Le 25 septembre, dans le centre de conférences des Nations unies à Bangkok, la plus jeune intervenante de la salle est montée sur scène avec une canne à la main !

Aaradhya Jain, 11 ans, originaire de Noida (Inde), participait comme oratrice jeunesse au Second World Summit on Sustainable Health and Well-Being. Son invention, STAMBHA (« le pilier » en hindi), elle l’a conçue, câblée et programmée elle-même. Après sa prise de parole, elle a ensuite dû l’expliquer à un conseiller régional de l’OMS et à l’ambassadeur de Hongrie en Thaïlande.
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Une idée née dans le salon familial et inpirée du film Srikanth Bolla
Le point de départ n’a rien de technologique. Enfant, Aaradhya était entourée d’adultes qui vérifiaient sans cesse qu’elle n’avait ni froid ni danger. Ses grands-parents, eux, vieillissaient sans que personne ne prenne le relais. « Quand j’étais petite, quelqu’un veillait sur moi. Puis ils ont vieilli, et plus personne ne veillait sur eux », résume-t-elle en substance.
Le film Srikanth, biopic de l’industriel malvoyant Srikanth Bolla, a ensuite nourri sa réflexion. Pour comprendre, elle a donc fait un test : marcher dans la maison les yeux fermés. Elle s’est alors cognée partout. Ce premier test a servi de recherche utilisateur avant même qu’une seule ligne de code ne soit écrite.
STAMBHA, une canne IA qui regarde dehors… et dedans
La plupart des cannes intelligentes ne scrutent que le sol devant elles. STAMBHA, elle, surveille aussi la personne qui la tient. D’ordinaire, ces fonctions demandent trois appareils distincts, alors qu’Aaradhya les a réunies dans un seul bâton.
Côté environnement :
- un télémètre laser détecte les obstacles et prévient l’utilisateur par une vibration dans la paume ;
- une caméra décrit la scène et lit les panneaux à voix haute.
Et côté utilisateur :
- des capteurs dans la poignée mesurent le pouls, la saturation en oxygène et l’équilibre ;
- la canne détecte aussi si la main tient toujours le manche.
L’utilisateur peut lui parler en hindi ou en anglais : « Que dit ce panneau ? », « Où est la pharmacie la plus proche ? » ou « Ma marche est-elle stable aujourd’hui ? ». En fait, la canne répond en croisant ce qui l’entoure et les mesures précédentes de son propriétaire.

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Faire la différence entre un faux pas et une chute
En cas de problème, STAMBHA alerte également la famille en envoyant la position de l’utilisateur. Surtout, elle distingue un simple trébuchement d’une vraie chute, ce qui évite les fausses alertes. Autre atout, la canne fonctionne sans smartphone : une batterie de téléphone à plat ne laisse donc pas la personne sans protection.
Le sujet est loin d’être anecdotique. Selon l’OMS, les chutes figurent parmi les premières causes de décès par blessure accidentelle dans le monde. Et les plus de 60 ans sont les plus exposés.
Le prototype repose sur un microcontrôleur ESP32-S3, une puce courante dans les projets d’objets connectés. Aaradhya y a travaillé environ un an, aidée par son père et son oncle Nitin Jain, directeur technique de ShareChat. Elle reconnaît elle-même qu’elle a laissé les soudures les plus délicates aux adultes. Par ailleurs, une grande part du code a été générée avec des outils de programmation par IA, environ 80 % selon son oncle.

Pourquoi l’Inde a besoin d’un tel outil ?
Le pays vieillit vite. Selon le rapport 2023 de l’UNFPA sur le vieillissement en Inde, environ 149 millions d’Indiens ont plus de 60 ans, et ils devraient être 347 millions vers 2050. Beaucoup vivent seuls, ou loin d’enfants qui travaillent de longues heures.
Mais le prix reste un frein. Les cannes intelligentes comparables vendues à l’étranger coûtent 80 000 ₹ ou plus, contre environ 10 000 ₹ de composants pour STAMBHA, soit près de huit fois moins.
Aaradhya a déjà été distinguée parmi les Top 100 Child Prodigies of the World 2025, lors d’une cérémonie à la Chambre des communes britannique. Elle a aussi présenté STAMBHA les 17 et 18 octobre lors de la diffusion mondiale GIFT d’Innovation World.
Et quand on l’interroge sur la réussite, elle ne parle ni de levée de fonds ni de start-up : « Mon objectif, c’est que ça arrive aux bonnes personnes. »
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