Dans la Silicon Valley, une sélection a déjà commencé : n’accepter que les élites de demain. Sans passer le test de QI, des écoles privées refusent d’accepter des enfants à l’école. Fiabilité et polémique !

On dit souvent que la Silicon Valley est le laboratoire du futur. On y invente l’intelligence artificielle, on y repense la mobilité, on y bouscule la finance. Bref, on décide de l’avenir du monde. Mais en lisant les dernières nouvelles de la baie de San Francisco, on se rend aussi compte que l’innovation y a pris un tournant pour le moins… déconcertant. En effet, n’importe qui ne peut plus entrer dans toutes les écoles maternelles privées de la baie. Chaque année, des enfants se font régaler, parce que “trop bêtes”. Exhiber le test de QI avant le cartable : c’est la norme.
Le ticket d’entrée à 130 de QI
Votre enfant a quatre ans. Il aime encore probablement manger de la pâte à modeler ou passer des heures à observer une fourmi. Pour vous, c’est le plus beau et le plus intelligent. Mais pour les écoles d’élite comme la Nueva School à Hillsborough, votre intuition ne suffit pas. Il faut des chiffres. Des preuves.
Pour espérer décrocher une place dans ces établissements, où les frais de scolarité oscillent entre 42 000 et 62000 dollars par an, votre enfant doit se soumettre au Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence (WPPSI). Il s’agit d’un test de QI imaginé pour les enfants de 3 et 10 mois à 5 ans et 11 mois. L’objectif ? Afficher un score de 130.
Pour situer, 130, c’est le seuil symbolique du haut potentiel. On ne parle plus ici de vérifier si l’enfant est prêt pour la vie en collectivité, mais de mesurer ses aptitudes mathématiques et sa motricité fine avec une précision chirurgicale. On est loin de la sieste et des dessins à la main.
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Une sélection qui ne dit pas son nom
En creusant le sujet, il s’est révélé que la Nueva School n’était que la partie émergée de l’iceberg. Des établissements comme Helios School ou Harker School (qui a vu passer les fondateurs de DoorDash) appliquent des filtres similaires. D’autres, comme Synapse School ou Tessellation, sont plus subtils : ils demandent des « évaluations psychologiques » ou organisent leurs propres tests en interne.
Ce qui frappe, au-delà du prix exorbitant (qui dépasse le coût de bien des universités prestigieuses), c’est la justification sociale derrière tout ça. Dans une Californie où le système public est saturé et où les programmes pour enfants précoces sont quasi inexistants, les parents se sentent acculés. Ils veulent le meilleur, et le meilleur, dans la culture de la donnée, c’est ce qui se mesure.
Le paradoxe du coaching pour les couches-culottes
C’est là que l’authenticité en prend un coup. Puisque l’enjeu est colossal, une industrie du « coaching de QI » a vu le jour. Des parents paient des psychologues pour entraîner leurs enfants de 3 ans à répondre aux tests.
Pour des experts, si on entraîne un enfant à passer un test de QI, on ne mesure plus son potentiel intellectuel inné, on mesure sa capacité à être formaté. Comme le souligne Dan Vorenberg, un ancien directeur d’école dans le secteur, on traite désormais les maternelles comme des universités de la Ivy League.
Pourtant, la science est loin d’être unanime. Un test de QI à 4 ans est-il vraiment prédictif ? Jacques Grégoire, expert en psychologie, rappelle avec justesse qu’un enfant de cet âge est une éponge soumise à mille variables : la fatigue du jour, l’humeur, la connexion avec l’examinateur. Prétendre figer l’avenir d’un être humain sur une séance de 45 minutes entre deux siestes et une “forme d’aveuglement technologique”.
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