Bernard Werber n’est pas simplement un conteur de mondes (un écrivain), il a également fait plusieurs peintures.

Dans cet article :
Bernard Werber, un écrivain mais surtout un artiste
Chez Bernard Werber, l’image a toujours précédé la phrase. Avant les mots, il y a des visions. Et, avant les romans, il y a des tableaux mentaux. Son œuvre littéraire, traduite dans plus de trente-cinq langues et vendue à des millions d’exemplaires, repose sur cette mécanique intime : raconter une histoire, c’est projeter un film intérieur, en régler la lumière, en cadrer les idées, en faire vibrer les symboles.
Les Fourmis, Les Thanatonautes, L’Empire des anges ou encore Le Livre secret des fourmis ne sont pas seulement des récits, ce sont des architectures, pensées comme des mondes cohérents où chaque concept s’incarne en image mentale forte, presque tactile.
Le style Bernard Werber repose sur une clarté trompeuse. Des phrases accessibles, une narration fluide, mais sous cette lisibilité apparente, une obsession constante pour les structures invisibles du monde, les mécanismes cachés, les ponts entre science, spiritualité, philosophie et imaginaire. Il écrit comme on dessine un schéma.
Il vulgarise sans appauvrir, il avance par idées-chocs, par exemples frappants, par paraboles. Et déjà, dans cette façon d’écrire, on devine le peintre. Celui qui pense en formes, en contrastes, en couleurs, en symboles.
Un conteur de mondes, un créateur d’architectures
Cette inclination ne doit rien au hasard. Bernard Werber grandit dans un environnement où l’expression artistique est encouragée très tôt. Ses parents l’orientent à la fois vers la musique, avec l’apprentissage du piano, et vers le dessin.
Deux disciplines qui structurent l’esprit différemment mais qui ont un point commun essentiel : la composition. Organiser le chaos, donner une forme à l’abstrait, trouver une harmonie. La musique lui apprend le rythme, la répétition, la variation. Et, le dessin, lui, lui apprend à regarder, à décomposer le réel, à exagérer un trait pour faire sens.
Longtemps, cette pratique visuelle restera en retrait, comme une activité parallèle, presque intime. L’écriture prend le devant de la scène. Mais le besoin d’image ne disparaît jamais. Bernard Werber se met à peindre. Non pas comme un artiste académique, mais comme un auteur qui prolonge son univers sur un autre support.

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Peindre et imaginer comme un scientifique
Ses peintures ne sont pas décoratives, elles sont conceptuelles, narratives, et symboliques. Et, elles racontent, elles aussi, des idées. Sur son site officiel, Bernard Werber l’explique sans détour : il ne peint pas par vocation technique mais par nécessité expressive.
L’image est son mode de pensée privilégié. Lorsqu’il écrit, il raconte ce qu’il voit. Lorsqu’il peint, il fixe ce qu’il voit. La toile devient un espace de réflexion, un laboratoire visuel où les couleurs remplacent les phrases, où les formes jouent le rôle de concepts. Il le dit lui-même : il pense être meilleur en dessin qu’en peinture, mais c’est justement pour cela qu’il peint.
Chercher sa limite d’incompétence, explorer l’endroit où l’on ne maîtrise pas encore. Car, depuis toujours, même depuis son époque en tant que journaliste scientifique, c’est la curiosité qui motive son art.
Cette démarche est essentielle pour comprendre ses tableaux. Bernard Werber est un autodidacte. Il n’a jamais appris à peindre au sens académique. Il procède par essais, par erreurs, par ajustements successifs. Une méthode empirique, presque scientifique, qui rappelle sa façon d’écrire.
Il teste une idée, il observe le résultat, il corrige, et il recommence. Même les contraintes techniques deviennent des enseignements. Le temps de séchage de la peinture à l’huile, par exemple, l’oblige à revoir son rapport au geste, à la patience, au compromis. Lui qui aime peindre vite, sur l’élan, doit négocier avec la matière.
Un style de peintures singulier pour Bernard Werber
Visuellement, ses peintures sont immédiatement reconnaissables. Couleurs vives, contrastes marqués, formes symboliques, figures humaines stylisées, références cosmiques, spirales, regards multiples, architectures impossibles.
On y retrouve les thèmes chers à son œuvre littéraire : la conscience, la multiplicité des niveaux de réalité, l’illusion des apparences, la transformation, la frontière entre le visible et l’invisible. Certaines toiles semblent presque être des couvertures de romans qui n’existent pas encore. D’autres ressemblent à des cartes mentales peintes.

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Un écrivain qui teste et imagine, et c’est ça qui est magnifique
Il n’y a pas deux Bernard Werber, l’écrivain et le peintre. Il y a un seul créatif qui utilise des outils différents pour poursuivre le même objectif : inventer et faire circuler des idées nouvelles. L’écriture est lente, structurante, cumulative.
La peinture est immédiate, intuitive, frontale. L’une explique, l’autre suggère. L’une raconte, l’autre montre. Ensemble, elles forment un même univers cohérent, où la pensée passe par l’image, et où l’image devient une pensée.
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