Selon le Baromètre du numérique, 62 % des Français jugent l’IA comme la plus grande menace pour leur emploi. Que disent vraiment les chiffres ?

Dans cet article :
Une adoption record, mais une confiance qui ne suit pas
Le paradoxe est saisissant. Jamais une technologie numérique n’avait été adoptée aussi vite en France que l’IA générative, selon les données du Baromètre du numérique, enquête de référence menée chaque année par le CRÉDOC pour le compte de l’Arcep, de l’Arcom, du CGE et de l’ANCT. Près de la moitié de la population française, 48 %, utilise désormais ces outils, un chiffre qui grimpe à 85 % chez les 18-24 ans et à 78 % chez les cadres. Un niveau d’adoption qui rejoint le rang déjà très avancé de la France dans l’adoption mondiale de ChatGPT.
Mais cette adoption massive ne s’accompagne pas d’une confiance équivalente. Au contraire : 62 % des personnes interrogées désignent spontanément l’intelligence artificielle comme la plus grande menace actuelle pour l’emploi, loin devant d’autres facteurs de transformation du marché du travail.
Un chiffre à mettre en perspective avec la réalité du terrain
Cette perception très répandue mérite d’être confrontée aux données concrètes du marché de l’emploi. Certains métiers résistent en effet particulièrement bien à l’automatisation : plusieurs secteurs en tension continuent de recruter massivement partout en France, avec des débouchés immédiats que l’IA ne menace pas à court terme. De la même façon, certains métiers manuels connaissent un regain d’intérêt inattendu chez les jeunes générations, en partie précisément parce qu’ils échappent à cette inquiétude technologique.
La peur exprimée dans le baromètre n’est donc pas homogène : elle touche beaucoup plus fortement certains métiers de bureau, administratifs ou de traitement de l’information, que les métiers manuels ou de contact humain direct.
Une inquiétude qui grandit avec l’usage lui-même
Autre enseignement notable : ce ne sont pas forcément les personnes les moins familières avec l’IA qui s’en inquiètent le plus. Beaucoup de salariés qui utilisent ChatGPT quotidiennement dans leur travail sans le déclarer à leur employeur sont aussi les mieux placés pour observer, de l’intérieur, jusqu’où l’outil peut aujourd’hui automatiser certaines de leurs tâches. Une proximité qui nourrit paradoxalement l’inquiétude plutôt que de la dissiper.
Ce que ce chiffre annonce pour la suite
Le Baromètre du numérique 2026, mené auprès de 4 145 personnes représentatives de la société française à partir de 12 ans, montre en creux une France qui adopte les outils d’IA à toute vitesse tout en restant collectivement méfiante sur leurs conséquences. Un écart entre usage individuel et inquiétude collective qui devrait continuer à alimenter le débat public dans les prochains mois, à mesure que de nouvelles entreprises annoncent des réorganisations liées à l’intelligence artificielle.
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