Alors que la majorité des auteurs a accepté l’accord à 1,5 milliard de dollars conclu par Anthropic, 350 d’entre eux ont préféré poursuivre seuls l’entreprise. Voici pourquoi.

Le 20 juillet 2026, une juge fédérale américaine a définitivement validé l’accord à 1,5 milliard de dollars conclu entre Anthropic et un collectif d’auteurs. Cet accord a mis fin au plus important recours collectif en matière de droits d’auteur de l’histoire des États-Unis. Sur les quelque 506 000 ayants droit concernés, environ 93 % ont accepté les termes de cet accord. Mais 350 auteurs ont fait un choix inverse : refuser cette indemnisation collective pour intenter leur propre procès, individuellement, contre l’entreprise à l’origine de Claude.
Une affaire née d’un piratage massif de livres
L’origine de ce dossier remonte à 2024, lorsque la romancière à succès Andrea Bartz, ainsi que les auteurs Charles Graeber et Kirk Wallace Johnson, avaient porté plainte contre Anthropic. Ils accusaient l’entreprise, soutenue financièrement par Amazon, d’avoir utilisé des copies piratées de leurs livres, récupérées sur des bibliothèques clandestines comme Library Genesis, pour entraîner son agent conversationnel Claude. Un procès devait initialement se tenir en décembre 2025 pour déterminer le montant que devrait verser Anthropic, avec des dommages et intérêts potentiels qui auraient pu atteindre plusieurs centaines de milliards de dollars.
Face à ce risque, Anthropic a préféré négocier un accord amiable, dont les grandes lignes avaient été révélées dès août 2025 avant d’être détaillées plus tard devant le tribunal. Le fonds d’indemnisation ainsi créé couvre environ 482 000 œuvres, pour une compensation moyenne avoisinant les 3 000 dollars par livre concerné, soit quatre fois le minimum légal prévu par la loi américaine sur le droit d’auteur.
Pourquoi 350 auteurs ont dit non à l’accord
Le montant de 3 000 dollars par œuvre, aussi symbolique soit-il face à l’ampleur du piratage allégué, n’a pas convaincu tout le monde. Certains auteurs estiment que cette somme reste dérisoire au regard du préjudice réel, d’autant que la moitié de cette indemnisation revient généralement à l’éditeur plutôt qu’à l’auteur lui-même, selon les termes habituels des contrats d’édition. D’autres se sont opposés aux honoraires initialement réclamés par les avocats du recours collectif, jugés excessifs, avant qu’ils ne soient finalement ramenés à 6,8 % du fonds total, contre 20 % demandés au départ.
Ce mécontentement a été amplifié par une pratique révélée par l’Authors Guild, l’un des principaux syndicats d’auteurs aux États-Unis. Plusieurs cabinets d’avocats ont directement démarché des auteurs par courrier, leur promettant des indemnisations bien supérieures aux 3 000 dollars de l’accord collectif s’ils rejoignaient des poursuites individuelles séparées. Si l’organisation reconnaît que la somme proposée peut sembler dérisoire face à l’ampleur du vol allégué, elle met en garde contre des promesses qui relèvent parfois davantage du fantasme que d’une évaluation juridique réaliste, certaines communications de cabinets manquant selon elle de transparence sur les chances réelles de succès.
VOIR AUSSI : Pourquoi Anthropic achète et détruit des millions de livres anciens ?
Un pari risqué aux résultats encore incertains
Les 350 auteurs qui ont fait ce choix, représentant environ 1 800 œuvres au total, ont désormais engagé des procédures indépendantes contre Anthropic, actuellement toujours en cours devant la justice américaine. Leur pari repose sur l’idée qu’un procès individuel, bien que plus long et plus coûteux, pourrait aboutir à une compensation nettement supérieure à celle offerte par l’accord collectif.
Rien ne garantit toutefois l’issue de cette stratégie. Le juge William Alsup, qui présidait initialement l’affaire avant son départ à la retraite, avait lui-même exprimé des réserves sur l’accord dans un premier temps. La réserve est non pas sur son montant, mais sur l’insuffisance de l’information donnée aux auteurs avant qu’ils ne soient engagés par cet accord.
La juge Araceli Martínez-Olguín, qui a repris le dossier, a pour sa part rejeté les objections jugeant le montant insuffisant, estimant qu’elles ne reposaient pas sur une évaluation réaliste des risques et des délais qu’aurait impliqués un procès prolongé.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






