Ce métier attire sur Parcoursup, mais déçoit sur le terrain : pourquoi tant d’étudiants infirmiers abandonnent ou changent de voie ? Découvrez les causes profondes.

Sur Parcoursup, il fascine. Sur le terrain, il épuise. Le métier d’infirmier attire chaque année des milliers de jeunes en quête de sens, d’humanité et d’action. Pourtant, une fois passées les portes de l’IFSI, nombreux sont ceux qui déchantent. À tel point que près de la moitié des jeunes diplômés déconseilleraient à leur entourage de suivre la même voie. Un paradoxe alarmant dans un contexte où les besoins de soins explosent. Alors, que se passe-t-il vraiment derrière l’image noble et valorisante de l’infirmier ? Enquête sur une vocation à bout de souffle.
Dans cet article :
La formation infirmière, entre idéal et désillusion
L’envers du rêve commence souvent dès les bancs de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une consultation de l’Ordre national des infirmiers menée auprès de 35 000 professionnels, 70 % estiment que les conditions d’apprentissage sont insuffisantes. Et 63 % des infirmiers, toutes générations confondues, déclarent ne pas recommander leur métier. Un signal fort.
Un enseignement théorique déconnecté du réel
La répartition actuelle des enseignements sur trois ans, avec une forte densité de cours théoriques en début de formation, perd les étudiants. Ceux-ci se retrouvent confrontés à des notions scientifiques complexes sans lien direct avec le terrain. Beaucoup viennent avec l’idée de soigner, d’agir, et se heurtent à des modules de biologie, mathématiques ou pharmacologie qui les découragent. Philippe Thévenon, directeur de l’IFSI de Saint-Lô, confirme : « Les étudiants n’imaginent pas que le métier demande autant de rigueur scientifique. »
Le premier stage, un choc frontal
Après à peine deux mois de cours, les étudiants partent déjà en stage. Et là, c’est la douche froide. Premiers soins, toilettes, contact avec des patients en grande détresse physique ou psychologique… Certains, comme Alexia Pacas dans son livre Silence gardé, diplôme certifié, témoignent de véritables traumatismes. Trop souvent, ils se retrouvent seuls, mal préparés, face à des responsabilités écrasantes. Près de 10 % abandonnent dès la première année.

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Le paradoxe d’un métier toujours plus demandé
Et pourtant, la formation en soins infirmiers est la deuxième plus demandée sur Parcoursup, avec 658 000 candidatures en 2023. Comment expliquer cet engouement malgré la dureté du métier ?
Il y a une part d’idéalisation. Le fantasme d’un métier altruiste, utile, humain. Mais ce rêve se heurte vite à la réalité d’un système en tension : sous-effectif, pression constante, manque de reconnaissance, salaires faibles… Et un quotidien loin des séries télé.
Des attentes mal calibrées dès le départ
Les forums et témoignages d’étudiants le montrent : nombreux sont ceux qui ne savent pas précisément ce que fait une infirmière au quotidien. Entre soins techniques, coordination, surveillance, gestion des urgences et des familles, le métier est bien plus complexe que ce que perçoit le grand public. Une infirmière n’est pas le « bras droit du médecin », elle est une professionnelle à part entière, en première ligne.
Des réformes pour éviter l’hémorragie
Face à l’urgence, l’Ordre national des infirmiers et le ministère de la Santé ont lancé une refonte de la formation, prévue pour la rentrée 2024. Objectif : reconnecter l’enseignement avec la réalité du terrain.
Repenser les stages et le tutorat
Parmi les propositions : diversifier les structures d’accueil (hôpital, EHPAD, libéral…), renforcer l’encadrement en stage, valoriser le rôle de tuteur et offrir du temps dédié à ceux qui accompagnent les étudiants. Actuellement, 41 % des jeunes diplômés se sentent abandonnés lors de leurs premiers pas.
Une universitarisation encore incomplète
Les voix s’élèvent aussi pour aller plus loin dans l’universitarisation de la formation, aujourd’hui trop cloisonnée. Pauline Bourdin, présidente de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers, dénonce une répartition des cours mal pensée et une absence d’ouverture vers des masters ou passerelles universitaires. L’enjeu est de rendre la formation plus attractive et plus fluide.

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Une vocation mise à rude épreuve
La dure réalité du terrain pousse de nombreux professionnels à changer de voie après quelques années. Le constat est sans appel : les infirmiers expérimentés deviennent rares dans les hôpitaux, remplacés par de jeunes diplômés souvent épuisés ou désabusés. Mais ceux qui tiennent le coup restent passionnés. Car au-delà des difficultés, c’est un métier profondément humain.
Le poids des responsabilités sans les moyens
Entre le manque de personnel, la pression hiérarchique, les patients exigeants, les heures supplémentaires non payées, les rappels sur les jours de repos, il devient difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Pourtant, les infirmiers continuent d’exercer avec une résilience admirable.
Préparer les vocations de demain
Alors comment éviter la casse ? Il faut mieux informer les futurs étudiants. Le test d’auto-positionnement rendu obligatoire sur Parcoursup depuis 2024 va dans ce sens. Mais cela ne suffit pas.
Les candidats doivent comprendre que ce métier exige autant de résilience psychologique que de compétences techniques. Avoir une première expérience, même courte, en EHPAD ou en hôpital avant de s’engager, peut éviter bien des désillusions. Et surtout, ne pas se contenter d’un bon dossier académique : ce métier requiert de l’humanité, de l’empathie, une capacité à travailler en équipe et à encaisser les coups durs.
En conclusion : entre rêve et résistance
Le métier d’infirmier est un choix fort, courageux, mais souvent mal compris. Il séduit, inspire, puis brise parfois. Ce paradoxe doit pousser les institutions à accompagner mieux, à écouter plus, à former autrement. Car dans un monde où les soignants sont plus que jamais essentiels, il est temps de redonner à cette profession le souffle qu’elle mérite.
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