Espérance de vie, santé, réussite scolaire : le mois de naissance laisse des traces mesurables. Pour les natifs d’octobre, le bilan est contrasté.

Balance ou Scorpion, les natifs d’octobre ont droit chaque mois à leur horoscope. Mais il existe une autre façon, beaucoup plus terre à terre, de s’intéresser au mois de naissance : les grandes bases de données médicales et scolaires. Depuis une vingtaine d’années, démographes, médecins et économistes y ont trouvé des écarts bien réels selon le moment de l’année où l’on vient au monde. Rien à voir avec la position des planètes : tout tient aux saisons, aux microbes et au calendrier de l’école.
Pour les personnes nées en octobre, le bilan est contrasté : une espérance de vie légèrement plus longue que celle des natifs du printemps, mais un risque global de maladies un peu plus élevé dans une grande étude américaine, et un petit handicap à l’école en France.
📝 L’essentiel à retenir :
- En Autriche, les personnes nées à l’automne vivent en moyenne environ 7 mois de plus que celles nées au printemps, à partir de 50 ans.
- Une étude de l’université Columbia sur 1,7 million de dossiers a relié 55 maladies au mois de naissance, avec un risque global plus élevé pour octobre.
- En France, les élèves nés en fin d’année civile obtiennent de moins bons résultats et redoublent plus souvent.
- Ces effets restent modestes comparés à l’alimentation, à l’activité physique ou au milieu social.
Bonne nouvelle : les enfants de l’automne vivent plus longtemps
En 2001, les démographes Gabriele Doblhammer et James Vaupel, de l’institut Max-Planck de recherche démographique, ont publié dans PNAS une étude fondée sur les décès enregistrés en Autriche et au Danemark. Leur constat : à partir de 50 ans, les personnes nées d’octobre à décembre vivent plus longtemps que celles nées d’avril à juin. En Autriche, les natifs du dernier trimestre dépassaient la moyenne d’environ 0,32 an, quand ceux du deuxième trimestre étaient 0,28 an en dessous : un écart de l’ordre de sept mois. Au Danemark, l’écart était plus faible mais allait dans le même sens.
L’argument le plus convaincant vient de l’hémisphère sud. En Australie, où les saisons sont inversées, le schéma se décale lui aussi d’environ six mois. Ce n’est donc pas le mois en lui-même qui compte, mais les conditions saisonnières pendant la grossesse et la première année : alimentation de la mère, exposition aux infections, ensoleillement. Les chercheurs avancent plusieurs pistes sans trancher définitivement.
Dans l’hémisphère sud, l’avantage des enfants de l’automne se décale de six mois. C’est la saison qui compte, pas le signe du zodiaque.
Moins bonne nouvelle : octobre en tête d’un classement de risques
En 2015, une équipe de l’université Columbia à New York, autour du data scientist Nicholas Tatonetti, a passé au crible 1,7 million de dossiers médicaux d’un grand hôpital new-yorkais, couvrant les années 1985 à 2013. L’algorithme a repéré 55 maladies dont le risque variait selon le mois de naissance, dont 16 associations jamais décrites auparavant. Sur l’ensemble des pathologies, les natifs de mai présentaient le risque le plus faible, et ceux d’octobre le plus élevé.
Le détail des résultats montre surtout des affections respiratoires et cardiovasculaires. L’asthme, par exemple, était plus fréquent chez les enfants nés en juillet et en octobre. Avant de vous inquiéter, retenez la mise en garde de Nicholas Tatonetti lui-même : le risque lié au mois de naissance est relativement faible comparé à des facteurs comme l’alimentation et l’exercice. Il s’agit d’une seule population, dans une seule ville, que l’équipe souhaitait vérifier ailleurs.
À l’école, être né en octobre n’est pas anodin
En France, les classes sont constituées par année civile. Un enfant né en octobre fait donc partie des plus jeunes de sa classe, avec parfois neuf ou dix mois de moins que ses camarades nés en janvier. À 6 ans, c’est une différence énorme de maturité.
Ce qu’a mesuré l’Insee
En septembre 2024, l’Insee a publié une analyse fondée sur les tests PISA de l’OCDE. À 15 ans, les élèves français nés en janvier obtiennent environ 18 points de plus en compréhension de l’écrit que ceux nés en décembre. Les plus jeunes redoublent plus souvent, déclarent davantage de harcèlement et se projettent un peu moins dans des études supérieures. L’effet existe dans tous les pays étudiés, mais il est plus marqué dans certains, comme l’Italie, que dans d’autres, comme l’Estonie ou les Pays-Bas.
L’effet sur les diagnostics de TDAH
Aux États-Unis, où la date limite d’inscription est souvent le 1er septembre, une étude de Harvard publiée en 2018 dans le New England Journal of Medicine a montré que les enfants nés en août, les plus jeunes de leur classe, recevaient 34 % de diagnostics de TDAH en plus que leurs camarades nés en septembre. Pour l’auteur principal, Timothy Layton, la différence de comportement normal entre un enfant de 5 ans et un enfant de 6 ans est tout simplement très grande. Une partie de ces enfants seraient surtout… plus jeunes. En France, ce sont les enfants de fin d’année, octobre compris, qui se trouvent dans cette position.
| Domaine | Ce qui a été observé | Pour les natifs d’octobre |
|---|---|---|
| Espérance de vie | Plus longue pour les naissances d’automne (Autriche, Danemark) | Plutôt favorable |
| Maladies | 55 maladies liées au mois de naissance (Columbia, New York) | Risque global un peu plus élevé |
| École en France | Résultats plus faibles pour les plus jeunes de la classe | Légèrement défavorable |
| Diagnostics de TDAH | Plus fréquents chez les plus jeunes de la classe | À garder en tête pour les parents |
Et l’astrologie dans tout ça ?
Le paradoxe est savoureux. Ces études confirment que le moment de la naissance laisse des traces mesurables, ce que l’astrologie affirme depuis des millénaires. Mais les mécanismes identifiés n’ont rien de céleste : ensoleillement, virus d’hiver, alimentation pendant la grossesse, règles d’inscription à l’école. Et ils s’inversent d’un hémisphère à l’autre, là où le zodiaque reste le même. Pour comprendre d’où viennent les signes eux-mêmes, il faut remonter à une astrologie vieille de 4 000 ans. Libre à chacun ensuite de lire ce que son signe dirait de sa manière d’aimer, ou de sourire devant les signes qui auraient plus de chances d’être surdoués.
Pour les parents d’un enfant né en fin d’année, ces travaux invitent surtout à la patience. Un enfant qui semble moins concentré ou moins à l’aise que ses camarades est peut-être tout simplement le plus jeune de la classe. Savoir quand insister ou respecter son rythme prend alors tout son sens. Et pour les natifs d’octobre devenus adultes, il reste une consolation statistique : ces quelques mois d’espérance de vie en plus.
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