Dans le département de l’Isère, il y a eu de nombreux disparus jamais retrouvés, retour sur cette affaire mystérieuse.

Entre 1980 et 1996, un coin tranquille des Alpes s’est retrouvé propulsé au rang des plus grandes énigmes criminelles françaises. L’Isère, avec ses vallées encaissées, ses lacs sombres et ses communes discrètes, est devenue le théâtre d’une série de disparitions et de meurtres d’enfants dont l’ombre plane encore aujourd’hui.
12 dossiers ont été progressivement rassemblés sous un même nom, « les disparus de l’Isère« , même si les enquêteurs rappellent qu’il ne s’agit pas d’une seule affaire mais d’un faisceau de drames parfois sans lien. Pourtant, malgré les nuances, un fil rouge persiste : un sentiment de mystère, d’inachevé, comme si quelque chose se dérobait toujours à la lumière.
Dans cet article :
De nombreux enfants disparus en Isère
L’histoire commence officiellement en mai 1980, quand Philippe Pignot, treize ans, disparaît à La Morte. Il ne sera jamais retrouvé. Son absence laisse un vide, un premier trou noir dans lequel la région s’enfonce sans comprendre que ce ne sera que le début.
Trois ans plus tard, en mars 1983, un autre enfant s’évapore : Ludovic Janvier, six ans, disparaît à Saint-Martin-d’Hères. Là encore, aucune trace, aucune piste solide. Les enquêteurs, à l’époque, ne font pas encore de lien. L’idée même d’un possible schéma criminel ne traverse pas les esprits. On pense à des fugues, à des accidents, à des drames isolés.
Puis à l’été 1983, une autre disparition. En juillet, Grégory Dubrulle, sept ans, est enlevé à Grenoble. Le lendemain, il est retrouvé grièvement blessé dans une décharge à Pommiers-la-Placette. C’est un miracle qu’il soit vivant. Son récit reste confus, brisé par le traumatisme, et l’enquête n’aboutit pas. Mais pour la première fois, un doute se répand. Quelqu’un enlève des enfants dans la région. Quelqu’un sait s’évaporer aussi vite qu’il apparaît.

D’autres disparitions étranges dans le département
En février 1985, un randonneur découvre des ossements dans une grotte du Vercors. L’enfant inconnu serait mort depuis une dizaine d’années. Impossible de savoir s’il appartient à la série qui s’esquisse. Pourtant, la montagne devient à son tour un personnage de l’affaire. Les reliefs abrupts, les gouffres, les failles calcaires semblent cacher plus qu’ils ne révèlent. L’Isère commence à ressembler à un labyrinthe.
L’affaire prend une tournure encore plus sombre quelques mois plus tard. En juin 1985, la petite Anissa Ouadi, cinq ans, disparaît à Grenoble. Elle sera retrouvée treize jours plus tard au barrage de Beauvoir, étranglée puis noyée. Pour la police, le choc est immense. Les familles, déjà inquiètes, basculent dans la peur.
Le dossier s’épaissit au fil des années, avec la disparition de Charazed Bendouiou en juillet 1987, dix ans, jamais retrouvée, puis celle de Nathalie Boyer, quinze ans, retrouvée égorgée près de Saint-Quentin-Fallavier en 1988.
Des années d’enquête sans explication
L’impression de chaos s’installe. Rien ne se ressemble, et pourtant tout semble étrangement parallèle : des enfants disparaissent, d’autres sont découverts à des kilomètres, certains sont retrouvés presque aussitôt, d’autres jamais.
Les lieux, eux aussi, brouillent les pistes. Montagnes, zones urbaines, bords de voie ferrée, forêts. Aucun schéma net. Pour les gendarmes, l’hypothèse d’un seul tueur paraît improbable. Pour la population, en revanche, un sentiment d’entité invisible s’installe : un prédateur multiple ou une série de prédateurs, un climat malsain, une époque où les enfants n’étaient plus en sécurité.
En 1989, un nouveau drame secoue Grenoble. Fabrice Ladoux, douze ans, disparaît puis est retrouvé mort deux jours plus tard à Quaix-en-Chartreuse, violé et frappé à la tête. L’acte est d’une violence insoutenable.
Quelques mois plus tard, en 1990, le petit Rachid Bouzian, huit ans, est enlevé devant son immeuble à Échirolles. Cette fois, un suspect est rapidement interpellé. L’affaire est considérée comme résolue. Mais cela n’éclaire en rien les autres dossiers.
En 1991, la petite Sarah Syad, six ans, disparaît à Voreppe. Son corps est retrouvé dans un bois tout proche. L’enquête aboutit. Pourtant, l’angoisse ne faiblit pas. Car le puzzle, lui, ne cesse de se complexifier.

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Les dernières pièces du puzzle
Cinq ans plus tard, un autre garçon, Léo Balley, six ans, disparaît dans le massif du Taillefer. Sa trace se fond dans le silence de la montagne. L’enfant semble littéralement absorbé par le décor, comme si les forêts alpines s’étaient refermées sur lui.
La dernière affaire associée au dossier survient en novembre 1996, quand Saïda Berch, dix ans, disparaît avant d’être retrouvée étranglée au bord d’un canal. Le meurtrier est identifié. Pourtant, malgré ces résolutions partielles, la liste demeure en suspens : quatre enfants jamais retrouvés, sept retrouvés morts, un seul rescapé.
Très vite, les journalistes parlent « des disparus de l’Isère« . Ce regroupement n’est pas officiel, mais il séduit parce qu’il propose un cadre, un ensemble cohérent dans un chaos total. Pour les enquêteurs, ce terme finit par être un fardeau. Car derrière ce nom se cachent des affaires très différentes, parfois sans point commun, et surtout des familles qui refusent d’être fondues dans une appellation globale.
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