Une étude américaine révèle que nous prononçons chaque année 338 mots de moins par jour. Et pour cause, nous déléguons de plus en plus : caisses automatiques, GPS, applications, etc.

On ne s’en rend pas compte, mais l’intensification de nos usages numériques a une incidence directe sur le volume de mots que nous prononçons chaque jour. C’est la conclusion, aussi précise qu’inattendue, d’une étude américaine récente. Elle a documenté un phénomène jusque-là difficile à mesurer : le recul progressif de la parole dans notre quotidien.
Une étude née d’une découverte accidentelle
Deux chercheurs, Matthias Mehl, professeur de psychologie à l’université d’Arizona, et Valeria Pfeifer, professeure de psychologie et de counseling à l’université du Missouri-Kansas City, souhaitaient à l’origine simplement reproduire une étude publiée en 2007 sur la différence de loquacité entre hommes et femmes. Pour cela, ils ont compilé les enregistrements audio de 2200 participants, réalisés entre 2005 et 2019 lors de vingt-deux études universitaires distinctes.
La méthode consiste à compter le nombre de mots effectivement prononcés tout au long de la journée, sans juger de la richesse du vocabulaire employé. Les résultats, publiés en 2026 dans la revue Perspectives on Psychological Science, ont surpris les chercheurs eux-mêmes.
En 2005, la moyenne quotidienne s’établissait autour de 16 000 mots parlés par personne. En 2019, elle était retombée à environ 12 700 mots, soit une baisse de 338 mots par jour chaque année, ce qui représente environ 120 000 mots parlés en moins par personne sur une seule année.
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Le numérique, principal accusé d’un recul silencieux
Cette réduction ne porte pas tant sur les grandes discussions que nous pouvons encore avoir, mais sur le remplacement progressif de nombreuses interactions sociales courtes par des communications écrites ou automatisées. Les technologies installent un filtre technique qui supprime autant d’occasions de s’exprimer à voix haute. C’est le cas avec le déploiement des caisses automatiques, du paiement sans contact ou des bornes de commande tactiles.
Le GPS intégré à nos téléphones, qui nous dispense de demander notre chemin à un passant, participe du même mouvement, tout comme les applications de commande qui remplacent l’échange oral avec un serveur.
La perte constatée est nettement plus marquée chez les moins de 25 ans, avec environ 452 mots en moins par jour. Pour cette génération, on évoque même le phénomène Komi, en référence à un manga japonais populaire dont l’héroïne peine à nouer des relations sociales du fait de sa difficulté à s’exprimer oralement.
Les chercheurs notent par ailleurs que d’autres facteurs, comme la progression du télétravail et l’augmentation du nombre de personnes vivant seules, réduisent mécaniquement les occasions d’interagir en personne, indépendamment même des outils numériques.
Est-ce sans conséquences ?
Cette baisse a des conséquences très concrètes sur le lien social. Il est aujourd’hui établi que l’envoi de messages écrits, qu’il s’agisse de SMS, d’e-mails ou de messageries instantanées, ne compense pas le caractère incarné d’une discussion de vive voix. Les mots prononcés à l’oral véhiculent quelque chose que l’écrit ne transmet pas aussi facilement : la présence, le ton, la spontanéité d’un véritable échange.
Cette dimension pèse particulièrement sur la génération Z, née à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Elle a grandi en donnant la priorité aux échanges numériques et s’est moins familiarisée avec la prise de contact directe hors du cercle familial et amical proche.
Ce constat se retrouve jusque dans le monde professionnel. De nombreux employeurs s’étonnent aujourd’hui de la timidité de certaines jeunes recrues, pourtant très loquaces au bureau avec des collègues connus. Dès qu’il s’agit d’aborder un client ou un prospect inconnu, ces derniers préfèrent largement l’e-mail ou le message vocal à l’échange direct.
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