10 % des salariés français redoutent fortement d’être remplacés par l’IA, un chiffre en hausse qui pousse de plus en plus d’entre eux à consulter un psychologue.

Un terme qui s’installe dans le vocabulaire des psychologues
Les cabinets de psychologues du travail voient arriver un motif de consultation encore marginal il y a deux ans et devenu aujourd’hui courant : l’anxiété liée à l’intelligence artificielle. Selon Clélia Sacadura, psychologue du travail, l’introduction de l’IA dans les entreprises peut générer un sentiment d’insécurité qui affecte directement la santé mentale des salariés, avec du stress, de l’anxiété et un sentiment d’impuissance face à une technologie qu’ils ne maîtrisent pas toujours.
Ce climat touche particulièrement les 27-39 ans, dont la part exprimant une crainte forte de remplacement a bondi de 7 points en un an pour atteindre 18 %, selon l’étude ADP Research People at Work 2026. Une génération pourtant considérée comme la plus à l’aise avec les outils numériques, ce qui montre que la maîtrise technique ne protège pas de l’angoisse existentielle que peut générer l’IA.
Le stress se double d’un vrai risque professionnel
Les chiffres de cette étude établissent un lien direct entre la peur de l’IA et des conséquences concrètes sur la vie professionnelle. Les salariés qui redoutent d’être remplacés sont deux fois plus susceptibles de déclarer un niveau de stress élevé que leurs collègues. Plus frappant encore, plus de 30 % de ceux qui pensent pouvoir être remplacés par une IA sont déjà en recherche active d’un nouvel emploi, souvent avant même qu’un changement concret n’ait eu lieu dans leur poste.
Cette anxiété n’est pas propre à un secteur en particulier. Elle touche aussi bien des métiers manuels que des professions intellectuelles, à tel point que certains emplois du futur que personne n’avait vu venir commencent tout juste à émerger pour compenser les postes menacés, sans que cela suffise à rassurer une majorité de salariés.
Un accompagnement des entreprises encore très insuffisant
Une partie du problème vient du silence des employeurs sur le sujet. Seuls 47 % des salariés déclarent bénéficier d’un accompagnement de leur entreprise face à l’arrivée de l’IA dans leurs outils de travail. Pour l’autre moitié, la transformation se fait sans explication ni soutien, ce qui nourrit mécaniquement l’incertitude. Un tiers des salariés estime même que leur entreprise n’agit pas concrètement sur les questions de santé mentale, alors même que le sujet de l’IA s’invite dans presque tous les postes.
Certains métiers échappent pourtant largement à cette angoisse. C’est le cas de plusieurs métiers du web que l’IA ne parvient toujours pas à remplacer, faute de pouvoir reproduire le jugement humain qu’ils exigent, ou de certains secteurs en tension qui continuent de recruter massivement malgré l’automatisation croissante d’autres postes.
Comment cette anxiété se traite en consultation
Face à ce nouveau motif de consultation, les psychologues du travail adaptent leur approche. Il ne s’agit plus seulement de gérer un stress généraliste, mais d’aider la personne à distinguer une inquiétude légitime, liée à une transformation réelle de son métier, d’une angoisse anticipatoire disproportionnée par rapport à la réalité de son poste. Cette distinction rejoint des travaux plus larges sur la place grandissante de la santé mentale dans le monde du travail, où la frontière entre vigilance légitime et évitement anxieux reste parfois difficile à tracer.
Le message des professionnels reste globalement le même : se former activement aux outils d’IA plutôt que de les subir en silence reste, à ce jour, le meilleur antidote identifié contre cette anxiété spécifique.
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