C’est une bonne chose d’être autonome, d’être capable de « se débrouiller seul ». Néanmoins, en tant qu’être social, nous avons également besoin de travailler en équipe. Nous avons très souvent besoin d’aide.

Pourtant, des études ont montré que demander de l’aide est difficile pour une grande partie de la population mondiale des adolescents et adultes. Cette faculté serait entravée par des émotions complexes, les apprentissages sociaux et les barrières psychologiques. Le fait est que ce que la science appelle help-seeking behaviour (comportement de recherche d’aide) n’est pas systématique. Il s’agit plutôt d‘un processus influencé par l’éducation, le vécu, les normes sociales et les cognitions personnelles.
Dans cet article :
Le paradoxe de l’autonomie et de la vulnérabilité
Beaucoup de gens ne développent jamais l’habitude de demander de l’aide. Ce n’est pas parce qu’elles n’en ont pas besoin, mais parce qu’elles n’ont jamais appris qu’il était acceptable ou même bénéfique de le faire. D’un point de vue psychologique, cela crée ce que l’on pourrait appeler une « force obligatoire ». Il s’agit de la croyance que demander de l’aide est impossible, inapproprié ou dangereux.
Ce mécanisme se manifeste dès l’enfance. Par exemple, des recherches montrent que certaines personnes estiment déjà à l’âge de sept ans que demander de l’aide signifie être perçu comme incompétent, faible ou inférieur. Elles auraient puisé ces craintes dans les normes culturelles qui valorisent l’indépendance.
Ainsi, ce phénomène n’est pas seulement un trait individuel. Il se construit surtout dans nos interactions sociales, dans l’éducation et dans les messages implicites que nous recevons sur la dépendance et la force émotionnelle.

Des barrières psychologiques qui empêchent de solliciter de de l’aide
La science identifie plusieurs obstacles récurrents qui expliquent pourquoi certaines personnes n’ont jamais appris à demander de l’aide.
1 – La stigmatisation et la peur du jugement
Pour beaucoup, demander de l’aide évoque le risque d’être stigmatisé. Dans le contexte de la santé mentale, par exemple, la peur d’être perçu comme « anormal » ou « faible » constitue une barrière majeure à chercher du soutien. Cette même peur peut s’appliquer à toute situation où une personne perçoit une faiblesse, que ce soit professionnelle, émotionnelle ou sociale, ce qui empêche souvent l’expression de ses besoins.
2 – La préférence pour l’auto-fiabilité
Des études montrent que la préférence de résoudre soi-même ses problèmes est liée à une image de soi centrée sur l’indépendance. Elle serait souvent construite socialement. Certaines personnes évitent alors de demander de l’aide parce qu’elles associent l’idée de dévoiler leurs difficultés à une perte d’estime d’elles-mêmes, voire à une menace pour leur identité.

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3 – Manque d’alphabétisation émotionnelle et sociale
Un autre obstacle fondamental est le manque de compétences sociales et émotionnelles (ou mental health literacy) qui permet à une personne de reconnaître qu’elle a besoin d’aide, de savoir à qui s’adresser et comment formuler sa demande.
A noter : L’absence de ces compétences peut transformer une simple difficulté en isolement prolongé.
4 – Embarras et appréhension du rejet
D’autres recherches suggèrent que l’embarras anticipé joue un rôle central dans la décision de ne pas demander de l’aide. En effet, le sujet craint la dérision, la honte ou le rejet social, même lorsqu’un soutien est disponible. Cela génère ensuite une boucle auto-entretenue. Concrètement, le fait de ne pas demander d’aide renforce l’idée que la demande est inappropriée ou inadmissible.

Oui, mais en quoi est-ce vraiment un problème ?
En réalité, les conséquences de cette incapacité à demander de l’aide ne sont pas uniquement individuelles :
- Isolement social important
- Difficulté à coopérer en groupe
- Retard dans la résolution de problèmes complexes
- Risques de détresse psychologique
Des données indiquent, par exemple, que les personnes ayant des problèmes mentaux importants sont beaucoup moins susceptibles de chercher de l’aide jusqu’à ce que leurs symptômes deviennent sévères. Et la plupart du temps, c’est parce qu’elles anticipent la stigmatisation et le jugement.
Comment repenser l’apprentissage social ?
La bonne nouvelle, c’est que les neurosciences sociales et les études en psychologie indiquent que nous sous-estimons souvent la volonté des autres d’aider. En effet, beaucoup plus de personnes seraient prêtes à soutenir quelqu’un si elles savaient simplement qu’on leur demandait.
Il serait donc plus sain de prôner une culture qui valorise cette tendance. Et cela passe avant tout par l’apprentissage de compétences émotionnelles dès le plus jeune âge, la réduction de la stigmatisation et des environnements sociaux qui encouragent l’expression des besoins.
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