changement climatique.
La franchise qui surprend : 1 520 euros, pas 380 euros
C’est un détail que beaucoup de propriétaires découvrent au pire moment. Contrairement aux autres catastrophes naturelles, où la franchise légale s’élève à 380 euros, les sinistres liés à la sécheresse et à la réhydratation des sols sont soumis à une franchise spécifique de 1 520 euros, qui reste entièrement à la charge de l’assuré. Cette franchise peut même être modulée à la hausse selon le nombre de reconnaissances déjà intervenues pour la même commune au cours des cinq années précédentes.
Autre point à surveiller : depuis le 1er janvier 2025, la surprime « catastrophes naturelles » que chaque assuré paie automatiquement dans son contrat a été relevée, passant de 12% à 20% pour l’assurance habitation, et de 6% à 9% pour l’assurance auto. Une hausse qui explique en partie pourquoi de nombreux propriétaires ont vu leur prime d’assurance habitation augmenter en moyenne de 8% en 2026, sans lien direct avec un sinistre personnel.
Pourquoi tant de communes sont refusées
La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle n’a rien d’automatique. C’est une commission interministérielle qui étudie chaque demande commune par commune, sur la base de données géotechniques et d’indices d’humidité des sols mesurés par Météo-France. Or les critères sont de plus en plus stricts, et les refus se multiplient. Selon une enquête menée en 2025, près de 60% des demandes communales n’ont pas abouti cette année-là, avec 2 222 communes déboutées sur 3 789 décisions rendues. Un exemple marquant : en avril 2026, la quasi-totalité des communes des Bouches-du-Rhône, dont Marseille, Aix-en-Provence et Martigues, ont vu leur demande rejetée au motif que l’indice d’humidité des sols présentait une « période de retour » jugée insuffisamment exceptionnelle par l’État.
Même lorsque la commune est reconnue, l’indemnisation n’est pas garantie pour autant : l’assureur peut encore contester que les fissures aient bien pour cause déterminante la sécheresse, en évoquant par exemple un défaut de construction préexistant. Une décision de la Cour de cassation du 12 février 2026 est venue rappeler que ce débat ne se limite pas à une cause unique : la sécheresse reconnue peut être considérée comme déterminante même si un autre facteur, comme un défaut de fondation, a aussi joué un rôle.
Ce qu’il faut faire dès les premières fissures
Le nerf de la guerre, dans ce type de dossier, c’est la preuve. Dès l’apparition d’une fissure, mieux vaut la photographier avec une date visible, en mesurer la largeur, et poser un témoin, une fine bande de plâtre par exemple, qui se romprait si la fissure continuait à évoluer. Une fois l’arrêté de catastrophe naturelle publié pour sa commune, le propriétaire dispose de 30 jours pour déclarer le sinistre à son assureur, qui a ensuite trois mois pour indemniser une fois le dossier complet remis. Attendre un devis parfait ou une expertise approfondie avant de déclarer fait souvent perdre un temps précieux.
Dans ce type de dossier, l’argent mal anticipé peut vite s’accumuler avec d’autres dépenses liées à la canicule elle-même. Ceux qui ont, par exemple, dû investir dans un climatiseur mobile pour tenir pendant les nuits les plus chaudes savent déjà que la facture grimpe vite, et qu’il vaut mieux vérifier au préalable, en cas d’installation plus durable, si une autorisation de copropriété est nécessaire. Et comme pour tout ce qui touche à la fraîcheur pendant un pic de chaleur, la vigilance reste de mise face aux offres trop belles pour être vraies, à l’image de certains appareils vendus comme des climatiseurs alors qu’ils n’en sont pas vraiment. Un rappel utile que la canicule, au-delà de l’inconfort immédiat, a un coût qui se prolonge bien après le retour des températures normales, dans un contexte plus large où la multiplication de ces épisodes n’est pas près de s’arrêter.
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