Travailler moins, faire des pauses, dire non et accepter l’ennui semblent contre-productifs. La recherche en sciences cognitives montre pourtant que ces habitudes améliorent réellement la concentration et les résultats.

On nous a appris que mieux travailler, c’est travailler plus : se lever tôt, tenir longtemps, cocher un maximum de tâches. Dans la pratique, cette logique produit souvent l’inverse, à savoir de la fatigue et une motivation en baisse. La recherche en psychologie du travail suggère au contraire que certaines stratégies, qui paraissent absurdes au premier abord, sont les plus efficaces. En voici quatre, avec les mécanismes qui les expliquent.
Dans cet article :
Travailler moins longtemps pour produire davantage
C’est le conseil le plus difficile à accepter dans une culture qui confond encore heures passées et valeur produite. La recherche en expertise a observé que les musiciens et sportifs de très haut niveau dépassent rarement quelques heures de travail vraiment intensif par jour, réparties en sessions d’environ 90 minutes. Au-delà, la qualité de la concentration chute et les erreurs se multiplient. Ce n’est pas un manque de volonté, mais une limite biologique.
Le cerveau fonctionne par cycles. Le chercheur Nathaniel Kleitman a proposé l’idée d’un cycle de repos et d’activité d’environ 90 minutes, présent pendant le sommeil, mais aussi à l’état de veille. C’est un rythme que les travaux ultérieurs de Peretz Lavie ont confirmé. Forcer la concentration au-delà de ce cycle sans récupérer revient à continuer d’accélérer avec un moteur en surchauffe.
Concrètement, vous devez identifier vos deux ou trois heures de pic d’attention pour y placer vos tâches les plus exigeantes. Ensuite, réservez le reste de la journée aux activités moins cognitives comme les mails ou les réunions. Aussi, vous devez mesurer votre productivité en résultats plutôt qu’en heures.
L’expérience de Microsoft au Japon va dans ce sens. En testant la semaine de quatre jours en 2019, l’entreprise a observé une hausse de productivité d’environ 40 %. Quand le temps se réduit, les priorités se clarifient.
Faire des pauses régulières pour avancer plus vite
La pause est souvent vécue comme une récompense accordée une fois le travail fini. C’est l’inverse qu’il faudrait faire : vous devez la planifier comme un rendez-vous non négociable. Une étude publiée en 2011 par des chercheurs de l’université de l’Illinois a montré que de brèves interruptions au cours d’une tâche longue améliorent nettement la performance. En effet, le cerveau finit par ne plus traiter efficacement un stimulus constant, et une courte pause réinitialise l’attention.
La technique Pomodoro, mise au point par Francesco Cirillo à la fin des années 1980, repose sur ce principe. Elle consiste en environ 25 minutes de travail puis 5 minutes de pause, et une pause plus longue après quatre cycles. Encore faut-il que la pause en soit vraiment une.
Regarder son téléphone ou ses mails ne repose pas le cerveau.
Une marche de quelques minutes, un moment loin des écrans ou un bref contact avec la nature sont bien plus réparateurs. Une étude parue dans Psychological Science a d’ailleurs montré qu’une vingtaine de minutes de marche dans un cadre naturel suffit à restaurer sensiblement les capacités d’attention.
Dire non plus souvent pour accomplir ce qui compte
On croit souvent que les personnes les plus efficaces sont celles qui font le plus de choses. Ce sont surtout celles qui savent refuser. Chaque tâche acceptée ne s’ajoute pas simplement à une liste, elle consomme de l’énergie mentale et dilue l’attention disponible. Les psychologues parlent de coût de commutation : passer d’une tâche à l’autre impose un temps de réadaptation qui, selon des travaux relayés par l’American Psychological Association, peut représenter jusqu’à 40 % du temps productif.
Dire non n’est pas un manque de coopération, mais la reconnaissance d’une ressource limitée. Quelques repères aident à le faire sans friction. Si votre première réaction à une demande n’est pas clairement positive, c’est souvent un refus qui s’ignore. Proposer une alternative, comme un résumé par mail à la place d’une réunion, permet de rester utile tout en protégeant son temps.
Accepter l’ennui pour stimuler la créativité
L’ennui est devenu presque impossible à vivre, tant la moindre minute d’attente se comble d’un écran. Cette hyperconnexion a un coût. La recherche a prouvé que l’ennui, loin d’être un état passif, favorise la créativité. Quand le cerveau n’est plus stimulé de l’extérieur, il active le réseau du mode par défaut, un état de pensée associative d’où émergent les idées originales et les solutions inattendues.
Ce n’est pas un hasard si les meilleures idées surgissent sous la douche, en marchant sans but ou avant de s’endormir. En remplissant chaque interstice de la journée de contenu numérique, on prive le cerveau de ces moments de traitement silencieux, au profit d’une pensée plus réactive mais moins profonde.
Réintroduire l’ennui volontairement est simple. Laissez le téléphone dans sa poche sur un court trajet, manger seul sans écran, ou réfléchir activement à un problème pendant une activité physique banale. Ces espaces vides ne sont pas du temps perdu, mais le terrain où se forment les idées qui font avancer le travail.
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