Un sondage Elabe pour BFMTV livre un chiffre presque schizophrène: près de 9 Français sur 10 jugent que le pays va mal, mais 69 % affirment aller bien personnellement. Ce grand écart n’a rien de nouveau, et les politologues le mesurent depuis des années.

À quelques jours de la rentrée, le baromètre Elabe pour BFMTV a posé la question à un échantillon représentatif de Français: comment allez-vous, et comment va le pays? Les réponses ne racontent pas la même histoire.
📝 L’essentiel à retenir :
- Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 26 août 2026, 63 % des Français se disent inquiets pour la situation du pays, et près de 9 sur 10 jugent qu’il ne va pas bien.
- Pourtant, 69 % des personnes interrogées affirment aller bien elles-mêmes sur le plan personnel, un chiffre stable d’une année sur l’autre.
- Le pouvoir d’achat arrive en tête des priorités citées, à 48 %, loin devant la sécurité (32 %) et la dette publique (29 %).
Dans cet article :
Un sondage qui dessine deux pays différents
Publié le 26 août 2026, le sondage Elabe pour BFMTV montre que 63 % des Français se déclarent inquiets face à la situation du pays, et une écrasante majorité, près de 9 personnes interrogées sur 10, estime que la France ne va pas bien. Les sentiments dominants cités sont l’exaspération (41 %), la colère (38 %) et la lassitude (29 %). L’espoir, lui, ne recueille que 11 % des réponses. Et pourtant, à la question de savoir comment ils vont personnellement, 69 % des sondés répondent positivement, un chiffre qui varie très peu d’une vague à l’autre du baromètre.
Ce paradoxe n’a rien d’un accident de sondage
Ce grand écart entre le jugement porté sur le pays et le ressenti personnel n’est pas propre à 2026. Le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, à Sciences Po, mesure cette différence depuis plus d’une décennie, vague après vague: année après année, une majorité de Français se dit relativement satisfaite de sa vie tout en jugeant sévèrement la trajectoire collective du pays. Les politologues parlent d’un déphasage entre l’expérience concrète, contrôlable, et le jugement porté sur une abstraction largement filtrée par l’actualité.
Pourquoi l’addition ne se fait jamais dans la tête
L’explication tient en grande partie à la nature de l’information reçue. La vie personnelle se juge à l’aune de faits vérifiables au quotidien: le loyer payé, les courses faites, les proches en bonne santé. Le jugement sur « le pays », lui, se construit presque entièrement à travers les journaux télévisés et les réseaux sociaux, qui mettent logiquement en avant les crises plutôt que les journées sans incident. Un mécanisme que l’on retrouve à une tout autre échelle dans l’anxiété anticipatoire liée à la rentrée, où l’inquiétude précède largement les faits qui la justifieraient. Le même sondage relève d’ailleurs que les incendies (61 %), la canicule (45 %) et la hausse des prix du carburant (44 %) figurent parmi les événements les plus marquants de l’été cité par les Français, des sujets amplement relayés dans les médias tout au long de la saison.
Un pessimisme qui grimpe fortement avec l’âge
Le sondage révèle aussi de fortes disparités selon les profils. Chez les 18-34 ans, 78 % se disent pessimistes sur l’avenir du pays. Cette proportion grimpe à 95 % chez les 50 ans et plus, et atteint 97 % chez les électeurs du Rassemblement national. Une différence générationnelle qui rejoint un phénomène plus large: le bonheur individuel s’adapte vite aux circonstances, quand le jugement collectif, lui, reste ancré dans une petite musique installée depuis des mois.
Ce que ça change concrètement à la rentrée
Ce climat anxiogène ne reste pas cantonné aux sondages: il se traduit directement dans les comportements d’achat. C’est exactement ce que révélait notre article sur le décalage entre le coût réel des fournitures scolaires et la perception des familles, où 74 % des parents anticipaient une hausse des prix qui n’a pourtant pas eu lieu. Un pessimisme ambiant qui pousse aussi certains à surveiller une irritabilité inhabituelle à cette période de l’année, souvent liée à l’accumulation de ces informations anxiogènes plutôt qu’à un problème personnel réel.
Le sondage Elabe le confirme une fois de plus: le moral collectif et le moral individuel des Français suivent rarement la même courbe. Un décalage à garder en tête la prochaine fois qu’un chiffre national semble contredire ce que l’on vit au quotidien.
BuzzWebzine est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






