Congé climatique en Espagne, chômage technique dès 35°C en Italie : pendant que la France improvise à chaque épisode, ses voisins européens ont anticipé depuis des années.

Chaque nouvelle canicule ramène les mêmes images en France : des salariés qui suffoquent dans des bureaux non climatisés, des mesures décidées dans l’urgence, des appels à la grève pour dénoncer un manque de préparation. Pourtant, à quelques centaines de kilomètres de nos frontières, plusieurs pays européens ont mis en place des dispositifs bien plus structurés depuis parfois plusieurs années. Voici ce qu’ils prévoient, et que la France n’a toujours pas.
📝 L’essentiel à retenir :
- L’Espagne a instauré un congé climatique payé dès 2024, activable en cas d’alerte orange ou rouge.
- En Italie, les entreprises peuvent déclencher un chômage technique dès 35°C pour le BTP, l’agriculture et la logistique.
- En Allemagne et au Royaume-Uni, les élèves sont renvoyés chez eux en cas de forte chaleur, une mesure encore inégale en France.
- La France ne dispose d’aucun de ces dispositifs à l’échelle nationale, malgré des propositions récentes des Écologistes.
L’Espagne et son congé climatique payé
C’est le dispositif le plus souvent cité en exemple par les responsables politiques français. Instauré en 2024 dans la foulée des inondations meurtrières qui ont ravagé la région de Valence, faisant environ 230 morts, le congé climatique espagnol permet à un salarié de bénéficier de quatre jours de congé payé par an dès lors qu’il lui est impossible de se rendre au travail à cause de conditions environnementales dangereuses, ou lorsqu’une alerte orange ou rouge est déclenchée par l’agence météorologique nationale (AEMET). L’Espagne, pourtant habituée aux étés brûlants et souvent citée comme un modèle d’adaptation, n’a pas pour autant été épargnée : l’Institut de santé Carlos III à Madrid a recensé 212 décès attribuables à la canicule entre le 21 et le 24 juin, preuve que même les pays les mieux préparés restent vulnérables.
Autre mesure espagnole moins connue : la « journée intensive », qui permet à de nombreuses entreprises de concentrer les horaires de travail sur la matinée en été, une pratique culturelle ancienne devenue un vrai outil de prévention face aux pics de chaleur de l’après-midi.
L’Italie : chômage technique dès 35°C
Depuis 2025, l’Italie a franchi une étape supplémentaire. Les entreprises du BTP, de l’agriculture et de la logistique peuvent y déclencher un dispositif de chômage technique dès que les températures dépassent 35°C. Concrètement, les salariés de ces secteurs n’ont alors plus le droit de travailler entre 12h30 et 16h, les heures les plus dangereuses de la journée. Le pays adapte aussi son calendrier scolaire pour protéger les élèves durant les épisodes les plus intenses, une flexibilité qui contraste avec la rigidité du calendrier scolaire français.
Allemagne et Royaume-Uni : la priorité aux enfants
En Allemagne comme au Royaume-Uni, la réponse à la canicule passe en priorité par la protection des plus jeunes. Les élèves sont appelés à rentrer chez eux dès que la chaleur atteint un niveau jugé dangereux pour leur santé, une décision qui reste à la main des établissements plutôt qu’encadrée par un seuil national unique. En Espagne, certaines écoles vont encore plus loin : à Barcelone, plusieurs établissements deviennent pendant les pics de chaleur de véritables « refuges climatiques » ouverts à l’ensemble des habitants du quartier, avec points d’eau, zones ombragées et espaces végétalisés accessibles à tous, pas seulement aux élèves.
Plus loin encore, aux Philippines, l’enseignement à distance peut être activé lors des épisodes de chaleur extrême, avec des calendriers scolaires directement adaptés aux prévisions météorologiques. Une flexibilité rendue possible par des années d’expérience face à des conditions climatiques particulièrement difficiles.
La Grèce et Chypre, habituées de longue date
En Grèce, où les épisodes de canicule sont fréquents depuis des décennies, les employés qui travaillent en extérieur bénéficient de droits spécifiques adaptés à l’intensité de la chaleur du jour. À Chypre, le temps de repos des travailleurs exposés est calculé selon un code de pratique qui prend en compte simultanément la température, l’humidité et la pénibilité de la tâche, un système bien plus fin qu’un simple seuil unique en degrés. Ces pays du sud de l’Europe partagent aussi une autre particularité : des vacances d’été qui démarrent plus tôt et durent plus longtemps qu’en France, une organisation qui, sans être pensée uniquement pour la chaleur, limite de fait l’exposition des enfants aux pics les plus intenses.
Et la France dans tout ça ?
Face à ces dispositifs, la France reste en retrait. Le décret du 27 mai 2025 a certes renforcé les obligations des employeurs en matière de prévention, mais aucun congé climatique, aucun chômage technique automatique lié à un seuil de température, n’existe à ce jour à l’échelle nationale. Plusieurs responsables politiques, notamment chez les Écologistes, ont proposé de s’inspirer directement du modèle espagnol, sans qu’une décision concrète n’ait encore été prise.
Cette différence d’approche s’explique aussi par le fait que la France découvre depuis peu l’ampleur de certains effets bien documentés ailleurs, comme l’impact de la climatisation individuelle sur la température ressentie dans la rue, un phénomène que d’autres pays méditerranéens gèrent depuis plus longtemps à l’échelle urbaine. De la même manière, le paradoxe d’une climatisation qui aggrave à terme le réchauffement qu’elle est censée combattre concerne tous les pays cités ici, sans qu’aucun n’ait encore trouvé de solution miracle. En attendant une éventuelle évolution législative française, le numéro Canicule info service reste, comme d’autres numéros utiles à connaître en France, l’un des seuls dispositifs nationaux disponibles immédiatement, aux côtés de restrictions plus ponctuelles comme celles encadrant l’usage du feu en période de sécheresse.
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