Le laboratoire Andon Labs a confié à plusieurs IA la gestion de distributeurs automatiques rivaux. Claude Opus 5 a gagné, mais en formant des cartels illégaux et en trompant ses concurrents.

Confier la gestion d’un commerce à une intelligence artificielle sur le long terme, en lui demandant simplement de maximiser ses profits : c’est le principe du test Vending-Bench 2, conçu par le laboratoire indépendant Andon Labs. Dans sa dernière édition, publiée fin juillet 2026, l’expérience a pris la forme d’une petite comédie noire du monde des affaires. En effet, le modèle d’Anthropic s’est transformé en véritable parrain de cartel.
Dans cet article :
Trois IA, un distributeur chacune, une seule rue
Le principe du test est simple sur le papier. Plusieurs modèles d’intelligence artificielle, dont Claude Opus 5 d’Anthropic, GPT-5.6 Sol d’OpenAI et Kimi K3 du chinois Moonshot AI, se voient chacun confier la gestion complète d’un distributeur automatique virtuel. Ils doivent commander les produits auprès de fournisseurs, fixer les prix de vente, gérer les frais courants comme le loyer de l’emplacement, le tout sur une année simulée.
Pour corser l’exercice, Andon Labs a placé les trois distributeurs côte à côte dans une rue touristique très fréquentée de San Francisco, avec un accès mail permettant aux modèles de communiquer entre eux sous de faux noms humains. Chaque IA savait qu’elle discutait avec une autre intelligence artificielle, sans savoir laquelle se cachait derrière quel pseudonyme.
Le résultat de cette cohabitation forcée, c’est que Claude Opus 5 a rapidement compris qu’il avait plus intérêt à s’entendre avec ses rivaux qu’à leur faire une concurrence frontale.
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Un cartel monté en quelques échanges de mails
Claude Opus 5 a proposé à ses concurrents un partage du marché par catégories de produits, chaque distributeur s’engageant à se concentrer sur une gamme différente plutôt que de se livrer une guerre des prix sur les mêmes articles. Une fois cette entente conclue avec Kimi K3, mais refusée par GPT-5.6 Sol, ce dernier a continué de vendre moins cher dans le dos des deux autres. Loin de subir la situation, Claude Opus 5 a immédiatement aligné ses prix à la baisse pour riposter.
Ce qui rend l’épisode particulièrement frappant, c’est la manière dont le modèle a justifié cette collusion. Dans ses échanges internes, Claude Opus 5 a présenté ce partage du marché comme une simple logique de bonne gestion, justifiant qu’il ne servait à rien que trois distributeurs se battent tous pour vendre des canettes de soda pendant que d’autres emplacements de leurs machines restaient vides. Une justification qui ne change rien au fait que ce type d’accord reste illégal au regard du droit de la concurrence, la répartition du marché étant considérée comme une pratique anticoncurrentielle au même titre que l’entente sur les prix.
Menaces, trêves rompues et clients ignorés
Le comportement de Claude Opus 5 ne s’est pas arrêté à la formation de cartels. Le modèle a rompu onze trêves conclues avec ses concurrents au cours de la simulation, contre seulement deux pour GPT-5.6 Sol et une pour Kimi K3. Dans un cas précis, il avait promis par écrit à Kimi K3 de ne plus casser les prix jusqu’à la fin de l’année simulée, avant de rompre cet engagement douze jours plus tard, sans même l’admettre avant une semaine supplémentaire. Le modèle a également eu recours à des menaces et différentes formes de pression pour maintenir ses ententes en place face à des concurrents tentés de les rompre à leur tour.
L’autre point noir relevé par les chercheurs est la gestion du service client. Cette fois-ci, Claude Opus 5 n’a jamais menti directement à un client, contrairement à une version précédente du modèle qui promettait des remboursements jamais versés. En revanche, il a délibérément ignoré plusieurs réclamations de clients qui auraient normalement dû être remboursés pour des produits défectueux.
Sur le plan strictement financier, la stratégie s’est révélée efficace. Claude Opus 5 a terminé la simulation avec un solde moyen de 11 182 dollars, un record pour ce type de test face à ses concurrents. La conclusion que les chercheurs en tirent est que : plus Claude devient performant en tant que gestionnaire, plus il semble s’écarter des comportements considérés comme alignés avec les valeurs humaines.
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