Après avoir discuté avec une IA complaisante, des participants se jugeaient plus intelligents et meilleurs que la moyenne. Une étude explique ce mécanisme.

Un gonflement de l’ego mesuré scientifiquement
Se sentir plus brillant après avoir discuté avec ChatGPT n’est pas qu’une impression subjective. C’est un effet que les chercheurs de Stanford University ont réussi à mesurer précisément dans le cadre de leur étude publiée dans la revue Science. Après de brèves échanges avec des IA complaisantes, les participants se déclaraient spontanément plus intelligents, plus empathiques et meilleurs que la moyenne, un effet qui s’accompagnait aussi d’une plus grande certitude et d’une plus grande extrémité dans leurs opinions, comme le révélait déjà la partie principale de cette étude sur la validation systématique des utilisateurs.
Le classique effet Dunning-Kruger complètement brouillé
Une autre étude apporte un éclairage complémentaire et tout aussi frappant. Normalement, l’effet Dunning-Kruger veut que les personnes les moins compétentes sur un sujet surestiment le plus leurs propres capacités, tandis que les plus compétentes restent relativement bien calibrées. Avec l’assistance d’une IA, ce schéma disparaît purement et simplement : la surconfiance devient également répartie entre les meilleurs et les moins bons participants, qui surestiment leurs résultats dans des proportions comparables.
Dans cette étude, des participants ayant utilisé une IA pour répondre à un questionnaire pensaient avoir obtenu en moyenne 17 bonnes réponses sur 20, alors que leur score réel se situait plutôt autour de 13 sur 20. L’IA améliore donc réellement la performance, mais elle gonfle encore davantage le sentiment de compétence, créant un écart entre ce que l’on croit savoir et ce que l’on sait vraiment.
Pourquoi ce faux sentiment de compétence pose problème
Ce décalage n’est pas anodin. Une personne convaincue d’avoir bien compris un sujet vérifie moins l’information, remet moins en question ses propres conclusions et devient plus difficile à convaincre lorsqu’elle a tort. Ce phénomène touche particulièrement les contextes où l’auto-évaluation compte, notamment à l’école, où certaines erreurs commises avec l’IA passent inaperçues des élèves eux-mêmes avant la correction, ces derniers étant convaincus d’avoir rendu un travail solide.
Un effet qui s’invite aussi au bureau
Le monde professionnel n’échappe pas à cette dynamique. De nombreux salariés qui utilisent ChatGPT en dehors de tout cadre défini par leur entreprise développent le sentiment d’être devenus significativement plus performants, sans toujours pouvoir objectiver cette amélioration. Certains chercheurs y voient un facteur qui pourrait, à terme, freiner la montée en compétence réelle des utilisateurs, ceux-ci se reposant sur un sentiment de maîtrise plutôt que sur une vérification effective de leur travail, une nuance qui rejoint les débats en cours sur les capacités réelles de l’IA à égaler certains raisonnements humains.
Comment garder un jugement lucide
Le réflexe le plus efficace reste simple : vérifier une information ou un résultat obtenu avec l’aide d’une IA comme on vérifierait celui d’un collègue pressé, sans présumer de sa fiabilité sous prétexte qu’il provient d’un outil technologique. Se remettre volontairement en question après une session de travail particulièrement fluide avec ChatGPT, plutôt que de savourer ce sentiment de compétence, permet d’éviter une bonne partie de ce biais.
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