En une décennie, le Bitcoin a révolutionné la finance, bouleversé les banques et inspiré des millions de personnes. Mais juste après sa création, son créateur a disparu. Connu sous le pseudo de Satoshi Nakamoto, cette énigme a nourri de nombreuses théories.

En 2008, il publie un document technique fondateur, connu sous le nom de white paper. Ce texte présente une idée visionnaire : une monnaie numérique décentralisée, échappant au contrôle des banques et des gouvernements. Quelques mois plus tard, en janvier 2009, Nakamoto met son invention en pratique en minant le premier bloc de la blockchain, baptisé genesis block. Puis, après avoir échangé avec d’autres développeurs et transmis les bases du projet à la communauté, il disparaît. Ses messages s’arrêtent en 2011.
1 – Satoshi Nakamoto est une seule personne
La première hypothèse reste la plus simple et la plus séduisante. Derrière le pseudonyme se cacherait un individu uniqu. Mais dans ce cas, il faudrait que ce soit vraiment un esprit si brillant au point d’être capable d’unir plusieurs disciplines : la cryptographie, l’économie, la programmation informatique et même la philosophie politique. Selon cette idée, Bitcoin serait donc l’œuvre d’un seul génie solitaire, animé par la volonté de créer une monnaie libre et indépendante des institutions traditionnelles.
Les partisans de cette théorie soulignent que les textes rédigés par Nakamoto, que ce soit le white paper, ses emails ou ses messages sur les forums, présentent un style d’écriture cohérent et constant. On y retrouve les mêmes tournures de phrases, le même vocabulaire technique et la même rigueur. De plus, le projet Bitcoin semble suivre une vision unifiée et claire, comme si une seule personne en avait défini les contours.

2 – Satoshi Nakamoto est un groupe
À l’inverse, d’autres chercheurs jugent improbable qu’un seul individu ait pu maîtriser autant de compétences à un niveau aussi élevé. Pour eux, il est plus réaliste que Nakamoto désigne un collectif. En effet, il pourrait s’agir d’une équipe de développeurs, de cryptographes ou même d’universitaires collaborant secrètement sur un projet commun.
Cette hypothèse s’appuie sur la qualité exceptionnelle du code de Bitcoin dès sa première version. Le fait est que peu de logiciels atteignent ce niveau de fiabilité et de robustesse dès leur lancement. Certains estiment donc que seule une équipe organisée aurait pu concevoir un tel système en si peu de temps. D’ailleurs, les idéaux de Bitcoin (défense de la vie privée, rejet de la centralisation, volonté de créer une alternative monétaire) correspondent parfaitement aux convictions du mouvement des cypherpunks, un collectif de passionnés de cryptographie actifs depuis les années 1990.
3 – Hal Finney
Ce cryptographe américain fait partie des tout premiers à s’intéresser à Bitcoin. C’est lui qui a reçu la toute première transaction envoyée par Nakamoto. De plus, Finney possédait une expertise rare, à la croisée de la programmation et de la cryptographie. Cela semble correspondre au profil nécessaire pour créer Bitcoin.
Certains analystes ont étudié son style d’écriture et trouvé de fortes ressemblances avec celui de Satoshi. De plus, il vivait dans la même région que Dorian Nakamoto, l’homme que certains médias ont faussement désigné comme Satoshi, ce qui alimente encore les spéculations. Malgré tout, Hal Finney a toujours nié être l’inventeur de Bitcoin. Jusqu’à sa mort en 2014, il a répété qu’il n’était qu’un passionné enthousiaste, heureux d’avoir participé aux débuts d’un projet qui allait changer le monde. Pour beaucoup, il reste plus crédible en tant que soutien majeur qu’en tant que créateur.

