68 % des utilisateurs de ChatGPT en entreprise cachent cet usage à leur hiérarchie. Un phénomène désormais bien identifié : le Shadow AI.

Un usage massif, mais largement invisible pour l’entreprise
Le chiffre a de quoi surprendre les directions informatiques : 84 % des professionnels du digital utilisent ChatGPT au moins une fois par semaine dans le cadre de leur travail, et 68 % l’ont intégré directement à leur routine quotidienne. Sauf que cette adoption massive se fait très largement dans l’ombre. Seuls 32 % des utilisateurs déclarent officiellement cet usage à leur employeur, un rapport largement cohérent avec l’explosion générale du nombre d’utilisateurs de ChatGPT observée en France ces derniers mois.
Une étude Microsoft menée en 2025 vient confirmer cette tendance à une échelle plus large : 71 % des employés, tous secteurs confondus, utiliseraient des outils d’IA générative non approuvés par leur direction. En France, un rapport conjoint d’Inria et de Datacraft a montré que 58 % des salariés utilisant l’IA générative au travail le font sans aucun cadre défini par leur entreprise.
Le Shadow AI, nouvelle version du Shadow IT
Ce phénomène porte désormais un nom dans les directions des systèmes d’information : le Shadow AI, en écho au Shadow IT qui désignait déjà l’usage non autorisé de logiciels par les salariés avant l’explosion de l’IA générative. Le rapport « The AI Tightrope », publié par le cabinet de cybersécurité Harmonic Security, ainsi qu’une étude de Salesforce menée en 2025, pointent tous deux ce même écart entre usage réel et usage déclaré.
Le plus frappant reste la détermination des salariés concernés : près de la moitié d’entre eux affirme qu’ils continueraient à utiliser ces outils même si leur entreprise les interdisait explicitement. Un signe que l’appétit pour ces outils dépasse largement les enjeux de confidentialité des données qui inquiètent pourtant de plus en plus les responsables sécurité.
Pourquoi les salariés préfèrent le silence
Plusieurs raisons expliquent cette discrétion. Certains craignent d’être perçus comme moins compétents s’ils admettent s’appuyer sur une IA pour rédiger un rapport ou déboguer du code. D’autres redoutent, à l’inverse, d’être considérés comme plus facilement remplaçables si leur productivité semble reposer sur un outil externe plutôt que sur leur propre expertise, une crainte qui rejoint les inquiétudes plus générales sur l’avenir de certains métiers face à l’automatisation.
Une minorité, enfin, développe une utilisation si poussée de l’outil que certaines tâches deviennent quasiment automatisées de bout en bout, une évolution qui rejoint les débats en cours sur les capacités de plus en plus fines de l’IA à imiter certains raisonnements humains, y compris dans des tâches jugées jusqu’ici peu automatisables.
Un risque réel pour les entreprises
Au-delà de la question individuelle, ce silence collectif pose un vrai problème de gouvernance. Des informations confidentielles peuvent être copiées dans des outils grand public sans qu’aucune politique de sécurité ne l’encadre, et les entreprises perdent toute visibilité sur la manière dont leurs propres processus internes évoluent. De plus en plus de directions choisissent donc d’accompagner plutôt que d’interdire, en formant leurs équipes à un usage encadré de ces outils plutôt que de les pousser vers un usage clandestin difficile à contrôler.
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