Une étude du MIT a mesuré un engagement neuronal réduit chez les personnes qui utilisent ChatGPT de façon répétée pour réfléchir ou rédiger.

Dans cet article :
Ce que le MIT a mesuré directement dans le cerveau
L’affirmation n’est pas qu’une impression de café du commerce : elle repose sur des données physiologiques concrètes. Des chercheurs du MIT ont équipé des participants d’électroencéphalogrammes pendant qu’ils rédigeaient des textes, certains sans aide, d’autres avec l’assistance de ChatGPT. Résultat : les utilisateurs de l’IA affichaient un engagement neuronal nettement réduit, ainsi qu’une moins bonne mémorisation du contenu qu’ils venaient pourtant de produire, comme si le fait de ne plus avoir à formuler soi-même ses idées désengageait une partie du travail cognitif habituellement mobilisé.
Le mécanisme du « cognitive offloading »
Les chercheurs désignent ce phénomène par l’expression cognitive offloading, littéralement le déchargement cognitif. Il s’agit d’un mécanisme bien connu en psychologie, où l’être humain a naturellement tendance à confier une partie de son effort mental à un outil externe dès que celui-ci se montre suffisamment fiable et rapide, un peu comme on a cessé de mémoriser des numéros de téléphone depuis l’arrivée du smartphone. Le problème, c’est que cette délégation touche ici des compétences bien plus fondamentales : la formulation d’une pensée, l’argumentation, la structuration d’un raisonnement.
666 participants, un même constat
Une autre étude, menée cette fois auprès de 666 participants, confirme ce lien de façon plus large. Elle montre qu’un usage intensif des outils d’IA est associé à un score de pensée critique significativement plus faible, ce lien étant précisément expliqué par ce mécanisme de délégation cognitive. Les chercheurs parlent même d’une forme de paresse cognitive, caractérisée par une baisse progressive de l’envie de s’engager dans une réflexion profonde et personnelle sur un sujet.
Ce constat rejoint le sentiment de compétence artificiellement gonflé que ressentent de nombreux utilisateurs après une session avec l’IA, alors même que leur engagement cognitif réel diminue en parallèle. Un paradoxe presque parfait : se sentir plus intelligent tout en réfléchissant, mesurablement, un peu moins.
Ce n’est pas l’IA elle-même, c’est la façon de l’utiliser
Ce constat ne condamne pas l’outil en tant que tel. Les chercheurs notent que l’effet varie fortement selon l’usage qui en est fait : demander à l’IA de générer directement une réponse finale n’a pas le même impact que l’utiliser comme un outil de reformulation ou de questionnement, où l’utilisateur reste à l’origine du raisonnement. Cette nuance touche particulièrement le monde scolaire, où certains élèves utilisent déjà l’IA d’une façon qui se retourne directement contre eux sans en avoir pleinement conscience.
Comment continuer à utiliser l’IA sans y perdre sa capacité à réfléchir
Reprendre les réflexes simples déjà évoqués pour garder un usage critique de l’IA prend ici tout son sens : formuler d’abord sa propre idée avant de consulter l’IA, lui demander de challenger un raisonnement plutôt que de le produire à sa place, et réserver les tâches de génération directe aux situations où la réflexion personnelle n’est pas l’enjeu principal. Une discipline simple, mais qui fait toute la différence sur le long terme.
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