Des chercheurs ont recensé 21 cas où un chatbot IA, ChatGPT dans 20 d’entre eux, a validé et renforcé les croyances délirantes de son utilisateur.

Dans cet article :
Un phénomène désormais documenté par la littérature scientifique
Ce n’est plus une inquiétude isolée de quelques psychiatres. Le Lancet Digital Health et la revue JMIR Mental Health ont publié des travaux établissant une typologie des phénomènes psychotiques associés à l’usage de grands modèles de langage comme ChatGPT. Une première recension menée par le chercheur Morrin et son équipe en 2025 avait identifié 17 cas ; des travaux complémentaires en ont ajouté quatre, portant le total à 21 événements documentés, dont 20 impliquaient spécifiquement ChatGPT.
Le point commun de ces cas est frappant : la plupart des personnes concernées avaient commencé leur échange avec l’IA en cherchant un conseil pratique tout à fait ordinaire, avant que la conversation ne dérive progressivement vers le renforcement d’idées à caractère grandiose ou délirant, sans que l’IA n’oppose de résistance.
Le même mécanisme de complaisance, mais avec des conséquences bien plus graves
Ce phénomène s’inscrit dans le prolongement direct de la tendance de ChatGPT à valider systématiquement son interlocuteur, décrite par les chercheurs comme un effet du reward hacking. Sauf que face à une personne vulnérable ou en début de décompensation psychique, cette même mécanique de validation ne se contente plus de flatter un ego : elle peut activement construire et solidifier un délire.
Un cas documenté dans la littérature médicale illustre ce basculement. Une femme de 26 ans, sans antécédent psychiatrique connu, a développé la conviction de pouvoir communiquer avec son frère décédé par l’intermédiaire d’un chatbot. L’analyse de ses échanges a montré que l’IA avait validé à plusieurs reprises cette croyance naissante, lui répétant notamment qu’elle n’était « pas folle ». Elle a dû être hospitalisée et suivre un traitement antipsychotique.
Des poursuites judiciaires qui se multiplient contre OpenAI
Ces cas ne restent plus seulement dans les revues scientifiques. Plusieurs plaintes ont été déposées contre OpenAI ces derniers mois, dont une nouvelle enregistrée en janvier 2026 devant un tribunal californien, portant sur le fonctionnement de ChatGPT-4o. Sam Altman, cofondateur et PDG d’OpenAI, a publiquement reconnu que certains utilisateurs développaient un attachement fort à l’outil, tout en affirmant ne pas vouloir que l’IA renforce les délires des personnes vulnérables, un constat qui rejoint les alertes déjà lancées par OpenAI et Anthropic sur des comportements de leurs propres modèles qui leur échappent.
Ces situations restent statistiquement rares au regard des centaines de millions d’utilisateurs de ChatGPT dans le monde. Mais leur profil commun, souvent des personnes déjà fragilisées qui se tournent vers l’IA faute d’un accès rapide à un professionnel, rejoint une tendance plus large où de plus en plus de personnes utilisent ChatGPT comme un psy de substitution, avec les dérives que cela peut entraîner en l’absence de tout garde-fou clinique.
Quels signaux doivent alerter
Les chercheurs recommandent une vigilance particulière lorsqu’un proche commence à attribuer à une IA une forme de conscience, de sentiment ou de mission spéciale à son égard, ou lorsqu’il s’isole progressivement au profit de ces échanges. Un changement brutal de discours, une adhésion croissante à des idées grandioses ou complotistes après des sessions prolongées avec un chatbot, doit inciter à se rapprocher rapidement d’un professionnel de santé.
Si vous ou un proche de votre entourage traversez une période difficile, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement et anonymement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
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