Transhumanisme : un danger pour l’humanité ?

Développer, évoluer et perfectionner le corps humain grâce aux progrès scientifiques, tels sont les buts du transhumanisme. Mais que risque-t-on réellement à travers cette quête ?

Chaque découverte a ses vices et ses vertus, ses dangers et ses opportunités. Les craintes que ces progrès deviennent incontrôlables, que des organisations s’en approprient, voire que l’humanité telle que nous la connaissons s’effondre d’elle-même sont au cœur des préoccupations.

L’homme a commencé à user des nouvelles technologies dans le but de se soigner, de simplifier son quotidien, ou encore d’améliorer ses capacités. Des dispositifs pour renforcer notre mémoire, notre dextérité ou nos sens voient de plus en plus le jour. D’où, depuis quelque temps, certaines personnes souhaitent utiliser les progrès de la science afin de créer une variante 2.0 de notre race : une version plus forte et plus perfectionnée. Nous nous acheminons vers une ère avancée de l’humanité. Une période à la fois dangereuse tant par le nombre de scénarios apocalyptiques qui en découlent, mais aussi incertaine, car l’aléa technologique est imprévisible.

Une intelligence artificielle incontrôlable ?

Le transhumanisme a pour vison un monde basé sur l’utilisation des biotechnologies dans notre quotidien. Cela a pour but de parfaire l’être humain en supprimant petit à petit nos limites : les maladies, l’invalidité, et même la mort. Le problème, c’est qu’en intégrant des puces dans notre organisme ou en transplantant des membres mécaniques, nous donnons un pouvoir immense à ces machines et surtout à l’intelligence artificielle (IA).

Sur ce point, c’est surtout la théorie de la singularité qui est inquiétante. À un moment, l’IA serait tellement développée qu’elle n’aurait plus besoin de l’homme pour s’améliorer. Elle pourra évoluer indépendamment de notre volonté. Cette technologie, qui est actuellement sous les ordres de l’humanité, pourrait alors devenir incontrôlable, et de ce fait un danger pour notre survie et notre liberté.

L’esclavage de la part d’organisations surpuissantes ?

La planète est de plus en plus connectée. D’ailleurs, un des rêves des transhumanistes est de mettre fin à la mortalité de l’homme en transposant notre conscience dans un monde informatique géant. Ce scénario, digne de Matrix, se voit déjà petit à petit à travers la réalité virtuelle. Mais le fait est que, si nous sommes trop dépendants du web, nous aurions certes une vie digitale, mais nous perdrons la liberté de conscience. Comment saurait-on en effet si la pensée que nous serions en train d’avoir ne serait pas une illusion provoquée par ce « système » ?

À cette perte de liberté s’ajoute évidemment une diminution de l’intimité digne de 1984 d’Orwell. Chaque réflexion qui nous passera à l’esprit, chaque idée que nous aurons sera analysée par les fournisseurs de ce « monde digital », voire pire, par des États autoritaires. D’ailleurs, certains d’entre eux ont la mainmise sur nos informations privées. De plus, nos données personnelles sont déjà mal contrôlées, pour ne pas dire mal utilisées par les multinationales et les réseaux sociaux, qui plus est, avec notre consentement. Rien n’empêcherait les transhumanistes d’en faire de même en arguant que nous avons nous-mêmes accepté de nous faire surveiller.

La disparition de l’égalité entre les hommes ?

L’implantation de puces ou la greffe de nouveaux organes artificiels ne serait pas donnée à tout le monde. Mais le fait est que les transhumanistes visent une société affranchie des contraintes physiques actuelles que nous connaissons. Donc, pour eux, la maladie ou la mortalité n’ont plus lieu d’être, et cela, grâce à la science et l’intelligence. Mais alors, qu’en est-il de l’inégalité entre ceux qui sont des « superhumains » et ceux qui sont ordinaires ? Le problème ici entre dans un cadre socio-économique. Le transhumanisme a un prix que les plus pauvres ne pourraient se permettre. Et même si un jour, les progrès en matière de savoir de ces humains V2 étaient démocratisés et distribués au plus grand nombre, il y aurait forcément des avancées uniquement accessibles à ceux qui vont payer.

Imaginer un monde dans lequel certains sont plus intelligents, plus forts que d’autres par des moyens artificiels, ne ferait qu’élargir les fossés déjà existants. Nos valeurs communes telles que les droits de l’homme, l’égalité de tous dès la naissance sans distinction de race, de peau, de sexe ou de religion seraient vains. Toutes ces années à lutter pour un monde juste et égal auront été inutiles. L’essence même de l’humanité ainsi que de la société que nous connaissons serait remise en question.

L’éffondrement de la société ?

L’homme version 2.0, qui aura été affranchi de ses limites, sera évidemment plus avancé par rapport aux communs des mortels, ce qui provoquera inévitablement des troubles dans la société. Cet effondrement pourrait se traduire par une tyrannie des transhumanistes, ou par la révolte de ceux qui auraient été lésés. Dans l’histoire, la conscience d’une différence flagrante entre les couches sociales a toujours donné naissance à des révolutions et à des bouleversements. Si une frange de la population est supérieure artificiellement à l’autre, alors il y aura assurément des révoltes de la part de ceux qui n’y auront pas accès.

Un néocolonialisme ?

Enfin, les écarts actuels aussi bien en matière d’armement que de technologie entre les pays en voie de développement et les superpuissances seront encore plus flagrants. Dans le domaine militaire, il ferait naître une série d’êtres tellement puissants que ces derniers pourraient assouvir leur domination sur les hommes « normaux » grâce à leur supériorité biotechnologique.

Des dispositifs pourraient être implantés dans chacune des personnes oppressées afin d’empêcher toute tentative de libération. Le fait d’être civilisé avait été une des bases de l’occupation des terres d’autrui dans le passé. Et si des hommes évolués voyaient le jour, cela pourrait occasionner une seconde vague de colonisation qui serait plus contrôlée et donc plus efficace.

Le progrès apporte toujours son lot de doutes et de craintes. En ce qui concerne le transhumanisme, le tableau est assez sombre. Que ce soit du fait des hommes, ou de la technologie elle-même, les dangers sont nombreux. Mais il ne s’agit ici que d’hypothèses. Seul l’avenir nous dira ce qu’il en sera réellement. Il ne tiendra qu’à nous d’être prudent afin de ne tirer uniquement que les bénéfices.

À propos de l'auteur

Nick Olaizola

L’écriture constitue l’une des activités qui me permettent de canaliser ma passion, outre la philosophie, le sport et le jeu d’échecs. Dans tout ce que je fais, j’essaie d’atteindre la perfection, tout en sachant que personne ne pourra la rattraper. « Nous sommes ce que nous faisons répétitivement. L’excellence, donc, n’est pas un acte. C’est une habitude. » - Aristote

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