4 – Nick Szabo
Ce candidat est informaticien, juriste et chercheur indépendant. Bien avant Bitcoin, Szabo a développé le concept de Bit Gold, une monnaie numérique basée sur la cryptographie et conçue pour fonctionner sans autorité centrale. En fait, ce projet n’a jamais été déployé, mais il présente de nombreuses similitudes avec Bitcoin, au point d’être considéré comme un précurseur direct.
En analysant ses écrits, certains chercheurs ont noté des ressemblances frappantes avec le style de Nakamoto. Szabo utilise des expressions techniques identiques et défend les mêmes idées sur la décentralisation et la liberté monétaire. Pour beaucoup, il avait non seulement la vision, mais aussi les compétences pour créer Bitcoin. Pourtant, comme Hal Finney, Nick Szabo a toujours nié être Satoshi.

5 – Dorian Nakamoto
En 2014, un article du magazine Newsweek a secoué la la communauté Bitcoin. Les journalistes affirmaient avoir trouvé le vrai Satoshi Nakamoto. Leur candidat, c’était Dorian Prentice Satoshi Nakamoto, un ingénieur américain d’origine japonaise qui vivait en Californie. La coïncidence de son nom et son passé professionnel dans des domaines techniques semblaient trop parfaits pour être fortuits.
Mais très vite, cette révélation s’est effondrée. Dorian Nakamoto a nié catégoriquement toute implication dans Bitcoin. Devant les caméras, il a expliqué n’avoir jamais entendu parler du projet avant que des journalistes viennent frapper à sa porte. L’affaire a tourné à la confusion, transformant un retraité discret en célébrité malgré lui. Aujourd’hui, la communauté Bitcoin considère cette piste comme une erreur journalistique majeure.

6 – Craig Wright
Parmi les théories les plus controversées figure celle de Craig Wright, un informaticien australien. En 2016, il s’est présenté publiquement comme le véritable Satoshi Nakamoto. Pour appuyer ses propos, il a affirmé posséder des preuves cryptographiques et des documents techniques.
Cependant, ses démonstrations n’ont jamais convaincu. Plusieurs experts ont rapidement montré que les preuves fournies étaient insuffisantes, voire manipulées. La communauté Bitcoin, méfiante par nature, n’a pas tardé à le qualifier d’imposteur. Pourtant, Craig Wright continue à clamer haut et fort qu’il est l’inventeur de Bitcoin. Il mène même des batailles judiciaires pour défendre cette identité. Mais pour la majorité des observateurs, il s’agit surtout d’une tentative de gagner en notoriété et en influence.

7 – L’hypothèse gouvernementale
Et si Bitcoin avait été créé par un gouvernement ou une agence de renseignement ? Certains soupçonnent la NSA, connue pour ses recherches avancées en cryptographie, d’avoir conçu Bitcoin comme une expérimentation. D’autres imaginent que des chercheurs liés à des universités financées par l’État auraient pu travailler sur le projet.
Cette thèse séduit les amateurs de complots, car elle expliquerait l’anonymat absolu de Nakamoto. Pourtant, elle repose sur très peu de preuves concrètes. Au contraire, les écrits de Satoshi expriment une méfiance absolue envers les institutions et les autorités. De nombreux experts estiment donc improbable qu’un gouvernement ait lancé Bitcoin, même si l’idée continue de fasciner certains.
Un mystère qui renforce Bitcoin
Le mystère de l’identité de Satoshi Nakamoto n’est pas un obstacle pour Bitcoin. Au contraire, il contribue à son mythe et à son attrait. En effet, l’absence d’un fondateur connu empêche toute tentative de contrôle centralisé. Personne ne peut se présenter comme le chef du projet. Aujourd’hui, ce sont les développeurs, les mineurs et les utilisateurs du monde entier qui font évoluer Bitcoin collectivement.
Cette décentralisation totale fait partie de la philosophie même du réseau. Qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou même d’une institution, l’important n’est plus de savoir qui a créé Bitcoin. Ce qui compte, c’est que le système fonctionne, qu’il inspire confiance et qu’il continue à évoluer.
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